SOI
Le 7 juin 1834.
. . . Elisabeth continue à se bien porter et est fort disposée à avoir du jugement avec de la gentillesse.
Je t'embrasse.
Matignon, le 19 juillet 1834.
. . . Elisabeth et moi avons soutenu notre ardeur et notre émulation pour le noble jeu de billard; aussi y brillons-nous. Elle soutient qu'il en faut un dans le grand salon de Paris. J'ai presque dit oui.
Je t'embrasse et toute la famille.
Matignon, le 7 octobre 1834.
Ma chère Alexandrine, vous savez bien que je n'ai pas de plus grand plaisir que celui de vous voir. Je suis autant assuré qu'on peut l'être de finir ici le mois courant; je serai trèsheureux de vous y posséder et vos enfants. Il y a au Bois-Roussel dix petits cousins dont Hélène est l'aînée, même de beaucoup, car c'est maintenant une jeune personne et non plus un enfant; mais Pierre est à la tête de la républi-
LEITRKS DE M. RÛEDEREU A SON FILS PUÎNÉ, ANTOÏNE-MAHIE. 641
que , et vos enfants trouveront à qui parler. Venez donc, ma chère enfant, puisque vous ne craignez pas de trop vous ennuyer avec moi.
Toutefois vous me faites naître un scrupule en me disant que vous pourriez déterminer un mariage qui se présente pour Louise. Je vous prie de peser sérieusement, en bonne sœur et en bonne petite-fille, de quel c6té vous avez plus de plaisir et de bien à faire. Je m'en rapporte à votre sagesse et à vos sentiments.
Je vous embrasse de tout mon cœur, ma chère amie. Mille amitiés à votre mari.
Matignon, le 6 novembre 1834.
J'ai conduit hier Alexandrine à Alençon. Sa belle-mère devant partir samedi pour Pans, elle me reviendra peut-être et attendra ici ou que sou mari rappelle à Quimper ou que le mariage de sa sœur la rappelle à Paris. Peutêtre aussi ne la reverrai-je pas, ce qui me ferait peine. Je l'ai trouvée plus sensée, plus agréable que jamais; nos dames du Bois-Roussel en ont pensé de même. Ses enfants sont élevés et tenus à merveille. Sa petite fille a une physionomie d'une expression que je n'ai vue qu'à elle et qui charme tout le monde; c'est la douceur et l'aménité en personne. Pour la mère, on peut lui appliquer ce que La Fontaine dit de madame de la Sablière quand il parle de
Son art de plaire et de n'y penser pas.
Si je ne t'écris pas ce n'est pas pour ménager mon encre, comme font tes filles, qui ne m'ont pas donné signe de vie depuis qu'elles ont quitté Matignon; c'est pour ménager mes yeux, dont un m'a fait à peu près faux bond. Je m'en sers aujourd'hui même sans lunettes pour t'écrire, mais il y a entre écrire et lire une grande différence, car je ne pourrais relire sans lunettes ce que je viens de t'écrire, et, pour me dispenser d'en mettre , tu trouveras bon que je te dise bonjour sans plus, si ce n'est de t'embrasser.
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Où ai-je lu que Louis XIV et madame de Montespan , dans une dispute , s'étaient dit : à elle, qu'elle n'était plus jeune; à lui, qu'il puait?
vni.
J'ai toujours cru que c'était Bussy-Rabutin qui avait dit cela dans les Amours des Gaules, et que c'avait été la cause de son exil de dixsept ans.
Je viens de feuilleter la vie de Monlespan et celle de Maintenon : je n'ai pas trouvé.
Je croyais aussi qu'il y avait dans ce recueil les Amours du Grand Alcandre?
Je te les envoie pour que tu me marques l'endroit des injures^ si tu les retrouves aisément.
Là ou ailleurs.
A Alexandrine,
Matignon, le 2 septembre 1835.
Ma chère amie, j*at tends depuis bien longtemps un jour oii je puisse te dire que j'ai la certitude de passer quelques semaines de suite à Matignon et t'engager à m'y venir voir. J'y suis venu sans cette certitude. J'y suis depuis huit jours, craignant à chaque courrier d'être rappelé à Paris ; maintenant je vois que je puis espérer d'y passer le mois de septembre et une partie d'octobre même; si tu ne crains pas la solitude de Matignon et si le voisinage du Bois- Roussel t'intéresse un peu, tu nous viendras visiter. Je vis plus solitairement que jamais. Je ne connais guère que toi, ton mari et tes enfants, dont la société continue ne me soit pas incommode. Après toi, la bonne Duquesney et son mari me feraient aussi bonne compagnie. Les autres ont trop besoin de bruîl et de tapage.
Tu vois, ma chère Sandrine, que, étant à peu près la seule société qui me puisse faire plaisir, tu feras une œuvre méritoire en venant me voir. J'espère que le nez de Lucien aura ouvert un peu de passage à ses paroles, et qu'Adèle aura toujours son charmant regard.
Je t'embrasse, ma chère amie, de tout mon cœur. Je t'écris sans lunettes; mais je ne pourrais pas me relire même avec des lunettes. Je t'écris du cœur et de la main sans le secours des yeux.
Matignon, le 28 septembre 1835.
Je te remercie de la lettre de M. Hochet. Ta fille a pris fort à cœur le procédé de C. et
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COUKESPONDANCE DE FAMILLE.
l'en a fortement tancé. Le père Mercier l'a c'Iiargée de me dire qu'il désapprouvait fort son gendre. Madame Mercier a (énioigné^ outre le même mécontentement, quelque regret de notre discorde de famille. J'ai prié Alexandrine de lui dire que j'étais sensible à ce qu'elle lui écrivait ; quc^ comnue je n'avais jamais cru M. M ni M. C. de mes amis^ jamais non plus je ne m'étais cru mal avec elle; qu'il y avait entre eux et moi une grande discordance d'opinions, de sentiments, de mœurs et de ton, qui n'avait jamais permis d'alliage véritable, et qu^en aucune occasion ils n'avaient pu et voulu que me desservir; mais ({ue mes analogies avec elle étaient égales à mes disparités avec eux^ et que je regrettais plusqu*elle, mais à cause d'elle seule, notre séparation, etc.
... Je plains bien les rhumatismes, les névralgies, les accouchements. Ce qui tempère ma compassion, c'est que ces maux-là sont un peu volontaires...
Toutefois ce n'est pas à moi de prescrire des régimes aux dames ; je dois n\e l)omer à faire des vœux pour qu'elles se trouvent mieux du leur. . . .
Je suis bien aise de te dire que M. Goislard, le directeur de madame Rœderer de Bois- Uoussel, m'a écrit une belle lettre sur ia Société polie, et qu'il admire parliculièrement la chasteté de mon style.
Je te dirai aussi que M. de Montmerqué m*a écrit qu'il profiterait des recherches que j'ai prodiguées pour faire des corrections à sa nouvelle édition (à venir) de Tallemant des Beaux; il m'a envoyé des lettres de mademoiselle de Scudéri qui justitient la bouuu opinion que j'avais d'elle, sauf le yoàt; et ces lettres sur la Fronde sont de si bon goût que j'en suis venu à regarder son royaume de Tendre connue un accident causé par l'épidémie de VAstrée,
Je le prie de me faire acheter Tallemant des lléaux par Grueber, ainsi que les Conversations inédites de madame de Maintenon, de Montmerqué. Biaise, 1828.
Envoie-moi les notes que tu peux avoir faites sur la Société polie; j'en veux faire le quatrième volume àt Louis XI l et François T^, et me défaire ainsi de ce qui me reste de ces ouvrages. Mais j'ai quelques changements à faire
dans ce quatrième volume au moyen de car- U.ns qui en feront de nouvelles éditions.
Bonjour; je ne vois pas ce que je t'écris, mais j'écris toujours : c'est à toi de me savoir lire. Tu m'as assez envoyé de lettres griffonnées dans ton jeune temps pour que je prenne ma re\'anche...
Matignon, le 3 octobre 183&.
Ma chère Sandrine, madame deVilliersa dit hier à madame Rœderer qu'elle attend les ini^pecteurs, et que, si cela t'amusait, il serait possible de jouer une petite comédie. Je dis : Très-volontiers, de tout mon cœur, si cela t'amuse ; je te préviens donc. Ton mari m'écrit qu'il se propose de venir incessamment te voir, et moi en m/^me temps; vois donc de combien de façons tu veux le régaler pour le payer de sa peine. En attendant je fais épousseter les décorations et les banquettes, ne fût-ce que pour empêcher les araignées de se l<^er dans les époussetoirs.
J'ai dit que, n'ayant pas trouvé dans le Moniteur du temps le nom des conseillers d'État qui ont porté au sénat le sénatus-consulle de déportation des auteurs présumés de la machine du 3 nivôse, ton père s'était chaîné d'en demander la liste officielle au greffier du conseil d'État et moi à l'archiviste du sénat. La réponse, des deux côtés, est que le rapporteur au conseil d'État a été M. Fouché, et les orateurs du conseil au sénat MM. Boulay, Régnier et de Fermont.
Ainsi ton beau-frère est un menteur.
Je t embrasse, malgré ton peu de ressemblance avec lui.
A Alêxandr'me.
Matignon, samedi soir.
J'irai te chercher lundi à Alençon ^ c'i^st-)^dire après-demain. La salle de spectacle est prête; mais je ne me mêle pas d'autre chose. Après le spectacle un souper, et puis coucher. J'oubliais le billard à discrétion. Quand tu seras ici tu t'arrangeras avec madame de Villiers et compagnie.
Je t'embrasse, ma chère Sandrine, de tout mon cœur. Madame Rœderer dit que le Précepteur dans Vemlmrras est une jolie pièce.
CORaESPONDANCE GENERALE