DU GRAMMAIRIEN DOMERGUE
a donc pour principal objet Tenchainement d'une suite de jugements. La grammaire a pour objet la liaison des idées renfermées dans un même jugement. La logique s'applique au^ rapports de plusieurs touts dont la grammaire arrange les parties.
Voilà ce qui distingue les deux sciences; voici ce qu'elles ont de commun :
L'une et l'autre concourent à former le tableau de nos pensées, soit pour les arrêter dans notre esprit, soit pour nous mettre à même de les transmettre aux autres. L'une fait ses tableaux particuliers de chaque jugement de Tesprit; l'autre compose de ces tableaux un tableau général représentant un jugement général.
Ainsi l'on voit que Tune et l'autre doivent concourir à un même but; toutes deux demandent donc un même esprit pour leur direction. Chaque phrase doit être faite par la grammaire, de manière qu'elle puisse bien remplir sa fonction à l'égard de l'ensemble. L'ensemble doit être fait de manière à assurer à chaque partie l'exercice de sa fonction. C'est la perfection de cet accord qui est l'objet de ces autres arts qu'on nomme poétique et rhétorique ou, en un seul mot, l'art d'écrire. L'art de raisonner serait à tout moment en défaut si la grammaire permettait dans chaque partie du raisonnement des solécismes, des barbarismes, des amphibologies; la grammaire serait toujours inutile si la logique n'avertissait de rejeter les propositions absurdes, et n'invitait aux tournures propres à faire réfléchir de l'une sur l'autre la lumière dont elles ont besoin.
Maintenant quels sont les rapports de la grammaire générale à ce qu'on appelle si improprement la métaphysique y et qui est la science de la pensée?
Ils sont les mêmes que ceux de la logique. La logique et la grammaire sont, si on peut le dire, deux connaissances jumelles, issues de la science de la pensée.
La grammaire s'occupe de la copie (m peinture des idées; la logique, de leur vérification ou de leur acquisition. La métaphysique offre à l'une ses modèles, à lautrc ses indications. En observant toutes les opérations de l'esprit, elle découvre toutes ses facultés; par la connaissance de ses opérations et de ses facnltés,
elle parvient à mieux discerner toutes ses idées, à m mieux saisir le caractère, à en mieux faire ou en mieux entendre les signes, à en faire un meilleur usage, soit pour exprimer la pensée , soit pour la traduire avec plus de certitude et de facilité.
C'est donc mal à propos et au détriment de la science grammaticale que Domergue tend à séparer ce que Locke, Condillac et Dumarsais ont eu le talent de si bien rapprocher; il récuse leur autorité d'après les cx)nsidérati6ns mêmes qui doivent leur en assurer davantage. Rapproc^ber les trois sciences, ce n'est pas les confondre, c'est les éclairer.
J'ai donné une grande étendue à cette réfutation et j'y ai mis une longue patience, parce qu'une foule de circonstances m'ont paru la rendre nécessaire.
Le traité d'Urbain Domergue est publié sous le titre fastueux de Grammaire générale analytique^ quoiqu'il doive seulement faire partie du tome I*' de cette grammaire qui est toute encore dans les portefeuilles de Fauteur.
Ce traité est reproduit pour la quatrième fois depuis dix années.
Ce traité est imprimé dans la collection des Mémoires de l'Institut national.
L'auteur assure, au frontispice de l'éditioil in-8« qu'il en a faite sous le titre de Grammaire générale^ que cette grammaire (encore à faire) ne comprend que des mémoires lus et discutés à l'Institut national de France; donc celui-ci a été lu et discuté dans l'Institut.
L'introduction suppose qu'une discussion solennelle a eu lieu pour ce traité, et que l'opinion de l'auteur s'est épurée sous l'influence amie de la philosophie et de l'érudition, du génie et du goût.
Le nom , les titres de l'auteur ajoutent du poids à toutes ces circonstances.
C'est Urbain Domergue, grammairien connu depuis longtemps;
Membre de l'InstKut national;
Professeur de grammaire générale à l'école centrale des Quatre Nations ;
Membre du conseil d'instruction établi près du ministre de l'intérieur;
Habitant du palais national des sciences et des arts.
Combien de recommandations pour ses erreurs !