‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 101 sur 110 · I. — LETTRES DU GÉNÉRAL ALAVA · texte numérisé non relu

I. — LETTRES DU GÉNÉRAL ALAVA

( yott de ^éditeur.) En mai 1 833 je reçus la lettre suivante du général espagnol Alava, qui s'adressait à moi pour obtenir quelques ouvrages de mon père, qu*il croyait décédé. J*eus le plaisir de lui répondre que le défunt y qui. Dieu merci, se portait fort bien, et à qui je venais de remettre sa lettre, aurait Thonneur de lui faire réponse lui-même et de lui faire l'envoi qu'il désirait.

Le général Alava avait été aide ^e camp de Wellington pendant toute la guerre d'Espagne. Il était resté son ami intime. Mon père m'en parle dans sa lettre ci-avant, en date du 8 septembre 1825, p. 606.

A M. le comte Rœderer,

Tours, le 8 mai 1833.

Monsieur le Comte ,

Je vous prie de me pardonner la liberté que je prends de m'adresser à vous sans avoir l'honneur de vous connaître personnellement.

Mais, ayant eu le plaisir et l'honneur d'avoir beaucoup fréquenté feu monsieur votre père en 1825 aux eaux d'Aix-la-Chapelle, peut-être que ça me servira d'excuse près de vous, surtout si vous savez que nous avions continué les rapports d'amitié fondée sur des sentiments mutuels d'estime.

Je me souviens que, pendant notre séjour à Aix, et dans nos conversations dans les longues promenades que nous faisions seuls, notre conversation tombait généralement sur les événements de la révolution française, ce qui nous menait naturellement à la part qu'il avait eue et surtout au rôle qu'il avait joué dans {le terrible événetnenl) (i) du 10 août 1792. Quoique fort jeune alors, et à mille lieues de Vœuvre (illisible) de Tévénement, j'avais formé mon opinion sur la conduite de monsieur votre père, et cela sans d'autres documents que ceux qui sont à la portée de tous ceux qui veulent se donner la peine d'étudier un peu une période aussi importante de l'histoire du monde.

(1) (Note de l'éditeur,) Ces deux mots sont illisibles et par conséquent incertains.

Monsieur votre père, surpris de trouver un étranger, et militaire de profession , si bien informé sur un événement si important dans sa vie, me déclara alors qu'il avait Tintention de publier à sa mort ce qu'il avait écrit, et je le pressai aie faire le plus tôt possible, du moins dans ce qui concernait le 10 août.

On me dit d'Angleterre qu'en effet monsieur votre père vous avait laissé le soin de faire imprimer ses Mémoires, et qu'ils le sont déjà, mais que, sans un ordre exprès de votre part, il est impossible d'en obtenir un exemplaire. Serais-je trop indiscret et trop hardi si , confiant dans les titres que j'ai Thonneur de vous exposer, je vous demandais de me compter parmi ceux qui le liront avec plus d'intérêt et plus de respect pour son auteur?

Si vous pensez comme moi, et si ce qu'on me dit d'Angleterre fut vrai, vous m'obligerez infiniment si vous voulez satisfaire à ma demande.

Proscrit de mon pays depuis 1823, et ayant fixé ma résidence dans cette ville, je vous prie de m'adresser votre réponse ici, et avec les ordres dont vous voudrez m'honorer.

En attendant je vous prie d'accepter, Monsieur le Comte, les assurances de tout mon respect et de ma considération, avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très -obéissant serviteur.

Miguel DE Al4Va.

Au Moutiers, le 21 mai (1833).

Mon cher Comte, si la lettre de monsieur voire fils et la possession de votre livre, que j'ai tant désiré, m'ont fait un très-grand plaisir, ce n'est rien comparé à celui que ma fait votre lettre à cause de votre résurrection. J'avais cru, malgré mon pyrrhonisrae journaliste, à la nouvelle de votre mort, et il faut se mettre dans ma position pour seiilir tout le plaisir d'une si agréable surprise. De toutes les

CORRESPONDANCE GÉNÉRALE

manières je suis content et très-content d'avoir donné à monsieur votre flls et à vous une preuve de la sincérité de mes sentiments pour vous, que ni le tenips^ ni la mort môme^ que je croyais certaine, n'ont pu afTaiblir, encore moins effacer. Ce sera donc avec un redoublement de plaisir que je vous re verrai. — Je vous promets sans faute une visite à l'automne.

Savez-vous que c'est par le duc de Wellington que j*ai appris la publication de votre livre? Je n'avais pas la moindre idée, quoique je croyais probable, en apprenant votre décès, que vous ne laisseriez pas quelque narration sur un événement aussi important, etautjuel vous avifz été forcé, par votre place, de prendre une si grande part. Aussi je me suis empressé à le demander ; car ma lettre à monsieur votre fils n'est que la conséquence de mille démarches inutiles que j'avais faites pour me le procurer. — Enfin je l'ai déjà depuis hier que je suis venu ici chez M. de Flavigny, et où j'ai rencontré votre collègue M. de Fezenzac, qui, comme moi, avaient entendu parler de l'ouvrage et qui brûlaient d'envie de le lire. Il a fallu laisser la primauté à M. de Fezenzac, qui part demain , et dans le moment que je vous écris il le dévore ; et demain je commencerai ma lecture, en vous assurant que je vous dirai mon opinion. En route j'ai pu lire hier Tintroduction, qui m'a beaucoup plu, car il faut prouver que la Révolution n'a rien à faire avec ses écarts, qui n'étaient pas la conséquence naturelle d'elle, mais bien de la lutte entre les intérêts rétrogrades auxquels le roi donnait un appui secret, et ceux qui voulaient, en contenant la llévoluli'.n (1) , reconquérir le retour de l'ancien régime, et pour le pays, et pour leur persome surtout (2). Je crois

(1) {Note de VédUeur,) Mots illisibles.

(2) Mot indéchiffrable, mais il parait évident que cette phrase a pour objet de rappeler celle de mon père qui se trouve, comme le dit le général Alava, dans Tintroduction de la Chronique de cinquante Jours, (Voir à la page 71 du tome III de cette collection.) Cette phrase est ainsi conçue :

« Le renversement du trône au 10 août 1792 n*a pas été une conséquence inévitable de la révolution de 1789. Ce n'était ni dans son intérêt ni dans son esprit; il fut déterminé par les intérêts particuliers d'une faction de révolutionnaires qui se heurtèrent

comme vous que, si Louis X VIH avait été à la place de son frère, ces écarts n'auraient pas eu lieu, et c'est la première fois que j'ai lu dans aucun livre sur la Révolution une observation si exacte. M. de Fezenzac trouve votre livre très- intéressant; car, comme il dit, si tout le monde connaît l'événement en bloc, jamais, jusqu'à présent, on n'avait donné sur lui des détails et des anecdotes aussi curieuses, aussi intéressantes.

Je retourne demain à Tours, où je serai très-heureux d*avoir de vos nouvelles. Cela ne doit pas vous coûter beaucoup, écrivant sans lunettes et d'une main si ferme. Pour moi j'en ai besoin des premières, et mon poing tremble au point de ne pouvoir prendre quelquefois la plume.

Je vous fais mon compliment de votre entier rétablissement. Ma santé aussi est très-bonne, quoique ma jambe est toujours souffrante, et plus courte que l'autre d'un pouce et demi ; mais, après tout, je n'ai pas non plus à me plaindre, parce que je suis à mes soixante et un ans et demi sans une autre souffrance.

Veuillez bien me présenter au souvenu* de monsieur votre fils et lui exprimer ma reconnaissance.

Croyez moi , Mon cher Comte , très-sincè • rement ,

Votre ami sincère et fidèle , M. DE Alàva.

AiX'Ia-Chapellc, 17 octobre 1833.

Mon très-cher Comte , J'ai reçu hier, avec le plus grand plaisir, votre aimable lettre, et je vous remercie infiniment de votre bon et sincère souvenir. Je suis bien aise que vous ayez écrit au duc de Wellington sur les pièces originales et importantes qu'il possède sur le fameux cartel entre François 1" et son rival, et aussi que vous lui ayez envoyé votre ouvrage. Il verra par là que vous avez jugé le roi de France presque comme les nobles Castillans que Charles V consulta (1).

avec les intérêts particuliers d'une faction royaliste^

laquelle voulait la réintégration des privilèges, etc..,»

(1) {Note deféditeur.) Ce passage se rapporte à ce

que dit mon père dans son Mémoire sur François !'',

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