‹ Œuvres du chevalier de Boufflers, membre de l'InstitutChapitre 77 sur 120 · BIBLIS. N I · texte numérisé non relu

BIBLIS. N I

croire que j'ai voulu le tenter et lui tendre un piège, ou bien que j'ai cédé à une erreur passagère des sens , et non à ce dieu inévitable qui me consume tout entière* Enfin je ne puis plus être innocente ; j'ai écrit, j'ai demandé, ma volonté est souillée : en m'arrêtant, je n'effacerai rien; ce qui me reste à faire est peu pour mon crime, et tout pour mes vœux. »

Elle dit ; et tel est le désordre de son esprit , que ce qu'elle regrette d'avoir tenté , elle le tente de nouveau : l'insensée passe toutes les bornes et s'expose à mille rebuts. Caunus enfin, désespérant de la guérir, fuit à la fois le crime et la patrie, et va fonder de nouveaux murs dans une terre étrangère.

Alors la triste fille de Millet perd tout usage de sa raison. Furieuse, elle déchire ses vêtemens et se meurtrit le sein : déjà sa folie est publique , et l'on en dit hautement la coupable cause; elle maudit une contrée et une maison odieuse , et fuit sur les traces de son frère expatrié.

Tel qu'on entend les bacchantes ismariennes que le fils de Sémélé a frappées de son thyrse redoutable renouveler de trois en trois ans leurs bruyantes fureurs , tel les habitans du Bubace -ont entendu retentir dans leurs vastes campagnes les hurlemens de Biblis.En s'éloignant, elle parcourt la Carie, la Lycie et les demeures des belliqueux Léléges ; déjà elle a laissé derrière elle les sommets du Cragus , les murs de Lymire et les rives du Xanthe ; déjà elle a passé les monts fumans où la triple Chimère offre la tête d'une lionne et la queue d'un serpent. Malheureuse

BOUFFLEUS. T. I. Q

1 3o BIBLIS.

Biblis ! bientôt l'ombre des forêts va te manquer ! Mais voilà qu'épuisée de cris et de fatigues , tu succombes , couvrant la terre de ta longue chevelure ,

et serrant entre tes dents les feuilles desséchées

Plus d'une fois les nymphes de Thrace lui offrirent de tendres secours; plus d'une fois elles lui donnèrent d'utiles conseils ; Biblis est sourde aux consolations , elle reste immobile , muette , et pressant l'herbe des prés de ses faibles mains , les naïades , voyant couler ses larmes en torrent sur sa couche , leur creusèrent un lit. qui ne tarit jamais: hélas ! elles ne pouvaient rien donner de plus à la triste Biblis.

Aussitôt, comme les gouttes qui sortent par les fentes de l'arbre qui donne la résine , comme le bitume collant qu'un feu caché distille , comme l'onde que le froid a durcie se fond aux regards de Phébus et au souffle de Zéphire , ainsi Biblis fondue dans ses larmes se transforme en une fontaine qui sourdit au pied d'un chêne ombrageux , et qui porte encore le nom de Biblis dans le vallon qu'elle arrose.

TRADUCTION

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