ACTE II, SCENE VI. ir
iiii» dans mon désespoir je iimn*he à les nccntltru. Madame, par pitié, faite»-le-nH>i aHinallro * : Qaéi est-il cet amant? Que dois-j^ souivniicr**
MO?(IXK.
Arec- VOUS tant de peine à vous rimat^iiKT f Tantdt, quand je fkiyois une injuste contminte, A qui contre Pharnare ai-je adresM' un plaintif? Sous quel appui tantôt mon rirur sVsl~il jet«* ^'.' Quel amour ai-je enfin sans <*olèix* écouter
IIPHARKS.
0 ciel! Quoi! je sentis ce bienheureux eoupable** Que vous avez pu voir d*un reganl favoniblc? Vos pleurs pour Xipharès aunnent daitsiie enuler?
MOMMK.
(Mil, princii : il n*est plus tem|»s de le <li<siinuler; Ma douleur pour se taire a imp de violeiu'e. L-n rigoureux devoir me (Hmdanme an silentHS Mais il faut bien enfin, malgn* sis dures l4)is. Parler pour la première et la deriii«*r(ï fois. Vous m^aimez dès lon(<temps : une l'Kale tendresse Pour vous, depuis longtemps, ^^atni^e et nrintêresse. Songez depuis quel jour ces tliniistes appas Firent naître un amour qu'ils ne méritoient pas; Rappelez un espoir qui ne vous dura guère, \jc trouble où vous jeta Tamour de votre |H*re, ïje tourment de me perdre et de le voir heureux, Les rigueurs d*un devoir contraire à tous vos vœux : Vous n*en sauriez, seigneur, retracer la mémoire, Ni conter vos malheurs, sans conter mon histoire; Et lorsque ce matin j'en ècoutois le cours,
1 II est néceuaire de rappeler ici une remarque déjà faite : c'est que Bacine écrivoit eonnaftre, paraître , etc., avec un a. Aujourd'hui cette orthographe rend la rime aussi défectueuse à Tœil qu'elle Test à roTÛlle. On prononçoit autrefois acerattre pour accroître.
« Un eteur qui se jette sous un appui : cette métaphore n'est ni agréable ni Juste. (G.)
3 Nous avons déjà remarqué ce mot de bienheureux : on diroit aujourd'hui ce Joriuné coupable. Mais ce qui est plus important, c'est que la scène de déclaration n'est plus ici au-ilessous de la tragédie, parcequ'il y a donger et sacrifice. (L.)
134 MIÏHRIDATE.
Mou cœur vous répondoit tous vos mêmes discours.
Inutile, ou plutôt funeste sympathie!
Trop parfaite union par le sort démentie I
Ah ! par quel soin cruel le ciel avoit-il joint
Deux cœurs que Tun pour Fautre il ne destinoit point?
Car quel que soit vers vous le penchant qui m'attire.
Je vous le dis, seigneur, pour ne plus vous le dire,
Ma gloire me rappelle et m'entraîne à Tautel,
Où je vais vous jurer uu silence éternel *.
J'entends, vous gémissez; mais telle est ma misère,
Je ne suis point à vous, je suis à votre père.
Dans ce dessein vous-même il faut me soutenir,
Et de mon foible cœur m'aider à vous bannir.
J'attends du moins, j'attends de votre complaisance
Que désormais partout vous fuirez ma présence.
J'en viens de dire assez pour vous persuader
Que j'ai trop de raisons de vous le commander.
Mais après ce moment, si ce cœur magnanime
D'un véritable amour a brûlé pour Monime,
Je ne reconnois plus la foi de vos discours.
Qu'au soin que vous prendrez de m'éviter toujours.
XIPHARÈS
Quelle marque, grands dieux ! d'un amour déplorable ! Combien, en un moment, heureux et misérable! De quel comble de gloire et de félicités. Dans quel abîme affreux vous me précipitez!
* Que de sentiment et d'intérêt dans cette expression si neuve : vous Jurer un silence éternel! Jurer un amour éternel, voilà ce que toatle monde peut dire; mais jurer un silence, et un silence éterttel ! mais le jurer à son amant, il n'y a que Racine qui l'ait dit. Et combien d'idées délicates sous-entendues dans cette expression ! Dans le fait, ce n'est pas à lui qu'elle le jurera : il ne sera pas à l'autel; elle ne prononcera point ce serment : c'est à son cœur, c'est à son devoir, c'est à son époux qu'elle doit l'adresser. Le seul mérite qui manque à cette scène, c'est qu'elle n'est pas absolument originale : elle a beaucoup de rapport avec celle de Sévère et de Pauline, et souvent c'est le même fonds d'idées., Mais, quoique la scène de Corneille soit regardée avec raison comme une de ses plus belles, il n'en est pas moins vrai que si Corneille a ici l'avantage de la création, Racine a celui de l'exécution. (L.)