‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 30 sur 110 · HUITIÈME DISCOURS · texte numérisé non relu

HUITIÈME DISCOURS

SOK L^OaeAMlSATlOIl SOCIALI,

Lu au lycôe à la séance du avril 1793 (l'an ii de la répablique).

Suiteetfin des éléments moravx de la société.

Nous avons cherché dans la dernière séance les principes des impressions que la musique produit sur nous. Nous en avons découvert trois différents ; le premier est le son, qui agit sur Yùrnlle par sa puissance physique; le deuxième est Vaccent, qui agit sur Vâme par la puissance imitative : le troisièn^e est le langage ou signe y qui agit aussi sur Vdme par la puissance mémorative. La musique exerce donc trois espèces de pouvoirs : un pouvoir de sensation, un pouvoir d'impression, un pouvoir de réminiscence, c'est-à-dire un pouvoir physique et deux pouvoirs moraux (i).

Avant de passer aux conséquenees qui peuvent résulter de cette distiniHion, je vais pro-

(I) Rousseau appelle mélodie ce que ^'appelle pouvoir d'accent. Le mot de mélodie ne convieut pas à la chose. Mélodie vient de mélos, doux, mell^ miel. L'idée de douceur convient à toute espèce de son on d'hatmanie dont Toreille peut être agréablement affectét, quoique Tâme n'y prenne aucune part.

poser encore quelques réflexions sur le pouvoir de réminiscence. Comme nous voulons fonder quelque théorie utile sur les éléments que nous rassemblons aujourd'hui, que les aperçus vagues ne nous sufGsent point, il importe de nous assurer de nos bases.

J'ai dit dans la précédente séance que la musique, par son association habituelle avec des paroles dans nos chants, dans nos spectacles, dans nos fêtes civiles et religieuses, par son association à nos jeux, à nos exercices militaires, à nos danses, était devenue une sorte de langage, et agissait sur nous par le même mécanisme que la parole; et que comme telles paroles appliquées par l'usage du discours à une certaine idée réveillent en nous cette idée, de même telle succession de sons harmoniqueis appliquée par l'usage du chant ou de la musique instrumentale, à telles paroles ou à telle situation, rappelle, représente nettement à la mémoire les idées attachées à cette parole ou à cette situation.

Outre les exemples que j'ai rapportés à l'appui de cette vérité, il en est une foule d'autres que m'ont fournis les conversations dont la dernière séance a été l'occasion, et que je dois à des personnes de cette société même. Je n'en rapporterai qu'un, mais c'est le plus concluant de tous. Le voici :

Nous rencontrons tous les jours de vieux amateurs de vieille musique. Ces gens sont ordinairement très-intolérants pour la musique moderne et pour les éloges que nous lui donnons. Mais nous prenons bien notre revanche. Us nous blâment de nos plaisirs on nous eii plaignent ; et de notre côté nous^ leur nions les^ leurs. Us traitent de simagrées les extases- de nos amateurs: nous accusons die mensonge le récit .de leurs anciens transports. Ils ont tort et* nous avons tort ;..eux et nous,.nous sommes également de bonne foi ; eux et nous, nous disons également la vérité; mais des deux côtés nous méconnaissons également la cause de notre dissentiment. Cette cause est que la musique qu*ils ont entendue s'associe en eux au souvenir de sentiments dont elle était pour eux, et dont elle n*est pas pour nous, le /angage ou le signe; et que notre musique ne peut pas s'associer en eux à des sentiments dont ils ne sont plus capables et dont elle est pour-nous Tunique langage.

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