ACTE III, SCÈNE I. tr
Ce dessein vous surprend; et vous crtm*?. pout-4^tre Que le seul désespoir aujounrhiii lu fuit ii:iltru. Texcase votre erreur; et, pour (Hru appnHivos, De semblables projets Tculeiit ^tre achevas. Ne TOUS figurez point que de cette contn'iN Par d*étemels remparts Rome soit st'iKinH^ : Je sais tous les chemins par où je dois passer ; Et si ia mort bientôt ne me vient traverser, Sans reculer plus loin reflet de ma panilo. Je TOUS rends dans trois mois an picul du Capitolo. Doutez-vous que TEuxin ne me |>orte on deux jours Aux lieux où le Danube y vient finir son cours'?
romanesque, une supposition brillante du purtr, msiis ^{»v. Mitliriilati> forma réellement cette audacieune cntrcpriNv. > (i/>
' Les passions sont crédules ; on si* llutt(> aiNt-nirnt ilu surri-s do ce qu'on désire. Mithridatc s'imagine (luc tmis \vs imlrva {M'uplrs liaissent comme lui les Romains, ft le n>f;nrd(*nt roiinn(> luur lihôrntvur. H s'imagine que, dans l'Ilalie mi'mi*. il trouvera ••nron' plus qu'ailicars l*horrenr du nom romain ; enfin il s'imii^ine que sv* suldats, pleins de la même haine, voleront a Rome, et feront cinq ou six cents iieues en trois mois. C'est donc une ridicule critique que celle de Tabbé Dubos, qui a étalé son érudition ]>our relever ici ce (|u'il croit ane grande erreur de géographie. Si'lon lui, ce verM.
' Je vooa rendi daiu inùit muM au pifil du (^i|iiliilu,
révolte tous ceux qui ont quelque connoissance de la distance <leK lieux. Le poëte avoit cette connoissance ; il savoit cmsulter une carte de géographie, et il n'eût plus révolté Tabbé Dubos s'il eût dit :
J« TOUS rsnds dans «ii ini>i« au pied du (lapitolc ;
maif il a voulu peindre Taveuglement d'un homme qu'emporte sa passion. Mithridate pouvoit dire encore :
Dontei-irous que l'Euxin ne me porte en dix jours, etr.;
Il n*en met que deux ; et par cette interro^^ation,
Doatei-TOQS que l'Euxin ne nie porte en deux jours, etr.,
ii fait entendre qu'on n'en doit point douter, parceque dons ce moment, ou il n'en doute pas lui-même, ou il veut persuader ses fils que cette marche qu'il va entreprendre n'est ni longue ni difficile. La confiance avec laquelle il parle dans toute cette scène est la preuve de la violente passion qu'il a montrée lorsqu'il a dit d'abord :
i iO MITHRIDATE.
Que (lu Scythe avec moi Talliance jurée
De TEurope en ces lieux ne me livre l'entrée ? ij
Recueilli dans leur port, accru de leurs soldats, i
Nous verrons notre camp grossir à chaque pas. i
Daces, Pannoniens, la fière Germanie, i
Tous n'attendent qu'un chef contre la tyrannie.
Vous avez vu l'Espagne, et surtout les Gaulois S
Contre ces mêmes niurs qu'ils ont pris autrefois
Exciter ma vengeance, et jusque dans la Grèce,
Par des ambassadeurs accus^er ma paresse.
Ijs savent que, sur eux prêt à se déborder.
Ce lorrent, s'il m'entraîne, ira tout inonder;
Et vous les verrez tous, prévenant son ravage,
Guider dans l'Italie et suivre mon passage.
C'est là qu'en arrivant, plus qu'en tout le chemin^, Vous trouverez partout l'horreur du nom romain. Et la triste Italie encor toute fumante Des feux qu'a rallumés sa liberté mourante. Non, princes, ce n'est point au bout de l'univers Que Rome fait sentir tout le poids de ses fers : Et de près inspirant les haines les -plus fortes, v
Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tes portes.
À mes nobles projets je vois tout conspii^r.
Loin d'y conspirer, tout s'y oppose, puisqu'il vient d'essuyer une très grande défaite, qu'il est fugitif et voisin du naufrage, et qu'il n'a plus d'amis, comme il l'avoue encore ; mais n'importe, il veut se persuader que tout conspire à son projet, de même qu'il veut se persuader qu'il mènera son armée en trois mois à Rome. Il faut être bien malheureux en critique pour reprendre dans une scène si belle ce qui en fait la principale beauté. |L. R.)
' On trouve dans le discours que Justin fait tenir àMithridate, liv. XXXVIII, chap. iv, le germe de tout ce que Racine fait dire à ce roi dans cette belle scène. (L. B.)
î Plus qu'en tout le chemin : hémistiche foible, qui disparoît, pour ainsi dire, sous l'éclat des beaux vers qui l'environnent. Les vers suivants font allusion à la guerre appelée sociale : guerre terrible, que les alliés de Rome entreprirent pour forcer les conquérants de l'Italie de partager avec eux les province» de la république romaine, puisqu'ils avoient partagé avec eux les dangers et les travaux qu'il avoit fallu essuyer pour l'établir. (G.)