SCÈNE H
MONIME, XIPHARÈS, PHOEDIME
MONIME
Seifpieur, je parfois de vous-même.
Mou ame soubaitoit de vous voir en ce lieu. Pour vous...
XIPHARÈS
C'est maintenant qu*il faut vous dire adieu.
MONIME-
Adieu ! vous ?
XIPHARÈS
Oui, madame, et pour toute ma vie.
MOXIME.
Qu*enteDds-je? On me disoit... Hélas! ils m'ont trahie' !
XIPHARÈS
Madame, je ne sais quel ennemi couvert, Réyélaut dos secrets, vous trahit, et me perd. Mais le roi, qui tantôt n'en croyoit point Pharnacts Main tenant dans nos cœurs sait tout ce qui passe. Il feint, il me caresse, et cache son dessein ; Mais moi, qui dès renfance élevé dans son sein. De tous ses mouvements ai trop d'intelligence, rai lu dans ses regards sa prochaine vengeance*. 11 presse, il fait partir tous ceux dont mon malheur Pourroit à la révolte exciter la douleur. De ses fausses bontés j'ai connu la contrainte.
1 Quelle peinture de la passion! Tous mots entrecoupés ; et, par un reste de respect, elle ne nomme point encore le traître. Elle dit au pluriel, ils m'ont trahie l (L. R.)
« Toute cette scène redouble le péril et la crainte, et fait succéder la terreur au moment d'espérance qu'avoit eu Monime. La cruauté dissimulée et caressante de Mithridato est très bien peinte, et la pièce marche. (L.)
158 MITHRmATE.
Un mol même d'Arbate a confirmé ma crainte :
Il a su m'aborder; et, les larmes aux yeux,
« On sait tout, m'a-t-ii dit, sauvez-vous de ces lieux. »
Ce mot m'a fait frémir du péril de ma reine' ;
Et ce cher intérêt est le seul qui m'amène.
Je vous crains pour vous-même ; et je viens à genoux
Vous prier, ma prineesse, et vous fléchir pour vous.
Vous dépendez ici d'une main violente»
Que le sang le plus cher rarement épouvante ;
Et je n'ose vous dire à quelle cruauté
Mithridate jaloux s'est souvent emporté.
Peut-être c'est moi seul que sa fureur menace;
Peut-être, en me perdant, il veut vous faire grâce :
Daignez, au nom des dieux, daignez en proliter ;
Par de nouveaux refus n'allez jwint l'irriter.
Moins vous l'aimez, et plus tâchez de lui complaire ;
Feignez, eftbrcez-vous : songez qu'il est mon père.
Vivez; et permettez que dans tous mes malheurs
Je puisse à votre amour ne coûter que des pleurs.
MONIME
Ah î je vous ai perdu !
XIPHABÈS.
Généreuse Monime, Ne vous imputez point le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit ; Je suis un malheureux que le destin poursuit ; C'est lui qui m'a ravi l'amitié de mon père. Qui le fit mon rival, qui révolta ma mère. Et vient de susciter, dans ce moment affreux, Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.
MOMIME.
Hé quoi î cet ennemi vous l'ignorez encore?
XIPHARÈS
Pour surcroît de douleur, madame, je l'ignore.
• Nous avq^as déjà observé ailleurs combien ces expressions de mit reine, de ma princesse^ sont peu dignes de la tragédie ; mais du temps de Racine elles étoient reçues, et c'est une des variations que l'usage a introduites dans la langue. Ce cher intérêt, du vers suivant, est une locution trop familière.