BIBLIS
feuilles souvent corrigées il resta ces parole? : « Une amante te souhaite un bonheur qu'elle ne peut avoir que de toi. Elle rougit, hélas! elle tremble de tracer son nom; je voudrais, s'il faut le dire, que ce nom fatal ne parût point dans ma cause, et que tu ne reconnusses Biblis qu en l'exauçant. Tu n'as vu que trop d'indices d'une.ame blessée : ma pâleur, mon abattement, mes regards, des yeux souvent humides, des soupirs dont je cachais la cause; des caresses, des baisers qui, si tu l'as remarqué, n'étaient «point fraternels. Cependant moi-même, les dieux m'en sont témoins, quoique brûlée au dedans, j'ai tout fait pour me guérir : long-temps je me suis débattue, pour échapper aux armes puissantes du fils de Vénus ; va, j'ai plus souffert j plus résisté que tu ne peux le croire . d'une simple fille; mais, vaincue enfin, je suis forcée d'avouer ma défaite et d'implorer mon vainqueur. Tu peux seul conserver , tu peux trancher les jours d'une amante; choisis... ce n'est point une ennemie qui te supplie; c'est celle que les plus étroits liens unissent à toi, et qui voudrait les resserrer encore. Abandon* lions l'étude de la morale aux sages qui recherchent les limites du bien et du mal, et qui veillent au maintien des lois : pour nous , un amour téméraire convient à nos jeunes années; nous ignorons ce qui est défendu; croyons que tout est permis , et suivons l'exemple des plus grands dieux. Ni la dureté d'un père , ni le soin de notre honneur, ni les autres craintes des amans, ne peuvent nous arrêter; notre amour ne trouvera point d'obstacles ; les doux noms de frère et de sœur