DE L'HISTOIRE DE BIBLIS
TIREE DES METAMORPHOSES DOVlDE»
Les malheurs de Biblis apprendront aux jeunes filles à régler leurs vœux. Eprise de Caunus , elle l'aima comme une sœur ne doit point aimer ; abusée dans le principe, elle ne sent point le danger des caresses et des baisers qu'elle prodigue, et son cœur aime à prendre le crime pour devoir. Peu à peu l'amour se décèle : lorsque Biblis se pare, c'est pour Caunus; elle veut être trop belle à ses yeux; et si quelque autre est plus belle, elle en est jalouse. Cependant elle ignore encore son état; aucun désir n'a trahi sa flamme; mais elle brûle au dedans ; mais déjà elle 1'appglle sort maître; mais déjà le nom de frère lui déplaît ; mais déjà elle aime mieux qu'il la nomme Biblis que sa sœur. Sa raison néanmoins ne s'est encore permis aucun espoir criminel; mais souvent, dans la nuit , un songe enchanteur lui offre celui qu'elle aime ; elle se voit unie à lui , et , quoique endormie , elle en rougit. Le sommeil cesse , et longtemps Biblis en silence recherche dans son esprit l'image que le songe lui a présentée ; enfin son aine inquiète s f exprime ainsi : «Malheureuse! qu'ai-je vu dans cette nuit tranquille ? Ah ! que ne dure-t-elle encore ! mais pourquoi ces songes ? sans doute Caunus
ta4 BIBL1S.
plairait aux yeux même de la haine ; sans doute il me plaît; et s'il n'était pas mon frère il en serait trop digne ; mon malheur est d'être sa sœur : ah! puisse revenir souvent, mais seulement dans mon sommeil , ce qui m'a tant charmée ! Le sommeil est sans témoins, mais il n'est pas sans plaisirs : ô Vénus! ô Amour ! quelles délices l tant de ravissemens ne sont que trop vrais, tous mes sens me l'attestent; le souvenir seul me, charme; mais mon bonheur n'a point assez duré, et la nuit jalouse a précipité sa course.
« O cher«.Caunus ! s'il m'était donné, sous un autre nom , d'aspirer à toi, que j'aimerais à me voir la bru de ton père! que j'aimerais à te voir le gendre du mien! Puissent les dieux avoir rendu' tout commun entre nous hors les aïeux! eh! que de bon cœur je te céderais l'avantage du rang ! Hélas ! j'ignore , ô le plus beau des mortels ! quelle sera ton heureuse épouse ; mais moi , à qui mon malheur a donné les mêmes parens qu'à toi , tu ne seras jamais que mon frère. Vain titre ! cruel obstacle ! ce qui nous unit nous sépare.
« Mais que m'annoncent donc ces visions ? quel est le sens de mes songes? et les songes ont-ils en effet un sens ? O félicité des dieux ! il en est qui ont posséda leur sœur. Opis fut la sœur et l'épouse de Saturne ; Thétis de l'Océan; Junon du maître de l'Olympe. Les dieux ont leurs droits : vainement je chercherais des exemples au ciel, d'autres pactes, d'autres lois» gouvernent la terre. Non , ou cette cou-