‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 3 sur 110 · Chapitre VIL — De la franclûse et du déguisement de caractère · texte numérisé non relu

Chapitre VIL — De la franclûse et du déguisement de caractère

J'appelle franchise cette qualité qui fait qu'on ne cache ni ses actions ni ses opinions, ni ce qu'on a fait ni ce qu'on veut faire. Ce mot doit venir de franc, libre ^ ouvert.

La franchise n'est pas cette inconsidération, cette intempérance de langue qui fait avancer comme des opinions bien arrêtées les paroles les plus irréfléchies, comme des sentiments profonds les aperçus les plus superficiels, comme d'anciennes vues et des projets bien médités des idées vagues et fortuites, conune des actions consommées des rêves mal ébauchés. Je crois même que cette intempérance s*allie assez souvent avec la dissimulation et pis encore^ Il y a des gens qui vous disent bien au delà de ce qu'ils pensent sur quelques points, mais qui ne disent jamais un mot de ce qu'ils pensent sur la plupart des choses; qui sont sujets à de continuels débordements de paroles et n'ont jamais un épanchement de vérité. Il en est même qui ne se donnent une réputation d'étourderie que pour tromper plus à leur aise et plus en sûreté, et qui s'en servent avec plus de succès que d'autres ne se servent de la réserve la plus étudiée et de la dissimulation la plus profonde.

La franchise ne consiste pas non plus dans Vimpudence , Y effronterie ou le cynisme ^ qui font professer le mépris de l'opinion et proclamer ses fautes ou afficher ses défauts comme des distinctions bonnes à faire remarquer.

La franchise avoue ses fautes, laisse voir ses défauts, mais elle ne les affiche ni ne les publie à son de trompe. Se livrer à la critique de bonne foi et sans affectation avec l'envie d'en profiter, ce n'est ni provoquer, ni défier, ni braver la censure; ce n'est pas sonner sur soimême le tocsin pour affonter ceux qu'il fait accourir : la franchise n*a rien de commun avec ces méprisables travers.

Elle n'a même rien de commun avec cette ridicule ostentation de modestie qui porte certaines gens à se dénigrer eux-mêmes pour faire naître l'envie ou l'occasion de les contredire, pour faire louer leur modestie même.

Enfin, elle n'a rien de commun avec la manie puérile d^ parler m^l de soi pour avoir un prétexte d'en parler.

CONSEILS DUNE MÈRE A SES FILLES

La franchise, qualité d'un caractère libre ^ suppose un esprit exempt des prétentions d'une misérable vanité et des chaînes d'un sot amour-propre. ,

Je n'ai pas besoin de dire que la franchise est encore plus étrangère à l'impudeur audacieuse^ qui affiche le vice et le crime. Le titre de franchise ne peut s'appliquer^ comme je l'ai dit^ qu'à la bonne foi avec laquelle on lainse voir ses défauts. Si Ton donnait cet honorable nom au vice exempt de retenue, on ferait, sans le vouloir, Téjogc des plus mauvaises actions; car c'est par les mauvaises actions que les vices se manifestent : la franchise du vice, c'est le libre exercice du crime. Dans cette acception absurde, recommander la franchise ce serait dire à Tivrogne de s'enivrer en compagnie comme il s'enivre seul; au médisant, au calomniateur de médire, de calomnier dans les lieux publics comme avec leurs amis. Je le répète donc, la franchise n^est pas la manifestation éhontée des vices qui poussent à des actions coupables^ mais seulement des défauts; des défauts qui font tomber dans quelques Jautes; des défauts capables de déplaire et non de nuire, qui rendent désagréables sans rendre odieux, qui rendent ridicules ou fâcheux sans rendre criminels ou infâmes; de ces défauts mal définis, quelquefois mal caractérisés, qui ne portent pas de signe de réprobation bien marqué , et qui ont besoin d'être essayés à la pierre de touche de l'opinion pour paraître ce qu'ils sont.

Par quel mot exprimerai-je le défaut opposé à la franchise telle que je la conçois, le défaut de cacher ses fautes, ses opinions, ses défauts, même sous Tapparence d'une conduite, d'opinions et de qualités contraires? Ce défaut qui fait qu'un peureux ne parle que de bravoure, un lésineur que de largesses, un caractère sec et dur que de douceur, une àme intéressée que du mépris des richesses, un amant de la vie que du plaisir de mourir, un charlatan que de modestie, un dissimulé que de franchise ; de ce défaut qui n'est pas incompatible avec des qualités essentielles, même avec beaucoup de bonne foi d'ailleurs, qui lui-même n'est pas toujours sans bonne foi , car il peut être produit par un conseil secret de cette sympathie en vertu de laquelle nous avons égard à la réT pugnancc des autres pour les défauts que nous

nous connaissons, de cet instinct qui porte le boiteux à se faire l'allure la plus égtile qu'il peut, le bossu à ne se montrer que par devant. Il peut provenir aussi du désir d'être tel qu'on affecte de se montrer, de sorte que l'apparence qu'on se donne n*est, si on peut le dire, qu'un à-compte pris sur le mérite qu'on espère avoir un jour. Tel est le défaut dont je voudrais parler en même temps que de la franchise, et auquel je ne sais quel nom donner.

Le mot de fausseté ne lui convient pas. Ce mot paraît ne s'appliquer qu'à l'habitude de fausses démonstrations d'attachement, qu'à l'habitude d'un langage affectueux démenti par le cœur. La fausseté est l'opposé de la sincérité et de la franchise.

Duplicité convient encore moins; c'est l'opposé de cordialité; c'est l'habitude infâme d'exprimer alternativement les sentiments d'affection et de haine, d'estime et de mépris pour la même personne, selon qu'on lui parle ou qu'on parle d'elle.

On est faux quand on feint pour quelqu'un un intérêt qu'on ne sent pas, qu'on lui promet un appui qu'on ne veut pas lui donner, qu'on lui montre de l'estime et de l'amitié, tandis qu'on est aussi indifférent à sa réputation qu'à son bien-être. Mais on est double quand après avoir tenu à cet homme un langage amical on en tient un contraire en son absence; quand on surprend sa confiance et qu'on en abuse, quand on flatte tout à la fois la haine de ses ennemis pour lui et sa haine pour eux.

La fausseté trompe, mais la duplicité abuse. La première vous inspire une confiance qu'elle ne justifie pas; mais la seconde vous l'inspire pour la trahir.

Le mot imposture ne désigne pas un caractère, mais un art, et un art qui consiste à faire passer des faits faux pour véritables ou de véritables pour faux.

Le mot charlalanerie ne s'entend que d'une affectation vaine et ridicule à faire valoir certains avantages médiocres ou supposés, dont on veut tirer un grand parti, sans être toujours le déguisement des défauts qu'on aurait intérêt de cacher. J'observe, en passant, que la charlatanerie consiste quelquefois à contrefaire les vertus qui lui paraissent les plus opposées, et comme il y a l'ostentalion

CONSEILS lyLNE MÈRE A SES FILLES.

de la modestie, il y a aussi Ja charlatanerie de la simplicité.

Simulation n'est d'usage que pour certaines fraudes pratiquées dans les actes civils.

La dissimulation n'est qu'un défaut négatif, qui consiste à cacher ce qu'on croit avoir intérêt à ne pas laisser voir, mais non à montrer autre chose à la place.

\J hypocrisie y enfin, est encore autre chose que le contraire de la franchise. C'est pis. Le manque de franchise suppose qu'on se connaît quelques défauts; l'hypocrisie suppose tous les vices. Celle-ci affecte l'apparence de toutes les vertus; l'autre est le simple déguisement des qualités manquantes^ Le défaut de franchise peut être passager ; l'hypocrisie, embrassant le système entier des habitudes, des idées, des passions, dure autant que la vie. Celle-ci est aussi plus active, plus exigeante. Elle ne prétend pas seulement éloigner le mépris, elle veut encore de l'admiration et du respect. L'hypocrisie, masque de tous les vices, n'est elle-même qu'un vice de scélérat; le défaut de franchise, commun, à la vérité, chez les gens de peu de vertu, n'exclut cependant pas la vertu.

Je ne vois que le mot déguisement qui se rapproche du sens que je voudrais exprimer. Encore ce mot n'est-il guère d'usage pour désigner un caractère; mais je l'emploie à dé^ faut d'autre pour Topposer à la franchise.

D'abord, mes enfants, c'est une pénible occupation que le dég%nsement. Il a besoin d'être précédé de beaucoup d'étude, accompagné de beaucoup de soins, suivi d'une infinité d'attentions. L'étude est nécessaire pour le préparer, afin de le combiner avec les temps, les lieux, les personnes, avec toutes les circonstances qui pourraient le trahir. Les soins, la circonspection sont nécessaires lorsqu'on l'emploie, afin de le graduer suivant l'effet qu'il produit et varier à propos ses formes. Enfin, quand on Ta employé, l'attention, la mémoire doivent toujours être fixées sur les paroles dites, sur les actions faites, afin de ne pas les démentir et en dévoiler la fausseté.

Quelle dépense de peines pour le profit d'un seul défaut! Quelle contribution imposée à l'esprit, à la raison^ aux facultés les plus importantes, pour les frais d'une misérable mascarade !

Et quel est la plupart du temps le succès de tant de peines? Celui des mascarades dans les bals. Presque toujours on est reconnu, et très-souventi berné, bafoué , blessé au vif par des gens qui vous assurent, qui vousprotestent que leur esprit est h la torture pour vous deviner, et se permettent impunément des propos insolents, qu'à visage découvert ils n'eussent jamais osé vous a resser. J'ai toujours vu les gens sans masque s'amuser plus aux dé|>ens des masques que ceux-ci aux dépens des premiers.

Voici un autre danger. A-t-on pénétré un léger défaut que vous vouliez cacher, la malignité des conjectures conduit bien au delà du point où avait conduit la sagacité de la vue; ou plutôt, pour montrer une extrême sagacité, on ajoute un peu de vraisemblance à un peu de vérité, un peu de calomnie à un peu de médisance ; on suppose beaucoup de choses à l'aide du peu qu'on a vues, et l'on se fait un grand plaisir de répandre et de semer dans le monde ses grandes découvertes. Le monde les reçoit avidement; car retenez bien, mes enfants, que si en général on méprise les gens qui révèlent les secrets confiés y on sait en revanche très-bon gré à ceux qui divulguent les secrets surpris.

Ce n'est pas encore là tous les inconvénients du déguisement. Le pire de tous, c'est que quand ou est par\ enu à faire prendre le change sur ses fautes ou sur ses travers, on retombe dans les unes, on consei-ve les autres. Je ne sais quelle vanité fait quelque temps trouver du plaisir à mettre en défaut la pénétration de ses amis et de ses ennemis, à duper les premiers, à s'amuser des seconds; il semble que par là on fasse preuve à ses propres yeux d'une certaine supériorité d'esprit et de talents, et que l'on trouve de la douceur à en faire chaque jour un nouvel essai.

Si l'on ne trompait que ses ennemis par cette imposture, on pourrait s'applaudir de son succès comme d'une ruse de guen^e; mais tromper ses amis ! c'est une infamie, qui porte sa peine avec elle , car elle fait évanouir tout le charme de l'amitié pour celui qui s'en rend coupable, et elle lui fait doublement mériter ses ennemis. Quel intérêt peut-il trouver au nombre et aux empressements de ses

CONSEILS D'UNE MÈRE A SES FILLES

aniis^ quand il est obligé de s'avouer que ce qu'ils aiment en lui n'est pas lui.

Je pourrais d'ailleurs demander si c'est une jouissance bien exempte d'inquiétude^ que de se trouver assez d'esprit pour tromper ses ennemis^ quand on sent qu'il ne leur en faudrait qu'un peu davantage^ ou une plus longue fréquentation, pour être très-fondés à mépriser et haïr celui qui les trompe! L'illusion qu'opère le déguisement tient à si peu de chose ! On ne peut se dissimuler même que les dangers de l'imposture ne s'accroissent |mr ses succès^ que plus on a trompé degens^ mieux on les a trompés, et plus aussi il y a d'amours-propres tout prêts à se venger au moindre éveil; de là la triste nécessité de redoubler de peines à mesure qu'on avance dans cette carrière, de s'appliquer davantage à l'art de tromper à mesure qu'on y est plus consommé, et de prolonger son humiliant apprentissage en proportion du temps qu'on a passé pour acquérir la vétérance.

Croyez bien , mes chers enfants, qu'il en coûte moins, dans la jeunesse surtout, pour 'réformer un défaut que pour le cacher; qu'il est bien plus commode d'être ce qu'on veut parattre, que de travailler à paraître ce qu'on sent devoir être; enfin, qu'il n'est pasde moyen plus sûr de paraître bien que d'être bien. Celui-là manque rarement ; tout autre est équivoque ou précaire.

Ajoutez que les suffrages d'autrui ne sont doux à notre cœur que quand ils s'accordent avec notre conscience, et qu'autrement ils nous semblent moins une approbation des qualités dont nous étalons l'apparence, qu'un reproche de ne pas être aussi bons que nous le paraissons.

Les effets de la franchise sont bien différents !

D'abord si vous vous montrez telles que vous êtes, on ne vous supposera pas pires, et on s'occupera moins de ce qui sera mal en vous. Avec les mœurs légères de nos sociétés, avec la malignité répandue dans leurs conver^ sations pour en sauver l'insipidité, c'est beaucoup gagner que de n'offrir aucune matière à la conversation , ou , ce qui est la même chose, aucune prise à la médisance et à la calomnie. Or, c'est une manière sftre d^se tirer des sujets de conversation que de se

montrer telle qu'on est. Le moyen pour la médisance de s'exercer sur des défauts qui sautent aux yeux de tout le monde, qui s'accusent eux-mêmes, et qui s'humiliant, pour ainsi dire, devant l'amour-propre des autres, semblent assez en droit de compter sur leur indulgence ! Le moyen pour la calomnie de faire ^upçonner des défauts secrets derrière ceux qui se laissent voir si facilement, je di^ rais presque de si bonne grâce, s'il pouvait y avoir de la grâce à un défaut! H y aurait autant de mauvais ton à parler de défauts que tout le monde voit qu'à parler de nouvelles que tout le monde sait , et à prétendre montrer des défauts que personne n'est disposé à soupçonner qu'à faire écouter des nouvelles qui n'intéressent personne.

H semble même que les défauts qui se laissent voir éloignent l'attention de la malveillance, au lieu de l'attirer; car leur découverte ne pouvant ni faire une preuve de sagacité, ni délivrer du poids d'une estime usurpée, ni la vanité, ni l'envie n'ont par conséquent rien à gagner à leur poursuite, et elles courent, d'un autre côté, le risque d'être obligées de remarquer et de louer la franchise du caractère qui les met à découvert.

Obsenez aussi qu'en vous laissant voir telles que vous êtes, vous donnez à vos amis le moyen de vous avertir de vos défauts et de vous aider aies corriger. D'ailleurs, vous faites bientôt par vous-mêmes l'expérience des désagréments auxquels ils exposent, et c'est encore là un moyen d'amendement.

Vous êtes, enfin, plus sûres de l'attachement de vos amis. Ce qu'ils vous disent de^tisfaisant est pour vous; ce qu'ils font d'obligeant pour vous vous regarde; soyez toujours vousmêmes, et toujours vous serez en droit de compter sur eux; soyez-vous fidèles, et ils vous le seront»

Combien est commode, mes chères filles, l'unité de caractère et d'esprit ! Comme les actions découlent facilement d'un principe toujours simple et uniforme I Comme toutes les volontés sont d'accord et conséquentes, quand elles sont toujours soumises à l'énergie d'un seul ressort qui toujours se détend dans le même sens ! Comme elles se mettent en ordre ! L'esprit gagne pour les épurer tout le temps et toute la peine qu'il faut mettre, dans

IG

CONSEILS DXNE MÉHE A SES FILLES.

le système contnûrc, pour sauver les apparences ou pour les concilier.

Quand je vois de ces gens à double humeur, qui en ont une pour leur maison , une autre pour le monde, qui sont obligés de se contraindre une moitié de leur vie pour n'êlre pas aussi odieux aux étrangers qu^ils le sont à leur famille, je me figure un malheureux qui , ne marchaht qu'à reculons dans sa maison , ne marcherait devant lui qu'en présence de témoins, et à qui l'habitude de ces deux marches contraires aurait fait perdre la faculté de bien marcher de Time ou de l'autre manière. Mes chers enfants, marchez toujours au môme pas, sur la même ligne, la tète haute et en avant. C'est le vrai moyen de tirer bon parti de la faculté de marcher. Si vous êtes dans une bonne voie, vous arriverez vite et sûrement au but; si vous êtes dans une fausse route, quelqu'un vous avertira ; vous la reconntdtrez bientôt de vous-mêmes si personne ne vous avertit, et vous vous remettrez dans une meilleure.

Ch\pitbe VllI. — De L'honnêteté des femmes.

Une femme est à l'égard des hommes ce qu'est à regard d'une armée ennemie un général chargé de garder une ville ou un pays. Ne sachant quand ni comment il sera attaqué, il doit toujours être prêt à se défendre. Il a affaire à des gens dont il ne connaît ni les plans ni les desseins^ qui prennent leur temps, qui temporisent, qui précipitent, suivant les circonstances; s'il n'est bien retranché, bien approvisionné, bien armé, et surtout bien attentif aux manœuvres dirigées contre lui, sa défense ne pourra être ni proportionnée ni relative aux moyens d'attaque qui seront employés contre lui. Il ne sera plus temps de recourir aux conseils, de demander des ordres supérieurs quand la place sera battue en brèche.

De même, si une femme n'est de bonne heure armée de principes solides et retranchée dans des mœurs modestes, si elle a besoin de réflexions, de conseils pour résister aux premières entreprises d'un homme, elle est perdue. La moindre hésitation de son honnêteté en est le sacrifice. L'audace de l'ennemi s'accroit et wdouble dès qu'il espère ; et

ses moyens de triompher se proportionnent à son audace.

Je pourrais aller plus loin, et vous dire que si une femme n'a pas prévenu par sa bonne contenance et sa bonne réputation les entreprises de l'ennemi , elle est en grand danger dès sa première tentative. Il n'est pas vrai que les hommes soient toujours feméraireseiat^dacievx dans leurs premières poursuites envers les femmes. Ce sont toujours eux, sans doute, qui font les attaques en formes ; mais s'y hasardent-ils sans avoir quelques intelligences dans la place? Ils font, j'en conviens, les soniMations et pi*oposentles capitulations ; mais les provocations, d'où sont-elles venues, et les signaux de détresse par qui sont-ils donnés?

Les entreprises des hommes naissent de leurs désii^s, et il n'y a pas de déair sans espérance, non plus que d'espérance sans quelque raison. Les premiers billets d'un homme, ses premiers discours , même ceux où il s'accuse A' audace, de témé/ité, ne sont pas ou sont rarement les premiers préliminaires d'une intrigue ; les regards de la femme à qui il écrit, * quelques mots furtifs et à double sens, mais qu'elle a prononcés avec un accent très-significatif, voilà presque toujours l'origine des aventures galantes; et tel homme qui exagère extrêmement sa témérité et son audace à l'égard de la femme divine dont il n'ose espérer un coup d'crily se disait en lui-même le moment d'avant : Allotis, ayons un peu de pitié pour cette belle gui se meurt d*amour.

Je dis donc, mes chères filles, qu'une femme qui veut conserver son honnêteté doit nonseulement être toujours prête à repousser les attaques, mais même être attentive à les prévenir. Il lui faut donc non-seulement des mœurs pures, mais encore, comme je l'ai dit, des mœurs modestes, et de plus une réputation solide de bonnes mœurs.

Quand je dis des miœurs modestes^ je n'entends pas un ton revêche ou farouche. Je ne me suis jamais fiée aux dragons de vertu ^ à moins que leur laideur ne leur servît de caution. Mais alors j'ai mis bien peu de prix à un mérite plus haïssable que le vice opposé. Les mœurs modestes n'excluent ni la gaieté, ni 1rs gilices, ni l'aménité des manières et du discours; elles supposent seulement une-ré-

CONSEILS D'UNE MÈHE A SES FILLES

serve délicate dans ce qu'on fait ou dans ce qu'on dit, et un dédain froid pour les choses malséantes qu'on voit ou qu'en entend. L'honnêteté doit se défendre par ses propres charmes, pour être bien défendue. Il en est d'elle comme des fleurs d'un parterre : ce ne sont pas les épines qui les préservent, c'est leur beauté, ce sont leurs grâces et leur parfum.

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