‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 133 sur 350 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Tout fléchit devant lui , tout est pour son usage. Le plus sot , s'il est riche , est un grand personnage ; Mais un gueux qui n'aura que l'esprit pour son lot y Auprès d'un homme riche 9 a mon gré, n'est qu'un sot Qu'un riche est respectable , et mérite qu'on l'aime !

POLÉMOir.

Mais vous devez donc bien vous respecter vous-même?

LISIDOR, faisant la rëvér encc.

Aussi fais-je.

POLlÊMOIf.

Mon fils ne pen$e pas ainsi , Et vous relanceroit s'il entendoit ceci.

LISIDOR.

Moi je le tancerois s'il disoit le contraire.

POLËMOir.

Du parti qu'il a pris rien ne le peut distraire.

LISIDO^.

Quel est donc ce parti ?

POLÉMON

De marquer du mépris Pour tout ce que le monde estime d'un haut prix; De fuir tous les plaisirs , de n'aimer que l'étude , Et de se séquestrer dans cette solitude. Il appelle cela, je crois.... philosopher.

LISIBOR.

Et vous pouvez souffrir!....

Bon ! j'ai bç^u m'échâuffer , Beau me mettre en colère, et faire du vacarme , A force d'arguments d'abord il me désarme ,

i88 LES PHILOSOPHES AMOUREUX.

Et, maigre que j'en aie, il a toujours raison.

LISIDOR.

Mais il déroge , au moins. L'aîné d'une maison

S'ériger en docteur, faire le philosophe!

Ce métier est-il fait pour gens de notre étoffe ?

Ce n'est qu'aux roturiers à devenir savants.

Les gens de qualité doivent être ignorants ,

Et même s'en piquer. Briller par la parure ;

De spectacle en spectacle étaler sa figure ;

Ne dire rien du tout et toujours discourir;

De la cour à Paris sans affaire accourir;

Boire, jouer, chasser; établir son ménage

Avec quelque beauté qu'on met en équipage ;

Avoir un air distrait, et jamais ne penser;

Médire du prochain sans s'en embarrasser ;

Parler toujours de soi comme d'une merveille ;

Veiller lorsque tout dort, dormir lorsque tout veille;

Avec les plus outi'és aller au moins de pair :

Voilà quel est le train d'un homme du bel air.

POL^MON

Et c'est précisément ce qu'abhorre Léandre ; Mais, au fond, ce portrait est celui de Clitandre, Mon second fils.

LISIDOÇ.

Tubleu ! c'est un joli garçon !

Aux plus déterminés il donneroit leçon , Celui-là.

POLÉMOir.

' Que n'est-il l'aîné de ma famille ]^ ^

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