‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 20 sur 110 · ET PARTICULIÈREMENT DE LEUR ÉCRITURE · texte numérisé non relu

ET PARTICULIÈREMENT DE LEUR ÉCRITURE

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autant de signes particuliers^ il faut muUi^ plier nos 20^000 signes par 5^ ce qui nous en donne 400,000, c'est-à-dire 20»000 déplus qu'aux Chinois.

Et comme nos mots sont presque tous polysyllabiques^ par le besoin que nous avons de terminaisons, au lieu que les mots chinois sont d'une seule syllabe, nos signes non-seulement sont plus nombreux, mais encore plus compliqués que les leurs.

Maintenant si nous considérons que, dans les quatre-vingt mille caractères chinois, un grand nombre ne servent pas seulement à exprimer des mots ou des idées, mais des phrases entières et des jugements composés des trois termes renfermés dans tous jugements, et des phrases accessoires et incidentes qui les niodiBent, et que nous ne pouvons représenter que par plusieurs signes, nous verrons qu'après avoir ajouté à nos vingt-quatre lettres cent mille signes différents qui en sont composés, il faut encore retrancher aux signes des Chinois cenx qui , représentant des phrases, ne sont qD*un emploi très-abrégé de leurs signes; de sorte que les Chinois ont moins de signes que nous ne leur en attribuons, et nous cent mille fois plus que nous ne croyons en avoir.

Et comme leur manière d'écrire les phrases, et de les renfermer en un signe, fait une grande épargne de leurs signes de mots ou didées, qu'elle est une sténographie perfectionnée, il s'ensuit de là encore cette autre conséquence toute à leur avantage, qu'ayant besoin de trois fois moins de signes que nous pour exprimer trois fois plus d'idées ( parce que leurs mots sont invariables) , ils savent encore se passer de la surabondance de nos mots pour exprimer leurs pensées.

Aussi disons-nous que nos syllubes et nos mots sont composés seulement de vingt-quatre lettres combinées. Les Chinois peuvent répondre que leurs caractères ne sont fonnés que de trois figures: la ligne droite, la ligne courbe, et le point. Dirons-nous que les syllabes usuelles de notre syllabaire ne sont que de quelques centaines, peut-être d'un millier; ils répondront que tous leurs signes sont composés d'un petit nombre de signes primitifs.

Le P. Le Comte ne reconnaît que deux cent quatorze traits simples composés de la ligne drcHte, de la ligne courbe et du point, pour

caractères radicaux correspondant aux notions générales que les hommes peuvent se proposer d'exprimer.

Et quand ils diront eux : Avec un seul caractère, composé comme une de vos syllabes, nous faisons un mot, et vous seulement la moitié, le tiers, le quart d'un mot ,, que leur répondrons-nous ?

Et quand ils ajouteront : Avec un seul caractère, moins composé que beaucoup de vos mots polysyllabiques, nous écrivons une phrase que vous ne pouvez écrire qu'en plusieurs lignes , que leur répondrons-nous ?

Enfin, peut -on comparer sérieusement, comme difKculté pour la mémoire, l'usage des caractères hiéroglyphiques avec celui des caractères européens? Le signe qui peint, si • grossièrement que ce soit, une chose que nos yeux ont vue, que nos mains ont touchée, que notre odorat a sentie^ que nos oreilles ont entendu^f que no\re ^Blàis a goûtée^ ne portet il pas avec lui une vertu plus commémorative de cette chose qu'un signe tout à fait arbitraire, qui ne représente ni le son ou Tarticulation qui y correspondent, ni même Porgane qui produit Fun ou l'autre?

Reprenons les observations de Fanonyme.

a Cependant, ce n*est là qu'un inconvénient attaché au matériel des caractères, mais il y en a de bien plus grands, qui dépendent des idées elles-mêmes; car il faut faire pour les idées ce que l'on a fait ponr les signes : il faut en choisir un petit nombre de primordiales, auxquelles on attache les caractères simples, et desquelles on dérive toutes les idées subséquentes que l'on représente par les divers caractères composés. Mais : 1** ce classement complet des idées n'est pas aisé à faire , et on rentre nécessairement dans l'arbitraire; 2* on ne peut reconnaître la valeur de ces caractères, et encore moins deviner celle des caractères qu'on n'a pas encore vus, que l'on ne connaisse le système entier des idées, c'est-àdire la totalité des connaissances vraies ou fausses du pays ; 3^ si l'on vient à changer d'opinion sur un point, il faut changer tous les caractères qui y ont rapport ou qui y tiennent, comme dans une nomenclature méthodique; il faut changer tous les termes. Par exemple, si les Chinois venaient à penser que l'autorité impériale, au lieu de ressemblera

liO

DE LA LANGUE DES CHINOIS

celle (l^iii père sur ses enfants^ a plus de connexion avec celle d'un maître sur ses esclaves^ ils devraient en changer le signe et tous ceux qui y ont rapport. Or, cette énorme difficulté de changer ainsi, non pas un simple alpfiabet, mais toute une langue écrite, est un obstacle insurmontable au changement des idées, et par conséquent à leur perfectionnement. r>

Arrêtons-nous ici, et pesons ces graves reproches. Nous convenons d'abord que le système symbolique exige une classification des idées humaines, qu'il faut les rapporter toutes à un petit nombre dMdées primordiales susceptibles d'être exprimées par un caractère simple, sous lesquelles seront rangées les idées subséquentes, que l'on représente par les di- • vers caractères composés; mais nous ne pouvons souscrire aux conséquences que tire de là l'auteur.

«Le classement, dit-il, n'est pas aisé à faire. » Qu'importe la difficulté quand il est une fois fait? ce On tombe, ajoute-tnl, dans l'arbitraire. » Qu'importe encore, si une convention très-simple le fait cesser ?

a On ne peut reconnaître, continue l'auteur, la valeur de ces caractères, et encore moins deviner celle des caractères qu'on n'a pas encore vus, que l'on ne connaisse le système entier des idées, c'est-à-dire la totalité des connaissances vraies ou fausses du pays, d

Je ne puis me persuader que j'entende le sens (le cette proposition, tant elle me paraît dénuée de fondement.

D'abord on peut répondre par le fait que le peuple chinois sait lire tous les livres dont les idées sont à sa portée, et qu'il ne sait pas lire ceux dont les idées au dessus de son instruction ne sont familières qu'aux lettrés. Sans examiner en ce moment s'il est bon à quelque chose de savoir articuler les mots dout on n'entend pas les idées, nous posons simplement le fait pour en conclure qu'il ne faut pas posséder toutes les connaissances exprimées par tous les signes d'un système d'écriture symbolique pour en reconnaître une partie, qu'il ne faut pas savoir l'inutile pour retrouver le nécessaire.

Et pourquoi en serait-il à la Chine autrement que chez nous? Chez nous tel sait lire les caractères symboliques de la Chine qui ne sait pas lire ceux de la botanique, et vice

versa. Pourquoi à la Chine le peuple ne saurait-il écrire ce qui se rapporte à ses besoins et ignorer ce qui ne s'y rapporte pas?

Si les caractères chinois sont formés d'un nombre ti'ès-bomé de traits élémentaires et hiéroglyphiques, et si ces traits primordiaux représentent les idées les plus communes, où peut être la nécessité de connaître les composés et les sur-composés pour entendre ceux qui sont simples? et où peut être la difficulté de connaître la valeur de signes primitifs qui sont des peintures abrégées d'objets sensibles et familiers ?

Supposer qu'on ne peut lire et écrire une partie de la langue si ou ne peut la lire ou l'écrire tout entière, qu'on ne peut signer son nom sans savoir Tencyclopédie du pays, c'est supposer : A"* que les signes ou caractères sont composés à l'inverse des mots et à l'inverse du bon sens, que le signe le plus usuel vient du plus extraordinaire, et le plus simple du plus composé ; 2* que l'art de lire ou d'écrire ne peut s'apprendre que par le raisonnement et nullement par la mémoire : deux suppositions également fausses et repoussées par l'expérience.

Mais comment deviner (je reprends l'objection de l'auteur) le sens des caractères chinois qu'on n'a pas encore vus? Comme nous devinons les mots nouveaux que nous lisons, en épelant les lettres et les syllabes dont ils sont composés. Ëpeler des signes d'idées n'est pas plus difficile, ni même autant, que des signes de sons; épeler, c'est décomposer le mot pour le recomposer, c'est analyser; et, encore une fois, une décomposition d'idées est plus facile qu'une décomposition de sons. Et remarquez ce qu'il y a à gagner à épeler des figures d'idées plutôt que ceux des mots : en épelant les signes d'un mot, vous ne connaissez qu'une vaine modification d'im ou plusieurs sons, et si vous voulez savoir la chose, il faut ensuite vous faire expliquer ou vous expliquer à vousmême le mot. Au contraire, en épelant les traits d'un caractère, vous allez tout droit à ridée.

Comprendre le sens d'un mot représentatif d'une idée simple, n'est-ce pas en voir la figure ou en sentir l'odeur, etc., lorsque le signe vous la présente? Eh bien, quel signe est plus propre que le symbolique à produire cet effet?

ET PAUTIGULIÉREMENT DE LEUR ÉCHITUHE.

Compreudre le sens d*un mot abstrait que vous eutendez proférer, n'est-ce pas le décomposer et le recomposer, ce qu'on appelle analyser et définir? Mais si un ou plusieurs sons, simples ou articulés, exigent pour être entendus une analyse des idées qu'ils représentent, et si on ne trouve pas cette opération impossible pour l'intelligence du langage fNirlé, pourquoi le langage écrit ne l'exigeraitil pas de même, et quel obstacle y a-t-il à ce qa'on fasse cette même opération pour l'entendre ? Et si le mot qui imite les bruits à l'oreille est le plus heureux des mots, pourquoi récriture qui peindrait aux yeux les formes ne serait>elle pas la plus heureuse des écritures?

Au fond, si l'éducation qui apprend h parler apprend en même temps à connaître exactement, et par le détail, les choses dont on parle, les caractères qui sont composés des signes élémentaires de ces choses de détail ne sont-ils pas des signes du discours en même temps que des idées?

Si vous n'entendez i>as ce que signifient les mots dont vous vous servez en parlant, il est fort inutile que vous appreniez à les lire ou à les entendre. Si vous savez ce qu'ils signifient, connaissant les caractères élémentaires de tous les signes composés, vous ne pouvez être un moment dans le doute sur la signification de ceux-ci. Si voire parole représente vos idées, la cief des caractères qui représentent vos idées est dans vos paroles.

Quand l'écriture est faite non pour les mots, mais, comme les mots, pour les idées, non-seulement les mots aident à faire connaître ou reconnaître récriture, mais encore l'écriture empêche d'oublier les mots et les idées.

Passons à la troisième objection, a Si Ton vient à changer d'opinion sur un point, il faut changer tous les caractères qui y ont rapport ou qui y tiennent. . . Or l'énorme difficulté de changer non pas un simple alphabet, mais toute une langue écrite, est un obstacle insurmontable au changement des idées et par conséquent à leur perfectionnement. »

Changer d'opinion sur un pt/oin/, c'est-à-dire sur les véritables éléments A'une idée et sur ceux du mot qui lexprime et du caractère qui la représente, n'exige de changement que dans le caractère de cette idée et de ses composés ou dérivés. C'est une famille h changer do do-

micile, mais non pas un changement à faire à toute une langue.

Je conviens que l'écriture symbolique fortifie et soutient certaines associations d'idées. Quand elles sont fausses, c'est un malheur; mais quand elles sont justes aussi, n'est-ce pas un très-grand bien? Les langues ne doivent pas être un obstacle au perfectionnement de Tesprit; mais n'est-il pas bon qu'elles en soient un au reculement et à la détérioration. N'y a t-il pas chez un peuple civilisé autant d'intérêt à conserver qu'à acquérir? Et même quand les associations d'idées sont fausses , l'influence de l'écriture n'est- elle pas très-subordonnée à celle de la langue parlée? ne se bome-t-elle pas à donner son appui à un mal dont celle-ci seule est l'auteur; et quand elle ne lui donnerait pas son appui, la langue parlée ne seraitelle pas assez forte pour résister aux réformes? Et si elle ne l'était pas assez, l'écriture ne fléchirait-elle pas inévitablement?

Toute la partie abstraite de la nomenclature propre à la langue française n'est-elle pas composée de radicaux qui représentent des objets matériels? N'est-ce pas une grande galerie de figures empruntées à la nature entière? Croiton qu'une écriture qui ferait ressortir distinctement tous les objets figurés eût d'autre effet que de faciliter et d'assurer leur intelligence, et que si l'association des idées exprimées par ses mots était reconnue vicieuse , la forme de nos lettres on empêchât la correction et ne la subit pas à son tour?

Je reprends les observations du critique.

« L'écriture chinoise, dit-il, a encore une propriété accidentelle très-nuisible aux progrès de l'esprit humain, et qui suflirait seule pour river ses chaînes; c'est qu'elle rend inutile l'invention de l'imprimerie en caractères mobiles; en effet, comment imprimer avec 80,000 caractères? »

Pour que les caractères chinois fussent un obstacle au progrès de l'esprit humain , il ne suffirait pas, ce semble, qu'ils ne pussent être imprimés avec des caractères mobiles, il faudrait qu'ils ne pussent pas être imprimés. J'avoue que le plus ou le moins de facilité pour la multiplication des livres est une cause plus ou moins active du développement de l'esprit; mais il ne faudrait pas moins que la prohibition absolue de la presse, même de Vécrilure, pour

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empêcher l'essor de l'esprit humain. S'il fallait absolument des caractères mobiles pour la civilisation, pourquoi donc les Grecs et les Romains^ qui ne connaissaient ni Timprimerie en c^rac tères mobiles^ ni I imprimerie sur planches gravées^ ont-ils été si éclairés et si polis? Si la non-existence de rimprimerie n'a pas été un obstacle aux lumières dans l'antiquité, com* ment un système d'imprimerie, quelque imparfait qu'on le suppose, en serait-il un insurmontable? Demandez aux libraires ce qu'il y a d^exemplaires en France des grands ouvrages élémentaires en tous genres? Voltaire dit quelque part qu'on n'a jamais osé en tirer plus de 1,500 de ses ouvrages. Or pour i,300, pour 15,000, pour 150,000 exemplaires d'un ouvrage quelconque, la gravure en planchesde bois peut aller aussi vite et à aussi bon marché que la fabrication en caractères mobiles ; elle n'est inférieure qu'en élégance à l'imprimerie en caractères mobiles. Elle ne peut donc élre un obstacle aux progrès des Chinois dans les sciences.

Je dis qu'on peut graver aus^i vite et même plus vile et à aussi bon compte que l'on compose en caractères mobiles. Tout le monde a su comment se faisaient avant la Révolution les gazettes à la main qui s'envoyaient en forme de lettres dans toute la France; un homme les gravait sur des planches d etain avec un poinçon qu'il conduisait presque aussi légèrement qu'un écrivain conduit sa plume. A la Chine l'usage est de coller le manuscrit qu'on veut multiplier sur une planche do noyer ; et avec des instruments tranchants on enlève le bois autour du trait qui est auisi conservé sur la planche, tel que l'auteur l'a tracé, de sorte que chaque exemplaire est une image exacte non -seulement de l'ouvrage, mais même de l'écriture de l'auteur. Ainsi l'on peut à très-peu de frais multiplier à l'inftni les livres. Le plus ou moins de perfection de la typographie est de peu d'importance pour les lumières; c'est la facile multiplication des manuscrits qu'il faut souhaiter. Or à la Chine il sulfit d'un morceau de planche , d'un couteau et d'une presse pour faire un livre ; tout le monde peut le faire, on peut le faire partout et en tous temps.

Au i*este, le fait répond à l'objection : nulle part au monde il n'y a autant de livres qu'à la Chine.

Lis z rn indice de leurs principaux corps

d'ouvrages en tous genres dans la préface des Medilationes Sinieœ de Fourmont (p. ix et x).

Et pour vous convaincre que tous ces livres sont multipliés, donnez quelque attention au p issage suivant (p. x) : Crederes ne bibliothecas illic iminensas in plerisque urbibus exhtere? «» regiis yVolaminum nm 50,000, non 100,000, non 150,000, quoi in Europa nllimum; sed qvx res animo coffifari vix potest^ voluminutn reperiri ultra milliones decem, duodecitn , quafuordecim, quod ex ore viri profecto sanctissimi alque oculali tejftis C. D. Fouquet^ epUcopi Elêutheropolifanf, nunc liomœ degentis et in propagande fidei collegio bibliothecx prœfeeti, rexcivi et avribus tnei» , non sine stu^ pore, hausi? At née mirum id, cum fanti imperii magistralus quoxcumque et litteratos e$$e^ neque ad ul/um reipvbiicœ gritdum, nisi mons-trato doctrinœ atque erudiiioni^ »uœ monu^ menfo ascfndere unquam posse, proditttm wemoriœ sit ac certissimum .

Résumons et concluons.

Le résultat de ce qui précède est, ce me semble, 1^ : que l'écriture chinoise n'est pas plus chargée de sign^ s que la nôtre, et n'en donne pas plus à apprendre à la mémoire des per. sonnes qui veulent apprendre à la lire ;

2*' que les signes corespondant aux idées, et les figurant pour la plupart, sont plus faciles à apprendre et à retenir que les nôtres, qui ne répondent qu'à des sons ;

3" Que ces signes servent tout à la fois à rappeler et l'idée et le son articulé qui l'exprime par la parole ; au lieu que le^ nôtres ne rappellent quelquefois que les sons ;

4° Que ces signes non-seulement rapp lient les idées, mais en donnent qu'on n'avait, pas^ et qu'ils portent avec eux, outre la commémoration, l'instruction; qu'ils sont de véritables clefs de toutes les sciences du pays et des empreintes analytiques;

5'' Qu'ils seneut de lien commun à toutes les connaissances du pays, et les réunissent toutes en un système régulier et complet;

6"* Que ces signes empêchent les connaissances de rétrograder, en ajoutant leiu* empire à celui de la parole, en concourant avec elle^ en la suppléant, en devenant des espèces d'enregistrements éternels des pensées, au lieu d'être^ comme les nôtres, bornés au service du langage articulé ;

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7° Qu'ils n'empêchent p^is les connaissances d'avancer^ parce qu'ils se prêtent à la composition des signes nouveaux quand les anciens ne sont pas conformes à l'idée, et livrent ceux*ci à la désuétude par l'inutilité, ce qui est en tout le grand moyen d'abolir.

Qtï'avec ces signes il est impossible d'écrire sur ce qu'on n^entend pas^ comme plus aisé d'é. crire et plus facile de s'entendre sur ce qu^on sait; avantage inestimable pour la conservation des connaissances.

8^ Qu'ils sont une véritable pasigraphie^ et par cette raison renferment la première condition d'une langue universelle.

9^' Qu'ils sont des expressions trèsabrégées des idées et Aes^ jugement s ^ et par c^tte raison contribuent à la vivacité du langage ^ à la brièveté de l'écriture 9 et facilitent h corespondance télégraphique.

iO^ Enfin, qu'ils se prêtent autant que les nôtres à la multiplication des copies par l'imprimerie y ce qui achève de faire de la langue chinoise la langue la plus prot)re à la cominu> nication des pensées, soit entre les hommes rassemblés , soit entre les hommes de différents temps et de différents lieux.

Au reste, je ne prétends nijuger , ni louer, ni même connaître les détails de la langue chinoise. Je ne puis rien dire de la justesse des classifications , de celle de la composition des lettres qui y sont employées, etc. ; je n'ai voulu parier dans ce ménrK)ire que du fond du système sur lequel elle paratt être ordonnée; c'està-dire du système symbolique ou représentatif des sons. Et je finis à cet égard par une observation qui me parait justifier mon estime pour ce premier système d'écriture :

C'est qu'il n'a pas empêché parmi les Chinois le progrès des sciences et des arts. Il est vrai qu'à beaucoup d'égards ils sont moins avancés que nous, mais à d'autres ils nous surpassent, et s'ils sont moins éclairés ils le sont depuis plus longtemps. Depuis des milliers d'années ils ont une langue, l'imprimerie, des livres, «ne morale. Toutcela chez nous est d'hier. Nous ne pouvons plus lire nos manuscrits de trois cents ans, ni entendre la langue de nos pères, fiepub huit cents ans ils pratiquent l'inoculation, il y a trente ans qu'elle était ignorée chez nous, il y en a trente que les parlements la défendaient. Ils ont la boussole, une navigation,

vni.

des canaux immenses dans toute la longueur de l'empire ; il n'y a qu'un siècle que nous avons le canal du Languedoc, qui ne mérite'pas d'entrer en comparaison avec les leurs. Leurs instruments d'agriculture , leur poterie, leurs vernis , valent mieux que les nôtres. Je ne comprends pas conunent un système de langage avec le- . quel ils ont été plus vite que nous ne pourrait pas leur servir à aller plus loin ; comment ayant fait les plus importantes découvertes, seraientils condamnés à rester staticmnaires? Les premiers pas des sciences ne sont-ils pas les plus difficiles? Avons-nous plus de droit de dire que les Chinois n'iront pas plus loin, que ne laurait pu faire un Chinois qui nous aurait jugés il y a quatre cents ans dans rimpossibihté de faire un pas en avant?

. J'ai cru ce parallèle utile dans un moment où tous les esprits sont tournés vers le perfectionnement des moyens de communication entre les hommes; où la sténographie, la pasigraphie^ et le télégraphe se partagent l'attention des grammairiens, des logiciens, des physiciens; où l'on travaille à l'envi pour former une langue ou au moins une écriture universelle, où le langage d'action inventé pour les sourds et muets est non-seulement un langage ajouté aux deux autres dont la* société jouissait déjà, mais même est devenu un instrument d'analyse très-important; dans un moment où enfin l'Institut a demandé à connaître l'influence des signes sur les idées, et où celle de l'écriture est devenue par conséquent l'objet spécial de son zèle pour l'intérêt des sciences.

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FAIT AU LYCftB BN 1793 (l'AN II DE LA RÊPOBLIQUB

frarçaisb;.

« Dant 1« même temps (en 1798), jVrronUit la doctrine de la dema; o^ic dan* un court que je professais au lycée, ou je rombattais tout let rertvaiot qui avaient attaqué la propriété, et lâchais d'en montrer le* fondement*. »

{Notice tur ma f^ie pour mei enfants»

t. III d« celle collection, p. M7.)

AVERTISSEMENT Relatif à toutes les parties de cet ouvrage.

Ce cours, dont il n'a été donné que Ireize leçons au lycée, a élé fait en trois mois, très-précipitamment. Chaque discours a été l'ouvrage d'une semaine, m'étant inconsidérément engagé à ouvrir le^ séances sans avoir encore

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songé à faire un plan^ et p&v conséquent sans avoir une ligne d'écrite. Pendant que je faisais ce travail, j'étais aussi chargé de la rédaction de l'article Convention du Journal de Parh^ rédaction à laquelle je donnais trois ou quatre heures chaque jour ; enfin J'avais encore à supporter le tourment continuel des inquiétudes que les affaires publiques ont données dans le cours de cette année à tous les amis de la patrie^ et de celles que des préventions populaires inspirées contre moi par la malveillance de quelques ennemis personnels ont dû en outre entretenir en moi. Il n'est donc pas étonnant que cet ouvrage soit aussi indigeste , aussi incomplet et aussi informe qu'il Test. Je ne le (considère que comme un assemblage de notes cju'il faut mettre dans un meilleur ordre, qu'il faut unir par plus de méthode, qu'il faut embellir par le style, et surtout qu il faut développer et compléter; car on voit çà et là des germes qui promettent des fruits abondants, et dont il ne sort cependant rien. Obligé de m'ensevelir, depuis le 1" octobre, dans la plus ténébreuse retraite pour dérober ma tôte à la hache de la proscription, je consacre les moments où je suis capable de travail à compléter au moins l'esquisse de mon ouvrage. J'ai fait dans cette retraite on sépulture le projet du rpiinzième discours, quoique le quatorzième soit encore à faire. J'ai fait mais non achevé un EntrHien (I) entre divers philosophes, pour servir d'introduction à mon treizième discours, sur la préférence due aux différentes formes de gouvernement. J'en ai augmenté, éclairci quelques autres; je continuerai à perfectionner ou à compléter ce travail, tant que la proscription me laissera dans ma retraite, ou que les malheurs publics me laisseront la malheureuse faculté de vivre. Mais, encore une fois, j'écris dans un tombeau , et je crois toujours le sentir flottant dans le sang des citoyens purs, des cincères amis de la République, qui sont immolés chaque jour par la haine et la vengeance...

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