SCENE VI. j
Quel plaisir ?
LE MARQUIS
Celui d'entendre tout le monde se récrier ici sur cet ouvrage, et de voir Lycandre s'en désespérer: car cet homme est auteur depuis la tête jusqu^aux pieds. Sa plus grande frayeur, c'est que quelqu'un ne l'efËice ou ne l'égale. Je compte qu'Araminte, toute caustique qu'elle est, ne pourra se dispenser de donner quelques louanges au Philosophe mariée Il n'en faudra pas davantage pour mettr<e Lycandre au supplice, et peut-être pour les brouiller. C'est l'homme le plus envieux que la nature ait jamais poduit : il a si bonne opinion de lui-même, et il est si avide de louanges , qu'il croit que tout le bien qu'on dit des autres est un vol qu'on lui fait : il ne loue que ce qu'il méprise, et il méprise tout ce qu'il devroit louer. Il est riche, tout auteur qu'il est, et il ne p^ut souffrir que les autres aient du bien. Il à de l'esprit, et il ne veut point qu'on en ait, au moins sans avoir son attache , et sans reconnoître la supé*riorilé du sien. Enfin, l'honneur, la probité, les richesses , les dignités ^ la science , la gloire , la i^éputation , sont des avantagea qu'il voudroit seul posséder, et qui deviennent dans les autres l'objet de son mépris, de ses invectives, et de sa fureur.
Ni^INE.
Tout franc, vous êtes un bon peintre, et vous venez de représenter l'original tout au naturel. Ce qu'il y a de plus fâcheux en ceci , comme vousi I0