ACTE I, SCÈNE II. 1$J
LA NOURRICE
Il fuira.
PHÈDRE
Je le suivrai , fût-ce à travers les mers.
LA NOURRICE
Souvenez-vous de votre père.
PHÈDRE
Je me souviens aussi de ma mère.
LA NOURRICE
Il q^horre votre sexe.
PHÈDRE
Au moins je ne crains point de rivale.
LA NOURRICE
Votre époux reviendra.
PHÈDRE
Il est avec Pirithoûs.
LA NOURRICE
Çt votre père ?
PHÈDRE
Il à pardonné à ma sœur.
LA NOURRICE
Ah ! je vous en conjure, par ces cheveux blanchis à vptre service, par ce corps épuisé de fatigue, par ces mamelles qui vous furent chères, retenez ces transports, et vous-même, secourez-vous. Le désir de guérir est un pais vers la guérison.
PHÈDRE
Non, toute pudeur n'est pas bannie de mon ame. Oui, chère nourrice, je t'obéirai«, et je terrasserai cet amour que je n'ai pu régler; je veux au moins
l38 HIPPOLYTE.
sauver ma renommée ? je n'ai qu'un moyen , qu'une ressource , c'est de suivre mon époux , et ma mort préviendra mon crime.
LA NOURRICE
Arrêtez , ô ma fille ! cette nouvelle fureur; reprenez vos esprits : plus vous vous trouvez digne de mourir , plus je vous vois digne de vivre.
PHÈDRE
Mon trépas est résolu, je n'en cherche que les moyens. Périrai-je par le nœud fatal ? me servirai-je du glaive ? ou me précipiterai -je du haut de la tour de Pallas ? C'en est fait, j'armerai mes chastes mains contre mon déshonneur.
LA NOURRICE
Ainsi donc au déclin de ma vie je vous verrai trancher la fleur de vos jours. Ah ! renoncez à ce triste projet.
PHÈDRE
Non 9 rien ne peut arrêter qui veut et doit mourir.
LA NOURRICE
Unique joie de mes vieux ans, chère maîtresse! si ce fatal amour ne peut sortir qu'à ce prix de votre ame , méprisez plutôt la renommée : elle n'est pas toujours juste; souvent elle accuse le mérite et justifie les fautes. Je vais sonder cette ame froide et inflexible ; c'est à moi d'attaquer la première ce jeune barbare, et d'essayer d'amollir sa rigide innocence.
LE CHŒUR
Fille de l'onde écumante, ô Vénus ! mère des amours; tu te plais à voir ce fils brillant et folâtre