BIBLIS. > I
pable flamme sortira de mon sein , ou , si je ne le puis, que plutôt je périsse, et qu'étendue morte sur le bûcher, j'y reçoive les derniers baisers de mon frère. L'amour exige des aveux; quand je m'y abandonnerais, Caunus en aurait horreur. Les Éolides pourtant n'ont point fui l'hymen de leurs sœurs. Les Éolides! d'où les ai -je connus, e£ 'pourquoi toujours des exemples? où suis-je entraînée ? Fuyez loin de moi , feux criminels , aimons Caunus; mais, hélas! comme on aime un frère. »
« Si cependant il eût le premier senti ce que je sens, j'eusse pu céder à ses transports ; eh bien ! puisque je ne l'eusse point repoussé, je le préviendrai*. Infor* tunée, pourras-tu convertir.... l'amour m'y forcera, je pourrai tout ; ou , si la honte me ferme la bouche , une lettre secrète dévoilera des feux trop long-temps cachés. »
Ce moyen lui plaît et fixe tous ses doutes. Sou* levée à l'aide du bras gauche, et s'appuyant sur son coude: «C'en est fait, dit-elle, déclarons une flamme insensée ; hélas ! quelle peine ! quel projet ! et quel amour! » Déjà Biblie médite sa lettre , et voilà que ses tremblantes mains se préparent; l'une tient le fer, et l'autre la cire; elle commence, elle hésite, elle écrit, elle repousse ses tablettes, elle note, efface, change ^ condamne , approuve; cent fois les tablettes sont quittées, et cent fois reprises. Incertaine, égarée, elle frémit de sa témérité ; la honte et l'audace sont peintes à la fois sur son visage : le mot sœur était écrit , la réflexion le fit effacer , et sur les