ACTE IV, SCENE I. aSy
Loin d'attirer mon fils, c'est vouloir le bannir; C'est vouloir commencer par où l'on doit finir.
LISIDOR.
Comment ! vous prétendez qu'elle se contrefasse ?
POL^MON
C'est ce que je ferois, si j'étois à sa place. Léandre est effrayé par le peu de rapport Qu'il trouve d'elle à lui. Mais un léger effort, Un peu de complaisance, et plus de retenue....
Ma fille contre lui n'est pas moins prévenue. Comment diantre accorder deux esprits si divers , Et qui, je le sens bien, ont chacun leur travers?
POLÉMON
Que votre fille, au moins jusques au mariage, Prenne un air plus sensé, plus modeste, plus sage; Qu'elle promette tout ce que mon fils voudra , Et je réponds qu'enfin elle le gagnera. Du moins il n'aura plus de prétexte valable Pour rompre le projet d'un hymen si sortable.
LISIDOR.
Touchez là. Dans l'instant je vais vous faire voir Que je sais mieux que vous user de mon pouvoir. Je vais tancer Clarice, et même lui prescrire Tout ce qu'elle doit faire, et ce qu'elle doit dire ; Mais à condition que, de votre côté, Vous saurez vous servir de votre autorité , Pour rendre votre fils d'une humeur moins austère.
POLIÉMOW.
Soit. Je vais lui parler du tçn dont parle un père ; II. 17
a6o LES PHILOSOPHES AMOUREUX.
Que le feu n'est pas chaud, que la nuit n'est pas noire ,
Et cent absurdités qu'on veut nous faire accroire.
LÉA]VDRE.
Je connois Lisidor à de pareils discours : C'est lui qui contre moi vous les tient tous les jours; C'est lui qui vous aigrit contre ma solitude, Croyant que l'on déroge en vaquant à l'étude : Voilà la vieille erreur de notre nation , Et le faux préjugé de l'éducation.
Mais remontons plus haut. A Roiiieet dans la Grèce, Nous verrons la science étayer la noblesse, Les plus fameux héros, les plus grands conquérants , Bien loin de se piquer d'être fous , ignorants , Jeunes, s'orner l'esprit de belles connoissances ; Très-souvent exceller dans toutes les sciences , Même les cultiver dans leurs travaux guerriers , Et, doctes, vertueux, se couvrir de lauriers. Mais , sans aller chercher ni la Grèce, ni Rome, Regardez nos voisins : chez eux un gentilhomme, S'il n'orne son esprit, paroît dégénérer: C'est par là que du peuple il croit se séparer. Est-il rien plus sensé ? La vertu , la science. Ne peuvent qu'illustrer la plus haute naissance. La prudence , l'étude et les réflexions Élèvent un cœur noble aux grandes actions : Mais chérir l'ignorance et blâmer la sagesse, C'est être au rang du peuple , et non de la noblesse.
POliÉMON, "vivement.
Et moi , je vous soutiens que.... Corbleu! de vos jours, Ne me tenez jamais de semblables discours.