D'OVIDE ET DE SÉNÈQUE
CÉIX ET ALCIONE,
TRADUCTION d'ûHE DES METAMORPHOSES D'OVIDE.
Gêix , effrayé des prodiges menaçans qui poursuivaient le malheureux Pelée, veut s -adresser aux oracles 9 recours ordinaire des ame* inquiètes. Il se propose d'aller à Claros , car l'impie Phorbas et les Plégiens infestaient le chemin de Delphes.
Avant tout cependant, il confie son dessein à la fidèle Alcione. Aussitôt un froid mortel la saisit , une pâleur livide se répand sur son visage , et ses joues sont inondées de pleurs. Trois fois elle essaie de parler, trois fois sa bouche s'y refuse; et d'une voix entrecoupée de sanglots: Par quel crime, lui dit-elle ,6 le plus cher des époux, ai-je perdu ton amour ? où sont tes. soins accoutumés ? Déjà tu pourrais vivre loin d' Alcione délaissée ! déjà le projet d'un long voyage te séduit! déjà tu m'aimes mieux absente I Mais il est, je crois, un chemin par terre, pourquoi ne pas le prendre ? Je m'affligerais , mais sans frémir, et la terreur au moins ne se mêlerait point à mes regrets.- Céix, lés flots m'épouvantent, l'aspect de la mort m'attriste; depuis peu j'ai vu des
IIS CÉIX ET ALCIONE.
débris sur le rivage ; j'y ai lu des noms écrits sur des tombes vides : ne te fie point imprudemment au pouvoir d'un beau-père qui enchaîne les vents et qui dissipe les orages. Quand les vents déchaînés régnent sur les ondes, rien ne les arrête; ils ravagent la terre et les mers, ils bouleversent les nuages dans les airs, et leurs chocs bruyans allument la foudre dans les cieux : crois-en la fille d'Éole ; plus je les connais, plus je les crains. Mais si aucune prière ne peut changer ton dessein , s'il est trop sûr que tu p?rs, emmène Alcione; notre sort sera commun, je ne craindrai que ce que je souffrirai, et courant les mêmes, mers, nous courrons les mêmes dangers. »
Céix , aussi tendre que son épouse , n'est point insensible à de si touchantes prières ; mais il ne veut ni exposer Alcione ni renoncer à son dessein. En vain par ses discours il essaie de la tranquilliser ; il fallut y joindre une douce promesse à laquelle seule elle se rendit. « Toute, absence, dit-il, sera trop longue; mais je te jure, par l'astre à qui je dois le jour, que, si les destins le permettent, avant que la lune ait deux fois parcouru son disque, tu reverras ton époux »
Après avoir ainsi rassuré" sa Iriste épouse, Céix fait lancer à l'eau* le vaisseau qui doit le porter. Alcione, à cette vue, frémit de nouve&u, comme. pressentant l'avenir ; elle répand encore des pleurs; elle tient son époux embrassé ; elle prononce l'adieu fatal d'une voix mourante, et tombe çvabouie.
CÉM ET ALCIONE. Il3
Déjà les matelots , pressés par Céix , ramènent les doubles rames à leur poitrine nerveuse, et fendent les flots d'un mouvement cadencé; Alcione soulève ses paupières humides, et voit Céix , debout sur la poupe recourbée du navire , qui lui tend les bras ; elle lui tend les siens: bientôt leloignement ne lui permet plus de le reconnaître ; mais ses regards suivent toujours le vaisseau qui fuit : déjà le bordage est caché derrière l'horizon ; mais le pavois flotte encore au haut des mâts, ses yeux ne le quittent point: enfin tout a. disparu. Alors, éperdue, elle revient an palais , elle s'approche du lit riuptial : mourante, elle s'y étend; mais ce lit trop vaste, ce palais désert, la rappellent à sa douleur: tout lui parle de Céix , tout lui montre qu elle est privée de la plus chère moitié d'elle-même.
Cependant le vaisseau s'éloignait de la côte, et l'air commençait à siffler dans les cordages* Le pilote fait rentrer les rames, élever les vergues, et présenter toutes les voiles au vent qui le favorise. Déjà l'on était loin de toute terre et presque au milieu du trajet, lorsque tout à coup la mer blanchit sous l'écume des vagues enflées -, et le fougueux vent d'on rient redouble de violence. Long-temps le pilote crie : Abattez les vergues, serrez les voiles... vains efforts : la tempête s'oppose à ses ordres , et sa voix se perd dans le bruit des flots. Les matelots cependant travaillent d'eux-mêmes ; les uns courent aux rames , les autres garnissent le bord , d'autres détachent les voiles; l'un rejette l'eau du navire, un autre* abaisse
BOUPFLF.RS T. I. 8
I l4 CÉIX ET ÀLCJONE»
la vergue ; mais pendant qu'ils s'agitent satis ordre , l'orage augmente, de tous côtés les vents déchaînés se font la guerre et confondent les flots mugissans : le pilote même frémit; il avoue son trouble ; et, dans son égarement , il ne sait ce qu'il doit ordonner ou défendre , tant le péril a triomphé de son art. Les cris des hommes, le sifflement des cordages, le choc des vagues, les éclats du tonnerre retentissent à la fois: la mer soulevée semble monter jusqu'au ciel, et perdre ses flots dans les nues abaissées ; tantôt elle* prend la couleur du sable rougeâtre qu'elle -découvre , ou bien elle se montre plus noire que le Styx , et les vagues aplaties blanchissent sous une écume bruyante. Il en est ainsi du vaisseau de Trachine :" quelquefois il s'élève et semble du haut des airs planer sur les gouffres de POcéan ; bientôt il retombe environné de montagnes humides , et l'on dirait' qu'il implore le ciel du fond des abîmes infernaux. La nef, assaillie par les flots , résonne comme les portes d'une ville sous les coups redoublés du bélier. Tel qu'un lîon furieux s'élance contre les traits qu'on lui oppose, tel le navire enlevé par les tourbillons semble fondre d'en haut ^sur les flots amoncelés : déjà le pont succombe, déjà les membres déjoints ouvrent un passage aux ondes ennemies; les voiles sont trempées ; les vagues et la pluie se confondent ; de nouvelles nuées s'écoulent en larges torrens ; est-ce la mer qui s'élève au ciel ? ou le ciel qui se fond dans la mer? Les ténèbres s'augmentent; mais la foudre y brille par intervalles et semble enflammer les eaux :
C&X ET ÂLCIONE. 1 1 5
déjà les flots ont rompu les obstacles. Comme autour d'une ville assiégée, un soldat plus terrible que toute une cohorte , après mille efforts , gagne enfin de l'espoir, et, seul entre mille, parvient au haut des murs : ainsi , quand Jes vagues pressées ont de toutes parts assailli les flancs (Ju navire , une dernière, plus haute , plus impétueuse , s'élance et ne cesse de battre la nef ébranlée qu'elle n'y entre comme d'assaut.
Quelques malheureux essaient encore d'embrasser le mât; les autres sont dans les flots; tout s'agite comme entre des murs sapés et défendus ; l'art est en défaut , le courage manque ; chaque nouvelle vague semble apporter une nouvelle mort. D'un côté ce sont des sanglots , de l'autre un effroi stupide. Celui-ci eavie le sort de ceux qu'attend le tombeau ; celui-là invoque les dieux «t tend. des mains suppliante^ vers un ciel qu'il ne voit point : l'un regrette son père , l'autre sa maison, ses enfans ; chacun pense à tout ce qu'il a quitté. Céix n'est touché que d'Alcione ; le nom d'Àlcione est seul dans sa bouche ; mais, en la regrettant, il s'applaudit au moins de ce qu'elle est absente. Ses derniers regards voudraient se tourner vers les rives de sa patrie, vers la demeure d'Alcione; mais où la chercher? car la mçr bouillonne en tous sens, et l'épaisseur des nuages dérobe l'aspect du ciel et double l'horreur de la nuit. Unjiouveau tourbillon fracasse le mât ; le gouvernail est brisé ; une vague écumante fond sur le navire comme sur sa proie. Victorieuse, elle Relève au dessus des autres
vagues: comme si l'Ath^s-oule Pinde, arrachés de
] l6 CÉIX ET ALCIONE.
leurs fondemens profonds , étaient lancés dans le gouffre des mers, la nef cède à la masse et aux baltemens redoublés , ej s'enfonce avec fracas ; des victimes qu'elle renfermait , la plupart descendent avec elle dans l'abîme pour n'être jamais rendues à la lumière ; quelques unes embrassent des éclats de bois fracassés ; Céix' lui-même x de cette main qui jadis tenait le sceptre, saisit un débris de son vaisseau. Ainsi porté sur les ondes , il nomme en vain son père et son épouse , mais plus souvent encore sa tendre Àlcione; son esprit la voit, sa bouche l'appelle; son dernier vœu , c'est d'être porté par les flots sous les yeux d' Alcione, et que de fidèles mains le descendent dans la tombe. Toujours nageant, il prononce ce nom chéri autant que les flots permettent à sa bouche de s'ouvrir ; il le fait même encore résonner sous les eaux ; enfin une lame élevée en voûte noire sur la surface des mers se brise sur sa tête et l'engloutit. Le précurseur du jour ne brilla point dans cette fatale nuit, aucun œil ne l'aurait distingué ; et s'il ne put fuir de la voûte des cieux, au moins un nuage épais lui servit de voile.
Cependant la fille d'Éole ignore son infortune; elle compte les nuits , elle se presse d'achever les vêtemens dont elle et Céix doivent se parer au jour désiré d'un retour que l'infortunée se promet en vain. Elle invoque tous les dieux ; mais c'est à Junon surtout qu'elle porte son encens; c'est dans ses temples qu'elle va demander, pour un époux qui n'est plus, qu'il vive, qu'il' revientoe , qu'il ne préfère aucune
CÉIX ET ALCIONE. I I 7
femme à son épouse. Hélas , de tant de vœux , le dernier pouvait, seul avoir son effet. La déesse, fatiguée de prières inutiles, veut éloigner de ses autels des mains dévouées aux mânes; et se tournant vers Iris : Fidèle messagère ., dit-elle, vole vers la cour tranquille du Sommeil, et dis-lui que, sous l'image de Céix naufragé, il enVoie vers Alcîone un Songe qui l'instruise de la vérité. » Elle dit ; et ceinte de son écharpe nuancée, Iris a déjà lancé dans les airs les traces de son arc lumineux jusqu'aux lieux que le dieu du sommeil a choisis pour son séjour.
Près de Cimmérie s'élève un mont solitaire dont les flancs caverneux servent de retraite et de sanctuaire à la pesante divinité. v Dans ces cavités inaccessibles aux rayops de l'astre du jour, la terre exhale d'épaisses vapeurs , et ne reçoit que la lueur douteuse du crépuscule; jamais les chants de l'oiseau crête du matin n'y appellent le jour; ni le chien vigilant, ni l'oie plus inquiète encore, ne troublent le silence de ces lieux. On n'y entend ni le bruit des feuilles , ni les cris des bêtes, ni la voix des hommes; là tout se tait, hormis un faible bras du Léfhé qui sort du pied de la roche , et roule sur le gravier avec un murmure assoupissant. Autour de la caverne fleurissent de tranquilles pavots et d'autres plantes sans nombre, dont la Nuit exprime le lait pour répandre le sommeil sur la terre obscurcie; point de portes qui roulent sur des gonds bruyans, point de gardes qui veillent à l'entrée. Au njilieu de l'antre , un lit de duvet placé sur des pieds d'ébène est sur-
Il8 CilX XT ALCIOftE.
monté d'un sombre pavillon ; c'est là que le dieu repose ses membres nonchalans : autour de liii sont étendus çà et là, sous diverses formes, tous les Songes divers, aussi nombreux que les épis des moissons, les feurlles des forêts , et les grains de sable des rivages.
La déesse s'avance , écartant de ses mains les Songes qu'elle rencontre; l'éclat de ses vêtemens répand dans la demeure sacrée une lueur inconnue. Le dieu entr'ouvre avec peine ses paupières appesanties ; il se soulève et retombe ; il se relève encore, et son menton sans appui revient frapper sa poitrine : il se réveille enfin ,- et, soutenu sur son coude, il demande à la déesse ( car il la reconnaît ) le sujet de son message; O vous , lui répond-elle , le plus tranquille des dieux, Sommeil, repos des êtres, paix de I'ame, vous devant qui fuit l'inquiétude, vous dont les soins journaliers adoucissent .les peines de l'homme et lui rendent les forces pour ses travaux ! ordonnez ( Junon vous le demande) que le plus ressemblant des Songes aille, sous les traits de Céix, trouver Àlcione dans la ville d'Hercule, et lui peigne le naufrage de son époux. Après avoir rempli son ordre , Iris part ; elle n'eût pu résister plus long-temps à la vapeur qu'exhalaient ces lieux , et déjà le sommeil s'emparait de ses sens. Elle fuit et retourne dans l'Olympe par le cercle qu'elle venait de tracer.
Le père des Songes appelle , dans la foule de ses enfans, Morphée, l'habile imitateur: nul autre ne sait mieux contrefaire les traits , la. démarche , les vêtemens, tout, jusqu'au son de là voix et aux dis-
CilX ET AXCIOffS. , Ilf)
tours même de ceux qu'il représente. Mais celui-là ne prend jamais que des formes humaines; un autre se transforme en quadrupède, en oiseau, en serpent à longs replis: c'est lui que les dieux ont nommé Cyûlos, tandis que le commun des hommes l'appelle Phobetor. Un troisième ( c'est Phantase ) a un emploi différent ; il représente la terre , l'onde, la pierre, le bois, enfin totis les corps inanimés. Le Dieu ne s'adresse , entre tous , qu'à Morphée pour remplir les ordres de Junon ; et déjà sa tête appesantie retombe avec langueur et se replonge dans le duvet. Le Songe agile fend les ténèbres d'un vol discret, et bientôt arrive à Trachine : là il dépose ses ailes pour prendre la figure de Céix et tous ses traits ; puis il se montre au pied du lit de sa malheureuse épouse-, pâle, hideux, dépouillé; l'eau découle encore de sa barbe et de ses cheveux trempés. Il s'avance sur le lit , il inonde Alcione de ses pleurs , et lui dit ces mots : a Tu vois Céix, femme infortunée, la mort a changé mes traits ; cependant considère-moi , tu me reconnaîtras : mais au lieu de ton époux tu trouveras son ombre. Alcione , tes vœux ont été vains ; j'ai péri. Rejette un espoir trompeur : le vent orageux du midi a brisé mon vaisseau sur la mer Egée; il l'a précipité dans l'abîme, et les flots ont rempK cette bouche qui t'appelait encore. Ce n'est pointim auteur suspect qui vient te faire ce récit ; ce n'est point un bruit vague que tu entends; c'est moimême-qui , des gouffres des mers , viens t'annoncer mon naufrage. Lève-toi, Alcione, ceins tes habits
130 CJÉ1X EX ALCIOJVE
de deuil, livre-toi à ta douleur, et ne laisse point Ion époux descendre aux enfers privé de tes larmes.» Morphée prononça ces paroles d'une voix impossible à méconnaître ; ses yeux paraissaient : mouillés de pleurs véritables , et ses mains imitaient les gestes de Céix. Alcione , encore endormie , pleure , sanglote; alla étend ses bras pour serrer son époux, et n'embrasse rien. Demeure, ah! demeure, dit-elle;
où fui$»tu ? nous irons ensemble Elle se réveille
enfin , troublée de cette image et de cette voix : ses esclaves effrayés sont accourus au bruit; ils ont ap- i
porté de la lumière : die regarde autour d'elle ; mais celui qu'elle vient .de voir n'y est point. Après de vaines recherches , elle meurtrit son visage , frappe J
sa poitrine ^ déchire ses vêtemens, arrache ses cheveux ; et quand sa nourrice lui demande le sujet de sa douleur 5 <« Alcione. n'est plus , répond~elle; elle a péri avec Céix : point de consolation ; il a fait naufrage ; je l'-ai vu, je l'ai reconnu; mes bras étendus vers lui l'ont cherché ; mais l'ombre a fui. Ce n'était point un fantôme vain , c'était . l'ombre même de mon époux. Il n'avait point, il est vrai, son -air accou* j
tumé; son ancien éclat avait disparu : malheureuse ! \
je l'ai vu pâle , nu , les cheveux encore humides ; il était là l'infortuné ( et en même temps elle cherche s'il m reste quelque trace ), ^h ! Céijc, Céix , je l'ai craint, je l'ai pressenti! je.t'aioonjuré de ne pas fuis' ton épouse pour te confier à des vents perfides , ou du moins de m'emmener à la mort qui t'attendait! O mon époux ! que de maux épargnés, si je t'avais
CÉIX ET ALCIONE. 121
suivi ! Aucun jour de ma vie ne se fût écoulé sans toi , et la mort ne nous eût point séparés. A présent je péris loin de moi; loin de moi mon corps flotte sur les mers , et d'ici je me vois la proie des flots. Ah! mon cœur serait plus barbare que la mer, si j'essayais de respirer encore et de suryivre à tant de maux! Non, je ne combattrai pas ; non , malheureux époux ; non , je ne t'abandonnerai point ; à cette heure du moins tu retrouveras ta compagne ; et si nous ne' sommes pas .réunis dans la même urne , au moins la môme inscription nous rapprochera ; mes os ne toucheront pas les tiens , mais mon nom touchera ton nQm. » La douleur l'empêche de continuer , les sanglots étouffent ses paroles , et de sa poitrine gonflée il ne sort que des gémissemens.
Le jour se lève , elle court au rivage; elle retourne au lieu d'où elle avait vu le fatal départ. Ici , disaitelle,- il s'est arrêté; ici son vaisseau fut détaché;
ici j'ai reçu son dernier baiser Tandis qu'elle
se retrace jusqu'au moindre signe , jusqu'au moindre geste , et que ses regards parcourent 1 étendue des mers , elle aperçoit un objet qui flotte sur les eaux : d'abord on ne peut rien distinguer; mais le flot l'approche , et l'on entrevoit confusément un corps humain. Alcione se sent émue : c'était assez qu'il eût fait naufrage , et le pleurant sans le connaître : Que je te plains , dit-elle , qui qije tu sois. Ahl si tu as une épouse
Cependant le corps s'avance poussé par les vagues. Plus Alcione le fixe , plus sa raison s'égare : déjà il
lia cjSix et alcione.
est près du rivage; déjà on peut le reconnaître ; elle le voit, c'est son époux. C'est lui, s'écrie-t-elle ; et déchirant à la fois son visage, sa chevelure, ses vêtemens , et tendant à Céix des mains tremblantes : « C'est donc ainsi que tu reviens à moi, dit-elle, chère et malheureuse moitié de moi-même ! »
En avant du rivage s'élevait un môle oppose à. la fureur des vagues et à la violence des courans. Elle
y monte, et de là s élançant mais , ô prodige, l'air
soutient Alcione rvêtue de ses plumes soudaines qui se déploient et rasent en sifflant la cime des flots. Pendant son vol, sa bouche, changée en un bec aigu, rend des accens qu'on prendrait encore pour des plaintes; mais, dès qu'elle est parvenue à ce rcorps froid et privé de vie, on la voit étendre ses naissantes ailes sur cet objet si cher , et lui donner mille baisers. Le peuple douta d'abord si Céix les avait sentis , ou si le seul mouvement de l'onde avait soulevé sa tête ; il les sentait en effet, et tous deux enfin, par la pitié des dieux, furent changés en oiseaux. Leur amour conservé leur fait encore courir les mêmes destins; ils s'unissent , ils se multiplient, ils se transmettent leur première tendresse, et les alcions Sont restés les modèles de la fidélité conjugale. Tous les hivers Alcione passe sept jours tranquilles à couver son nid flottant. Alors la navigation est sûre; Eole tient les vents renfermés , et les enfans de sa fille régnent paisiblement sur la surface des mers.
FIN DE dlX ET ALCIONE.
=fc=î
TRADUCTION