Partie du discours et variations des mofs
Point de distinction des substantifs, des adjectifs, des verbes, de genre, de nombre, de cas. Pointde terminaisons altérées, ni pour indiquer les modes ou les temps des verbes, ni les genres, les nombres ou les cas des noms. Un trèspetit nombre d'articles désignent le présent, le passé et le futur. Un Chinois qui veut déclarer son intention de partir demain, ne dit pas qu'il partira demain, parce que le moi demain
(1) Court de Gcbclin, Origine du langage^ p. 382.
(2) Voyage de Macartney, t. IV, p. 163 et 16*.
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suffit pour indiquer que le temps de son départ est au futur. Le pluriel est marqué par l'addition d'un mot sans lequel le nombre des personnes et des choses est toujours censé être au singulier (l).
Syntaxe,
La construction d'une phrase chinoise est la plus simple et la plus dénuée d'art qu'il soit possible. Quoiqu'elle renferme plusieurs idées qui doivent être rendues par plusieurs mots, ces idées paraissent émises toutes ensemble et en même temps.
La position des mots contribue à fixer leur sens.
Lorsqu'il reste quelque incertitude sur le sens d'un mot, celui qui parle trace en l'air ou sur ses genoux avec le doigt ou son éventail la figure d'un caractère, et il détermine tout d'un coup ce qu'il veut exprimer.
Il y a à la Chine la langue familière, la langue noble, la langue savante. Voici l'idée qu'en donne le P. de Prémare dans les Lettres édifiantes^ t. XIX, p. 468 et suivantes:
c< On peut disthiguer trois sortes de langages chez les Chinois : celui du peuple, celui des honnêtes gens et celui des livres. Bien que le premier ne soit pas si peigné que les deux oxiittSyje ne vois pas comment il est si fort audessous de nos langues d'Europe... Quelques missionnaires peu habiles trouvent des équivoques où il n'y en a pas l'apparence ; et ne s'étant pas gênés d'abord à bien prononcer les mots chinois avec leurs aspirations et leurs accents, il arrive qu'ils n'entendent qu'à demi ce que disent les Chinois, et qu'ils ont beaucoup de peine à se faire entendre eux-mêmes. Cest une faute en eux, et ce nest point un défaut* dans la langue, qu'ils devaient mieux étudier. Le P. Trigault.... aura trouvé dans quelques mémou^es que les lettrés tracent souvent avec le doigt ou avec l'éventail des lettres sur les genoux ou en l'air; ce qu'ils font par vanité ou par coutume : et voilà toute l'occasion qu'il a eu d'avancer ce fait.
« Au-dessus dë^ce langage bas et grossier, qui quant à la prononciation se varie en cent
(I) Macartney, p. 148.
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DE LA LANGUE DES CHINOIS
manières^ et qui ne s'écrit presque jamais, il y en a un autre plus poli et plus châtié^ qui s'emploie dans une infinité d'histoires vraies ou feintes 9 d'un goût très -/m et très- délicat, Uesprit, les mœurs^ Vurbaniléf les peintures rives, les caracfèresy les contrastes, rien n'y manque. Ces petits ouvrages se lisent et s'entendent sans beaucoup de peine. J'en ai un assez grand nombre, eije suis encore à y remarquer une expression louche. Mais j'y ai senti partout une netteté et une politesse qui ne le cèdent guère à nos livres les mieux écrits (I). a Après ces deux manières de s'exprimer, l'une pour le petit peuple, qui est moins soigneux de l'arrangement de ses paroles, et Vautre, qui devrait être celle des mandarins et des lettrés, vient le langage des livres qui ne sont point écrits en style familier ; et il y a dans ce genre-ci bien des degrés pour parvenir à la brièveté majestueuse et sublime des anciens livres appela King. Ce n'est plus ici une lan- •guequise parle^ mais seulement qui s'écrit, et qu'on n'entendrait pas aisément sans le secours des lettres qu'oïi asous les yeux et qu'on lit avec plaisir; car on trouve un style net et coulant; on ne sent rien qui choque une oreille délicate , et la variété des accents, ménagés avec art, rend toujours un son harmonieux^et doux. »
BÉFLEXIONS.
Avant d'examiner l'écriture des Chinois, faisons quelques réflexions sur leur langage parlé.
Je dirai d'abord que c'est un avantage inappréciable dans une langue, que celui d'être uniquement composée de monosyllabes; et je ne parle ici de la langue que comme moyen ' de communication des pensées, nullement comme source de plaisirs.
Une langue monosyllabique est nécessairement vive, expéditive et surtout favorable au rapprochement des idées, ce qui facilite les jugements sains et les expressions éloquentes. A la Chine, chaque son est un mot; point de travail pour distinguer ce qui est la part de l'oreille et ce qui est la part de l'esprit ; point de possi-
(1) Un tel témoin qui aftirme fait p1ii8 de preuves Je cent témoins qui nient.
bilité de faire deux mots de ce qui n'en est qu'un, de n'en faire qu'un de ce qui en est deux. Chaque mot qui produit une sensation porte son idée ; le son et la sensation, le mot et l'idée sont une seule et même chose ; l'oreille et l'esprit sont frappés d'un seul et même coup. Pour apprécier ce mérite, considérons la commodité dont est pour nous l'usage du monosyllabe dans notre gamme de musique et dans notre numération; et la gêne, disons mieux, l'impossibilité qu'il y aurait pour nous à compter de vive voix ou déchiffrer de la musique, si au lieu de monosyllabes pour les éléments de la numération et de la musique nous avions des mots de trois ou quatre syllabes. Chacun peut en faire l'essai. La Chine a donc dans toutes les parties de son langage l'avantage que nous avons seulement dans deux de nos arts. Dans une langue monosyllabique les mots sont invariables ; il n'y a ni additions antécédentes, ni changements de terminaisons possibles. Les mots restent donc toujours tels que le besoin les a créés; ils portent donc toujours leur première empreinte avec eux ; ils sont donc toujours plus près de Tidée et plus ajustés à sa mesure. La Cliine a donc entières et nues les onomatopées que nous recherchons si péniblement et que nous retrouvons si rarement dans nos langues.
Une langue monosyllabique, quand les syllabes en sont bien faites, comme à la Chine, c'est-à-dire composées d'une voyelle précédée et quelquefois seulenoent suivie d'une consonne, est nécessairement douce, sonore, harmonieuse ; aussi tous les voyageurs s'accordent-ils à trouver ces qualités à la langue chinoise, et plusieurs la préfèrent à la langue italienne. Qui en a jamais dit autant de l'anglais , du français , de l'allemand ? Je relève ce mérite, parce que si la brièveté des signes favorise la justesse des jugements, et par le rapprochement des idées, l'éloquence de la diction , par leur étroite liaison, la douceur du discours semble serrer encore cette liaison et fondre pour ainsi dire ensemble toutes les parties.
L'abondance des mots qui composent les vocabulaires de la Chine serait elle un sujet de reproche contre la langue? Quelqu'un , entre les hommes qui ont quelque teinture des lettres, ignore-t-il que l'abondance des mots est dans
ET PARTlCUUÈKEMEiNT DE LEUR ÉCRITURE.
»oules les langues l'effet de celle des idées , qu'elle ne peut procéderd'une autre source, et qu'elle est toujours exactement proportionnée à celle-ci? C'est sur celte vérité qu'a été fondée cette opinion dont l'érudition fut d'abord étonnée, qu'il était possible de déterminer le degré de civilisation auquel un peuple était parvenu, les connaissances qu'il avait possédées, les mœurs qu'il avait pratiquées, par son vocabulaire ; et qu'il était possible môme de faire l'histoire fidèle de ses progrès et de ses révolutions par la comparaison de ses vocabulaires à différentes époques? Les mots ne peuvent être qne des créations du besoin , et il ne peut y en avoir jamais de trop , car ils ne sont reçus à la sanction de la multitude que comme nécessaires, et les caprices du néologisme ne sont jamais suffisants pour les faire recevoir. Le public n'admet que ceux qui, nés du travail de la pensée , répondent au besoin de la pensée de chacun, (les mots, sof^lagement de la pensée, ne \)euvent donc jamais l'embarrasser; en un mot, par C(^la seul qu'ils existent, ils sont présumés utiles, même nécessaires.
Si tes quatre-vingt mille mots de la Chine nous paraissent donc un nombre effrayant, il n'en faut tirer que cette conséquence . que les Chinois savent porter une richesse de savoir dont nous serions accablés, et il n'y aurait pas la de quoi nous enorgueillir.
Mais , pour nous étonner et nous effrayer d'un vocabulaire He quatre-vingt mille mots , sommes-nous sûrs d'en avoir un beaucoup moindre, et avons- nous fait le compte des nôtres?
Pour en faire un compte susceptible de comparaison avec le vocabulaire chinois , où les mots n'ont qu'un sens, il ùaxi conapter nonseulement nos divers, mots , mais encope les divecses acceptions d'un même mot, car la ressemblance de mots qui remplissent une fonction^ toate différente n'empêche pas que' ce ne soient des mots différents, comme des frères et sœurs de même nom n'en sont pas moins des individus très-distincts.
Cela posé, je déclare que j'ai trouvé par approximation plus de soixante mille mots dans le dictionnaire de l'Académie, à quoi il faut ea ajouter quinze mille pour les arts et métiers,, dont TAcadémie n'a point tenu compte. On
pourrait en dire autant de l'anglais, où Ton trouve des mots qui, suivant le dictionnaire de Johnson, ont plus de cent significations différentes. Et l'allemand, la plus riche des langues d'Europe, surtout en physique ot en philososophie, est sûrement plus abondant encoie.
Ce qui doit le plus effrayer dans une langue, ce n'est pas la multiplicité des mots, mais, au contraire, leur trop petit nombre, d'où suit la nécessité de multiplier leurs acceptions. Voilà ce qui jette une grande confusion dans les idées et ce qui donne un travail infini à la mémoire. Il serait incomparablement plus facile le retenir sept mots différents qui exprimeraient les sept acceptions qu'a en français le mot honneur, que de discerner et se rappeler toujours ces sept acceptions sous un signe qui les confond.
Les quatre-vingt-quinze volumes du dictionnaire chinois et les vingt-quatre vol unies de supplément cesseront d'effrayer lorsque l'on comparera la différence des livres chinois et des nôtres. D'abord les Chinois n'impriment que sur un côté du papier; ainsi voilà d'abord le nombre des volumes réduit à la moitié. En second lieu, leur écriture est beaucoup plus étalée que la nôtre, leur caractère beaucoup plus espacé et plus volumineux. Le rapprochement certain du nombre de nos mots et du nombre des leurs autorise à croire que leur diclionnaire, imprimé comme les nôtres ou les nôtrescomme les leurs, donneraient le même vo~ lume.
Fourmont, dans ses Hèflexiuns critiques^ t. IL p. "^38, dit que la langue des Chinois est. une langue factice eipurement philosophique.. Et en effet on voit dans plusieurs anciens mémoires et dans le Voyage de Macartney, t. IV,^ p. 156,. a que les éléments dont les Chi- « nois croient que les corps sont composés « fonnent autant de genres , chacun desquels
Ci comprend un grand nombre d'espèces
« Les cas des gcntes sont placés au commen- « cément du dictionnaire, dans un ordre qui, a semblable à celui de l'alphabet, est inva- « riable , et devient bientôt familier à celui a qui l'étudié. Les espèces de chaque genre a se suivent l'une l'autre. » La langue chinoise est donc formée comme chez nous celle de la botanique, et Fourmont a raison del'ap- [>eler une langue philosophique.
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DE LA L/.NGUE DES CMINOIS
Des cotnmvnications par Vécritu e.
Comme à la Chine chaque son simple ou articulé forme un moi et représente une idée^ chaque lettre ou caractère représente un son simple ou articulé. Ainsi chaque lettre est un son, chaque son un mot, chaque mot une idée.
C'est un point avoué qu'à la Chine les caractères de récriture représentent les idées immédiatement et non la parole. « Les caractères chinois, dit le savant Fiéret (Mém. de C Aca^ ù&inie, t. YI, p. 618), sont signes immédiats des idées qu'ils expriment ; on dirait, ajoutet-il, que cette écriture aurait été inventée pour des muets qui ignorent l'usage de la parole. »
A la Chine, comme les mots peignent autant qu'il est possible le bruit des choses, les lettres peignent autant qu'il est p4>ssible la forme des objets; comme le mot chat imite le cri du chat^ )e signe écrit qui le représente en est une peinture abrégée. Fréret a soutenu dans son Euai sur les hiéroglyphes (Mém, de T Académie, t. II, p. 539)^ que les caractères chinois , quoique destinés à représenter l'idée, n'avaient jamais été composés que de figures arbitraires, qui n'ont eu, dit-il^ qu'un rapport d'institution avec les choses signifiées; et qu'ils n'avaient représenté que les nœuds des cordelettes dont les Chinois se sont longtemps servis. Mais Tavis de Warburton à prévalu sur c«lui de Fréret. Suivant Warburton, l'écriture a d'abord été peinture, la peinture est devenue hiéroglyphe, Fhiéroglyphe a été chargé de caractères arbitraires; de sorte qu'il y a un fonds d'écriture figurative et des accessoires de convention. Cette opinion est celle du rédacteur du Voyage de Macariney, qui a traité la partie du langage de la Chine en observateur attentif et éclairé
a La plupart des caractères de la Chine, ditil, étaient originairement tracés pour présenter des images réelles ou allégoriques (les idées... Mais la difficulté et la fatigue de l'imitation doivent avoir bientôt fait préférer des traits plus simples. . . Cependant il y a dans les caractères dont se servent aujourd'hui les Chinois une faible ressemblance avec leur forme originaire. Les gradations de leurs changements se trouvent marquées dans les livres. Aujourd'hui les caractères chinois qui ne consistent qu'en une seule ligne ne passent pas
le nombre de six. Mais la plupart consistent en beaucoup de traits, et il en est quelquesuns qui en ont jusqu'à soixante-dix... »
L'auteur de la Lettre de Pékin, plus précis que les écrivains précédemment cités, divise les caractères chinois en six espèces :
La première, dite figure, image, est une vraie peinture des choses sensibles. . . des arbres, des oiseaux, des vases grossièrement des-
La deuxième, dite intlication de la chose, se fait par une addition à la figure ou au symbole. . . Par exemple : le caractère de petit placé sur celui de grand signifie pyramidal, terminé en pointe;
La troisième, A\Xe jonction d'idées, consiste à joindre deux caractères pour exprimer une chose qu'ils ne signifient ni l'un ni l'autre pris séparément. Par exemple : la figure de bouche placée à côté de celle de chien, pour dire aboyer;
J^ quatrième, explication de stm, doit son origine n la difficulté de tracer d'une manière assez distincte toutes les espèces de poissons, d'animaux^ vases, arbres. Pour y suppléer, on imagina de mettre le caractère simple d'un son à côté de la figure. Par exemple : le caractère du son ya à côté de la figure d'oiseau pour désigner une canne, celui de ngo pour une oie (1).
La cinquième, dite empruntée, métaphore:
en vertu de cet usage, un caractère est quelquefois pris pour un autre, 'choisi pour exprimer un nom propre , détourné à un sens allégorique, métaphorique, ironique, pousbé môme jusqu'à l'antiphrase, en lui donnant un sens tout opposé à celui où il est employé ailleurs.
11 faut avouer que cette cinquième classe donne à la langue chinoise une force et une vivacité de coloris qu'aucune autre langue ne peut atteindre. Mais elle est aussi une des principales causes de ses obscurités: le sens figuré d'un caractère n'a pas toujours un rapport d'analogie avec le sens propre;
La sixième, dite développement, explication, ne consiste qu'à étendre le sens primitif
(1) Voilà bien incontestablement des signes purement alphabétiques qui se combinent avec les signes d'idées.
ET PARTiCULlÈREMENT DE LEUR ÉCRITURE.
d'uo caractère^ ou à en faire des explications détaillées. Ainsi, le même caractère est tantôt verbe, tantôt adverbe, tantôt adjectif ou substantif.
a On apei'coit, suivant le Voyage de Macariney, dans l'arrangement des caractères chinois, un certain ordre qui semble indiquer que le système d'après lequel ils ont été créés était d'abord complet. »
Puisque l'écriture peint à la Chine des idées et non des sons, et que chaque caractère doit être un mot^ il doit y avoir autant de caractères qu'il y a de mots, c'est-à-dire quatre-vingt n)ille. Mais ce nombre n'est pas plus effrayant que celui de nos syllabes ou de nos mots qui sont aussi des signes très-distincts les uns des autres. Voici ce que dit à ce sujet le Voyage de Macari ney:
«... Plus de deux cents caractères consîs- « tant en fort peu de lignes ou traits désignent a les principaux objets de la nature, à peu près «c de la même manière que les divisions qu'on a voit dans le livre ingénieux de l'évêque Wil- «t kin sur une langue universelle. Ces caraoa tères peuvent être considérés comme lesgertf mes ou les racines de la langue dans laquelle « chaque autre mot ou espèce, se trouve sys- « tématiquement rapporté au genre qui lui est « propre. Le cœur est un genre représenté par a une ligne courbe qui en imite à peu près la a forme, et les espèces qui y ont rapport com- « prennent tous les sentiments^ les passions, « les affections qui agitent l'homme. Le carac- « tère de chacune de ces espèces est accompa- « gné d'une marque qui indique son genre, « c'est-à-dire le cœur. »
a ... La composition de beaucoup de caraca tères chhiois annonce une grande intelli- « gence, et sert en même temps à faire con- « naitreles opinions et les mœurs de la nation. « Le caractère qui exprime le bonheur contient a plusieurs marques abrégées de terres et d'en- « fants, les premières indiquant la source des « jouissances physiques, et les deuxièmes la « source des jouissances morales. »
Voici comment le président de Brosses s'exprime à ce sujet dans son admirable ouvrage du mécanisme du langage, tome I, p. 430 :
a U ne faut pas croire que ce nombre infini de clefs , qu'on dit monter à 80,000 , soient primitives et indépendantes les unes des autres.
Comme ce sont des mots et non des lettres^ nom en avons à vrai dire autant dans nos langues. La plupart de ces clefs sont composées de plusieurs autres plus simples, et servent ainsi jointes à faire le tableau d'une idée combinée de plusieurs idées simples. Il y a donc une analogie dans ces combinaisons, qui en fait aisément deviner le résultat par la connaissance qu*on a de la valeur des traits simples dont chacune d'elle est composé9: comme dans la plupart de nos mots, presque tous composés et allongés, il y a une dérivation qui en rend V intelligence facile dès que l'on connaît le terme simple dont ils sont dérivés. Or chez nous, les termes primitifs, et chez les Chinois, les traits simples, sont en petit nombre correspondant au petit nombre de nos idées simples qui ont servi à former les racines, ou les premiers traits d'où est sortie la famille innombrable des mots dérivés en toutes les langues. Le P. Lecomte a donné la table des expressions qui ne montent qu'à 3%, dont la combinaison variée produit un nombre prodigieux. Il en est de même des traits simples, composés de la ligne droite, de la ligne courbe et du point, placés et variés en 214 manières. Ce sont autant de caractères radicaux correspondant aux notions générales que les hommes peuvent se proposer d'exprimer. 0
«... Ce prodigieux nombre de caractères, dit le P. de Prémare, p. 466, t. XIX, des Lettres édifiantes, ne doit pas tant efTrayer. C'est vouloir effaroucher les gens à plaisir que de leur offrir 80,000 lettres à dévorer s'ils veulent apprendre le Chinois. Avec le peu de facilité que j'ai, je me suis mis en état, en trois ou quatre ans, de lire et d'entendre les livres de la Chine. Quand on sait 5 ou 6,000 lettres, il n'y a plus de livres qui arrêtent. »
Le présid. de Brosses fait une autre remarque à la suite du morceau qu'on vient de lire. C'est que,a les caractères chinois s'ajustant aux idées et non aux sons, chacune des nations qui se servent de ces caractères, les prononce avec les sons de sa propre langue, en y atuchant le même sens dans laquelle on a écrit; de sorte que tous comprennent fort bien ce que l'on a écrit sans rien entendre à ce qu'une d'entre elles dirait en le lisant. »
C'est ce qu'ont dit plusieurs missionnaires, (Utires. éd., t. XXI, p. 38) : « Les caractères
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DE LA LANGUE DES CHINOIS
des Chinois^ y est-il dit^ ne sont hiéroglyphes qulmproprement , et n'ont pas été institués pour le sacrée plutôt que pour le profane. Ce sont des signes àrbitb aires (en cela il se trompe), qui nous donnent Tidée d'une chose non par aucun rapport qu'ils aient avec la chose signifiée ( il fallait dire : non toutes par un rapport, etc.), mais parce qu'on a voulu par tel signe signifier telle chose, sans égard aux sons par lesquels on les prononce; de sorte que les différentes nations qui se sont ser^ Hes des caractères chinois, comme les Japonais, les Curéensj les Tong-Chinois, etc., les lisent avec des sons de leur langue particulière et y attachent le même sens que les Chinois. »
C'est encore ce que confirme le Voyage de Macartney, t. IV, p. 154, où il est dit « que dans la plupart des contrées de l'Orient on entend la langue chinoise écrite, mais non la langue chinoise parlée. Cette langue écrite est comprise de la même manière que les chiffres arabes et les notes de musique chez toutes les nations de l'Europe , quelles que soient les langues qu'elles parlent. »
Sir Stauntondit d'ailleurs qu'en Cochinchine les interprètes chinois de l'ambassade, ne pouvant se faire entendre de vive voix, écrivirent ce qu'ils voulaient dire, et furent trèsbien compris.
Nous compléterons cette notice de l'écriture chinoise par un passage du Voyage de Macartney, qui en fera connaître les avantages :
a Les mots d'une langue alphabétique (p. 164, t. IV) étant formés de différentes combinaisons de lettres, ou de parties élémentaires, chacune avec un nom et un son distincts, quiconque les connaît et les combine peut lire les mots sans avoir la moindre connaissance de leur signification. Mais il n'en est pas de même d'une langue hiéroglyphique, à chaque caractère de laquelle est ajouté un son qui n^a point un rapport certain avec les traits muets dont il est composé. On étudie et on apprend mieux un tel caractèi*e, en acquérant la connaissance de l'idée qui y est attachée; un dictionnaire de hiéroglyphes est moins le vocabulaire des termes d'une langue avec les termes correspondants d'une autre, qu'une encyclopédie, contenant Texplication des idées que représentent ces hyéroglyphes. C^esl seulement dans ce
sens qu^on peut justement dire que l'élude de.t mots chinois exige la plus grande partie du temps d'un lettré. Pour acquérir la connaissance des sciences imparfaites des Chinois et de leur immense littérature, il faut la vie entière d'un homme. Cependant tous les Chinois apprennent assez leur langue pour traiter les affaires ordinaires; et avec de l'application les étrangers pement partager cet avantage avec les Chinois; le perfectionnement dépend ensuite de la capacité et des occasions. »
Enfin, on pourrait croire, d'après un passage du Voyagede Macarlney, qu'il y a une manière de peindre avec un seul caractère composé des phrases entières; de sorte que l'œil en saisisse tout d'un coup l'ensemble et le sens. Voici ce passage qu'on lit à la p. 451 du t. IV, et ce serait le comble aux avantages qu'on peut attribuer à la langue chinoise :
a II y a dans la langue chinoise un certain ordre ou une syntaxe qui détermine la succession des mots d'une même phrase. Cette succession est fixée différemment par l'usage dans les différentes langues, mais elle n'est fondée sur aucun ordre naturel d'idées , ou du moins on Ta quelque fois supposé. Quoique dans te chinois une phrase renferme plusieurs idées qui doivent être rendues par plusieurs mots^ ces idées sont toutes liées ensemble au mêiir lîssTANT, parce qu'on forme une peinture ou une image dont toutes les parties sont conçues à la fois, it
S'il est vrai que la perfection de l'art d'exprimer la pensée, soit par écrit ou de vive voix, consiste, comme le dit Condillac, à nmprimer le plus étroitement rapprochée et serrée qu'il est possible, et ainsi qu'elle est dans l'esprit de celui qui parle, où elle n*a ni cômn^ncement ni fin, l'écriture chinoise est sans contredit la plus admirable des inventions humaines : elle a le double avantage d'être analytique comme notre langage de convention, et expéditive et simultanée comme le langage d'action le plus parfait poar l'expression de l'idée la plus simple. L'écriture chinoise habituant à figurer les objets sur le papier, et à se les rappeler du moins quand on les peint, elle donne tout naturellement la facilité de parler le langage d'action; et c'est par cette raison que les lettrés tracent, dit-on, leur pensée en l'air avec leur éventail ou