‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 85 sur 397 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MITHRIDATE, PIIARWCË, XIPIIARKS

MITHRIDATK.

Approchez, mes enfants. Eutin Tbeure est venue > QaMI faut que mon secret l'rlate à votre vue : \ mes nobles projets je vois tout conspirer; Il ne me reste plus qu*à vous les dti'lanT. Je fuis : ainsi le veut la fortune enneinie. Mais TOUS savez trop bien riiist(»ire de ma vie h)ur croire que longtemps, soigneux de niu cacher, fattende en ces déserts qu*on nie vienne rlien*ber. La guerre a ses faveurs, ainsi que s(>s disgrâces : D^a plus d^une fois, retournant sur mes traces *,

• On a trouvé surprenant que Mitliridatc confie mck projets à Pliur Bace, comme si cette confidence clu projet d'une expédition qui va l'exécuter dans le moment étoit dangereuse à faire à Pharnace, dont Mithridate est bien résolu de s'assurer ; comme si cette confiance apparente n'étoit pas, ainsi qu'on le voit dans la suite de la scène, un piège tendu à Pharnace pour pénétrer ses vues, et juger de ses desseins BUT Monime par la résistance qu'il opposera au mariage qui va loi Ctre proposé. Le plan de cette scène est un des plus beaux qu'il y ait an théâtre ; il est fait pour développer Mithridate tout entier : la scène réunit l'éclat et la profondeur, l'héroïsme et la dissimulation ; elle étale tout le contraste de la méchanceté de Pharnace et des vertus de son frère ; enfin elle a le mérite propre à un troisième acte : elle noue l'intrigue et augmente le danger, en dévoilant à Mithridate le secret des amours de Monime et de Xi phares. C'est un tableau complet, sublime par l'ordonnance et par les couleurs, et sans contredit ce qu'il y a de plus beau dans la pièce. ( L.) — Dans le premier et le second vers, il est dit : l'heure est venue qu'il faut, pour où il faut ; c'est plus qu'une licence.

t Ces vers sont conformes à l'histoire. Voici ce que dit Plutarque :

Tandis que reniiemi, par ma fuite trompé, Tenoit après son char un vain peuple occupé, Et, gravant en airain ses frôles avantages. De mes États conquis enchaînoit les images S Le Bosphore m'a vu, par de nouveaux apprêts, Ramener la terreur du fond de ses marais. Et, chassant les Romains de TAsie étonnée. Renverser en un jour l'ouvrage d'une année. D'autres temps, d'autres soins. L'Orient, accablé, Ne peut plus soutenir leur elTort redoublé : Il voit, plus que jamais, ses campagnes couvertes De Romains que la guerre enrichit de nos pertes. Des bieus des nations ravisseurs altérés, Le bruit de nos trésord les a tous attirés : Il y courent en foule; et, jaloux l'un de l'autre, Désertent leur pays pour inonder le nôtre. Moi seul je leur résiste : ou lassés, ou soumis, Ma funeste amitié pèse à tous mes amis ; Chacun à ce fardeau veut dérober sa tête*. Le grand nom de Pom[»ée assure sa conquête : C'ast l'effroi de l'Asie; et, loin de l'y chercher, C'est à Rome, mes lils, que je prélends marcher 3.

'< Mithridates étoit bien mal aisé à cliasscr et prendre par armes, et •< plus difficile à vaincre quand il fuyoit que quand il combattoit. >•

Vie'^de Pompée, chap. xi. ) , * Ce que dit Cicéron dans le chapitre m de son discours pour la loi Manilia a peut-être fourni à Racine l'idée de ces beaux vers. Nous avons traduit ce passage ; on le trouvera à la fin de la scène.

* Une amitié qui pèse h des amis; dérober sa tête au fardeau de l'amitié; tout cela est excellent; ce morceau offre un si grand nombre de métaphores hardies, de tours poétiques, d'expressions admirables, qu'il faudroit s'arrêter à chaque vers. Mais ce qu'il importe le plus de remarquer, c'est que la plupart de ces tours étoient neufs au moment où Racine les employoit,

3 Ce vers, qui est la révélation d'un grand dessein , produit sur les interlocuteurs et sur les spectateurs un effet théâtral : cette politique sublime, ce projet héroïque étonne, élève l'ame, excite ladmiration, et répand sur les amours de Miihridate, sur ses chagrins domestiques, cet éclat , cette dignité , qui convient à la tragédie. On a vu dans la préface avec quel soin Racine rassemble toutes les autorités qui peuvent prouver que celte idée de passer en Italie n'est point une chimère

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