SCÈNE L
LISIDOR, POLÉMON.
POLÉMON
Quoi donc ! si brusquement retourner à Paris , Nous quitter de la sorte !
LISIDOR.
En êtes-vous surpris ?
POLÉMOV.
Qui ne le seroit pas ?
LISIDOR.
Vous avez tort de Têtre.
POLEMOfr.
Quelle en est la raison ? Faites-la-moi connoitre.
LISIDOR.
La raison? la voici, puisqull faut parler net Voyons donc.
LISIDOR.
Votre fils n'est bon qu'au cabinet , Qu'à faire un vain amas de maximes frivoles Parmi cent vieux bouquins dont il fait ses idoles. Je veux un gendre propre à là société : Et j'aimerois bien mieux un sot, un hébété,
Mais bon homme d'ailleurs , et d'un esprit commode, Qu'un esprit singulier qui veut changer la mode , Qui veut tout réformer sur un plan tout nouveau , Et renfermer sa femme au fond de son château. Ma fille, très-peu faite à ce genre de vie, Sous les lois d'un pédant ne peut être asservie : Je lui cherche un mari conforme à son humeur , Et veux un galant homme , et non pas un docteur.
POLÉMOIf.
Mon fils est philosophe , et l'est trop pour Clarice , J'en demeure d'accord. Mais rendons-nous justice : Si mon fils dans l'humeur a trop d'austérité, Votre fille en fait voir trop peu de son côté : Et, s'il faut m'expliquer d'une façon naïve, Je trouve qu'à son âge elle est bien décisive, Bien brusque et volontaire, et pour moi....
LISIDOR.
Son défaut, Si c'en est un pourtant , est de penser tout haut.
POLiMOTT.
Oui ; mais trop librement , souffrez qu'on vous le dise. Son sexe ne doit point avoir tant de franchise. Les femmes, je le sais, sont faites pour parler; Toutes ont cependant l'art de dissimuler, De mener par le nez l'homme le plus habile : Mais Clarice , au contraire , entêtée , indocile , Se décèle d'abord; et veut, bon gré, mal gré, Changer en petit-maître un homme retiré , Faire d'un philosophe un galant à la mode , Et d'un homme d'honneur un mari très-commode.