‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 107 sur 110 · NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR M · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR M

ministre de la police sur la liste de cinquanlequafre écrivains ou journalistes à d^^porter. M. de Talleyrand oblinl, non sans peine, du Directoire que son nom en fût retranché.

Le 18 fructidor avait décimé les deux conseils législatifs. M. Rœderer exprima ainsi son opinion sur cette journée : « Le moyen employé par le Directoire pour le salut de la Constitution peut causer sa perte; il a ouvert un champ inuTïense aux ambitions particulières. » L'événement justifia bientôt cette prédiction.

En septembre 1799 il publia la réfutation d un ouvrage alors fort en vogue, de Rivarol , contre la philosophie moderne. Il écrivit encore contre le système de l'emprunt forcé, contre la loi des otages, contre la résolution qui punissait de la peine de mort quiconque proposerait ou accepterait des conditions de paix tendant à modifier la Constitution ou à altérer l'intégralité du territoire.

Le 16 octobre le général en chef Bonaparte revint d'Egypte. A celte époque semblent finir toutes les existences personnelles pour se confondre dans une seule. M. Rœderer concourut, avec M. de Talleyrand, à la révolulion du 18 brumaire. Le premier consul Bonaparte le consultait sur le système de constitution à établir et sur les hommes à employer; il fut rintermédiaire par lequel le premier consul et Sieyès s'expli(|uèrent et s'accordèrent sur les bases de cette Constitution de Tan VIII. Ce fut M. Rœdererqui détermina le choix de Bonaparte en faveur de Lebrun pour la place de troisième consul et qui fut chargé de la lui annoncer. Il fut aussi un des premiers à engager le premier consul à fermer la liste des émigrés; il Tt'n sollicitait en particulier, et en public dans le Journal dt Paris. Ce fut aussi dans celte feuille qu'il plaida la cause des cinquante neuf membres du conseil des Cinq^Cents qui avaient formé une violente oppo.sition contre la majorité du conseil, le 18 brumaire , et qui, par un arrêté i{\\ 20 suivant et du 4 frimaire , devaient être déportés. Cette mesure , qui avait principalement pour but de prévenir toute réunion de celte minorité, n'en blessa pas moins vivement l'opinion des amis de la liberté. « Elle est grande et généreuse, fit imprimer M. Rœderer, cette opposition des gens de bien contre une mesure de rigueur qui pourtant ne devait atteindre que leurs adversaires ; elle sera mémorable cette pacifique insurrection de l'opinion publique en faveur de la justice et de la morale. Le général en chef Bi)naparte avait dit plusieurs fois, avant le 18 brumaire: La révo/ulion qui se

RQËOEBER.

prépare sera le coniraire des autres: elle n entraînera pas une proscription et enjera cesser plusieurs [\).n Cinq jours après, Tarrélé de déportation fut révoqué.

Le 24 décembre M. Rœderer fut nommé conseiller d'État et président de la section de l'intérieur. Il avait été élu sénateur quelques jours auparavant, mais le premier consul lavait engagé à ne pas accepter cette nomination. Il occupa pendant près de trois ans sa place au conseil d État. C^lle période fut ficonde en lois régénératrices,aux<|uellesM. Rœderer eut une grande part. Il fut rédacteur de celle concernant l'administration et la division du territoire en préfectures, sous-préfectures et municipalités, loi qu'il fut chargé de présenter au Corps législatif pour en développer les motifs. Il rédigea aussi une autre loi, dont l'exécution fut bientôt éludée par une ambition funeste, celle de la nutabiiitè nattonaie. Il la présenta de même , et en développa les motifs, ainsi que celle qui, plus tard, établit la Légion d'honneur.

Dans les affaires d administration M. Rœderer défendit constamment la liberté du commerce contre l'esprit de prohibition et de restriction que le ii.ouopole réussissait dès lors à mettre en faveur auprès du premier consul.

Nommé, avec Joseph Bonaparte et M. de Fleurieu, ministre plénipotentiaire pour négocier une réconciliation avec les États-Unis d'Amérique , il rédigea le traité de paix du 7 mars 1800 et le présenta au Corps législatif.

En 1802 le premier consul, ayant conçu ridée d'établir une dirffction de t esprit public et de l^ enseignement public^ lui donna ce surcroît d'occupation, que celui-ci accepta, en observant toutefois que l'esprit public prétendait se diriger lui-méme> et, de plus, diriger le gouvernement; qu'annoncer l'intention de le diriger était un moyn infaillible de le mettre en révolte. On changea le titre de directeur de l'esprit public et de l'enseignement en celui de directeur de l instruction publique.

En cette qualité il s'occupa d'un système d'enseignement absolument neuf et digne au moins d'un sérieux examen. Le plan en avait été concerté entre lui et deux hommes d'un

(1) Ce fut dans une autre feuille du Journal de Paru que je citai les paroles du général en chef Bonaparte sous la forme d'une anecdote ; je formai ainsi un appel du premier consul à lui-même, en faveur des cinquante-neuf malheureux. Bonaparte, porte rarticle, a dit plusieurs fois avant le I8 britmairct etc.

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