‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 99 sur 350 · SCENE III. i · texte numérisé non relu

SCENE III. i

Le récit frappe bien moins que la chose. Des battements de mains entendus du milieu de la rue ! Hom ! Mais c'est un sot qui parle. Vous verrez qu'il aura pris le bruit des sifflets pour des applaudissements. Je m'en flatte encore; et j'ai de bons amis dans le parterre : ils n'auront pas souffert qu'un nouveau débarqué soit venu m'offusquer. Je n'en puis plus; je suis sur les épines. Il faut lire cette lettre pour faire diversion. Bon : c'est de mon correspondant de Versailles. Voyons ce qu'il m'écrit.

( n se met dans un faateQÎl , et lit.)

<i Voici bien des nouvelles, mon cher ami ; je me * « flatte qu'elles vous amuseront. Nous avons de nou- « veaux maréchaux de France ; savoir, Messieurs.... »

Eh! morbleu, qu'ils jouissent de leur gloire, sans que leurs noms m'étourdissent l'oreille : je veux les

ignorer.

(Il Ht.)

« Je vous enverrai demain la liste des lieutenans- « généraux, des maréchaux de camp et des briga- « diers, que le roi vient de faire. » -

Je m'en passerai bien. Que leurs amis se réjouissent de leur avancement; pour moi, je ne m'en réjouirai pas, sur ma parole.

(Illit.)

« Tout le monde applaudit à la justice qu'on vient « de rendre à beaucoup d'officiers de mérite. »

De mérite! Je le veux croire.

(Illit.)

a Mais il y a quelques gens qui se plaignent d'être <x oubliés. »

ï4o L'ENVIEUX.

Tant mieux. Ce seroit une étrange pitié, si tout le monde étoit content (niit.)

«Le bon Duc qui vous honore de son amitié, «< irient de se raccommoder avec la Duchesse son c< épouse. Un de nos amis , dont vous connoissez la <c prudence , a ménagé cette réconciliation. »

De quoi se méloit-il ? Quelle nécessité de les raccommoder? Ils étoient brouillés par de fortes raisons. Le grand malheur! Ne sera-ce pas quelque chose de fort édifiant, que de voir un mari et une femme de ce rang-là vivre en bonne intelligence? La peste soit du conciliateur !

(Il lit.) . ^

« L'abbé Florimont , dont l'éloquence fait tant de « bruit , vient d'obtenir une abbaye de dix mille « livres de rente. »

J'enrage de voir un homme si bien récompensé, pour avoir dit des fadaises ^en beau françois. Le mérite superficiel est bien à la mode.

«L'ouvrage de notre ami Lycidas reçoit ici de « grands applaudissements; et on vient de donner « à cet illustre auteur une pension de deux mille « livres. Tous les honnêtes gens prennent part à son « bonheur. »

Tous les honnêtes gens ! Tous les sots, bien plutôt. Patience, je vais lui donner une calotte qui durera long-temps. Tubleu! notre ami Lycidas, il n'y auroit qu'à vous laisser jouir tranquillement de votre félicité , vous deviendriez un petit glorieux. Il y a de

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