ACTE IV, SCENE II
LEA.NDRE.
Pourquoi ?
POLÉMON
C'est que jamais je ne puis y répondre , Et que vous vous donnez les airs de me confondre. Mais lorsque nous aurons tous deux un entretien , Je vous défends tout net de raisonner si bien. Comme père , je veux paroître le plus sage ; Et vous l'êtes toujours plus que moi, dont j'enrage.
LEANDRE
Sans manquer au respect, sans vous mortifier, Ne m'esl-il pas permis de me justifier? Du plus grand criminel on entend la défense. Condamner sans entendre est une violence ; Et vous avez le cœur trop rempli d'équité , Pour fouler la raison sous votre autorité.
POLJ2MON.
Non. Lorsqu'un père veut sagement se conduire, Il doit.... Sur.mon honneur , je ne sais plus que dire. Embrassez-moi, mon fils. Que l'on me blâme ou non, Je vous trouve cent fois plus d'esprit , de raison Que nous n'en avons tous; et je vous rends justice : Mais humanisez-vous d^ moins avec Clarice.
LEAIVDRE.
c'est mon intention. Pour mieux sonder son cœur. Comme elle n'a pour moi que mépris et froideur, Je veux , prenant les airs qu'un petit-maître étale , Voir si c'est moi qu'on hait , ou si c'est ma morale.
POLEMON.
Oui ; montrez-vous moins sage , et vous la charmerez :
a62 LES PHILOSOPHES AMOUREUX.
Ensuite , après Tliymen, vous le redeviendrez.
LIÊAICDRE.
Ainsi vous approuvez Tinnocent artifice Dont je vais me servir?
POLÉMON
Et je m'en rends complice.
Avec plaisir.
LÉAI7DRE.
Fort bien.
POL^MON
Le tour est des plus fins, Et vous fera bientôt parvenir à vos fins.
LEAIVDRE.
Je m'en flatte, et je vais , plus bruyant que mon frère, Prendre aux yeux de Clarice un nouveau caractère.
POLÉMON
Allez, mais montrez-vous plus galamment vêtu.
LE ANDRE, à part, en sortant.
Allons venger Taffront qu'on fait à la vertu.