‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 35 sur 110 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

abattre des arbres, à en creuser le tronc pour en faire des pirogues. Déjà il a franchi les bornes des premiers besoins; déjà l'expérience d'une foule de sensations lui a fait connaître des jouissances et des peines ; et il prend un surcroît d'activhé pour écarter les unes et multiplier les autres. Il a goûté le plaisir d'un ombrage contre les feux du soleil , il se fait une cabane; il a éprouvé qu'une peau le garantit du froid, il se fait un vêtement; il a bul'eaude-vie et fumé le tabac, il les a aimés, il veut en avoir encore : il ne le peut qu'avec des peaux de castor, dès dents d'éléphant, de la poudre d'or, etc. ; il redouble d'activité, et il parvient, à force d'industrie, jusqu'à vendre son semblable. Dans tous ces développements, comme dans la source première. Ton conviendra que l'activité a bien peu de rapport à la chaleur; seulement, les hommes du Nord, passant pour avoir besoin de plus d'aliments que ceux du Midi, l'on pourrait dire qu'ils doi* vent avoir plus d'activité; mais cette différence dans les besoins nécessaires a des bornes assez étroites. D'ailleurs, a-t-on bien cimstaté qu'un Esquimau ou un Samoyède aient réellement besoin de plus de substance qu'un Bédouin ou qu'un Ichthyophage de Perse? Les sau* vages du Brésil et de la Guinée sont-ils moins voraces que ceux du Canada et de la Californie? Que l'on y prenne garde: la facilité d'avoir beaucoup d'aliments est peut-être la première raison de la voracité; et cette facilité, surtout dans l'état sauvage, dépend moins du climat que de la nature du sol, c'est-à-dire de sa richesse ou de sa pauvreté en pâturages, en forêts, en lacs, et par conséquent en gibier, en poisson, en fruits; circonstances qui se trou* vent indifféremment sous toutes les zones.

« En y réfléchissant, il parait que cette nature du sol a réellement une influence sur l'activité; il parait que dans l'état social, comme dans l'état sauvage, un pays où les moyens de subsister seront un peu difflciles aura des habitants plus actifs, plus industrieux; que dans celui, au contraire, où la nature prodiguera tout, le peuple sera inactif, indolent; et ceci s'accorde bien avec les faits généraux de l'histoire, où la plupart des peuples conquérants sont des peuples pauvres, sortis de p^ys stériles ou difliciles à cuhiver, pendant que les peuples conquis sont les habitants des contrées

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fertiles et opulentes. 11 est même remarquable que ces peuples pauvres établis chez les peuples riches perdent en peu de temps leur énergie et passent à la mollesse : tels furent ces Perses de Cyrus, descendus de TÉlymaîde dans les prairies de l'Euphrale; tels les Macédoniens d'Alexandre , transportés des monts Rhodope dans les champs de l'Asie; tels les Tartares de Djenkiz-Kan, établis dans la Chine et le Bengale; et les Arabes de Mahomet, dans l'Egypte et TEspagne. De là Ton pourrait établir que ce n*est point comme habitants de pays chauds, mais comme habitants de pays riches , que les peuples ont du penchant à l'inertie; et ce fait s'accorde bien encore avec ce qui se passe au sein des sociétés, où nous voyons que ce sont les classes riches qui ont ordinairement 4e moins d'activité ; maîs comme cette satiété ou cette pauvreté n'ont pas lieu pour tous les individus d'un peuple, il faut reconnaître des raisons plus générales et plus efficaces que la nature du sol. Ce sont ces institutions sociales que Ton appelle gouvernement et religion. Voilà les vrais régulateurs de l'activité ou de l'inertie des particuliers et des nations; ce sont eux qui, selon qu'ils étendent ou qu'ils bornent la carrière des besoins naturels ou superflus, étendent ou resserrent l'activité de tous les hommes. C'est parce que leur influence agit malgré la différence des terrains et des climats, queTyr, Carthage, Alexandrie ont eu la même industrie que Londres, Paris, Amsterdam ; que les flibustiers et les Malais ont eu l'inquiétude et le caractère des Normands; que les paysans russes et polonais ont l'apathie et l'insouciance des fadous et des Nègres ; c'est parce que leur nature varie et change comme les passions des hommes qui les règlent, que leur influence change et varie dans des époques très-voisines : voilà pourquoi les Romains de Scipion ne sont point ceux de Tibère; que les Grecs d'Aristide ^t de Thémistocle ne sont pas ceux de Constantin. Consultons dans notre propre cœur les mobiles généraux du cœur humain; n'éprouvons-nous pas que notre activité est bien moins relative aux agents physiques qu'aux circonstances de l'état social où nous nous trouvons? Des besoins nécessaires ou superflus allumentils en nous des désirs , aussitôt notre corps et notro esprit prennent une vie nouvelle; la pas-

sion nous donne une activité ardente comme nos désirs, et soutenue comme notre espoir. Cet espoir vient-il à manquer, le désir se fane, l'activité languit, et le découragement nous mène à l'apathie et à l'indolence. Par là s'explique pourquoi notre activité varie conime nos conditions, comme nos situations dans la société , comme nos âges dans la vie ; pourquoi tel homme qui fut actif dans sa jeunesse devient indolent sur le retour; pourquoi il y a plus d'activité dans les villes capitales et dans les villes de commerce que dans les villes sans commerce et dans les campagnes. Pour éveiller l'activité il faut d'abord des objets aux désirs; pour la soutenir, il faut un espoir d'arriver à la jouissance. Si ces deux circonstances manquent, il n'y a d'activité ni dans le particulier, ni dans la nation ; et tel est le cas des Orientaux en général , et particulièrement de ceux dont nous traitons. Qui pourrait les engager à se mouvoir, si nul mouvement ne leur offre l'espoir de jouir de la peine qu'il a coulé? Comment ne seraient-ils pas indolents dans les habitudes les plus simples, si leurs iustitu tions sociales leur en font une espèce de nécessité? Aussi le meilleur observateurde l'antiquité , en faisant sur les Asiati(|ues de son teujps la même remarque, en a allégué la même raison. «Quant à la mollesse et à Tindo- « lence des Asiatiques, dit-il dans un passage a digne d'être ciîé, s'ils sont moins belliqueux, (c s'ils ont des niœurs plus douces que lesEu- « ropéens, sans doute la nature de feur climat, « plus tempéré que le nôtre, y contribue beau- « coup... mais il faut aussi y ajouter la forme « de leurs gouvernements, tous despotiques et a soumis à la volonté arbitraire des rois. Or les a hommes qui ne jouissent point de leurs droits « naturels, mais dont les affections sont diricc gées par des maîtres, ces hommes ne peu- « vent avoir la passion hardie des combats; ils « ne voient point dans la guerre une balance « assez égale de risques et d'avantages. Oblitf gés de quitter leurs amis, leur patrie, leurs «familles, de supporter de dures fatigues, et « la mort même, quel est le salaire de tant « de sacrifices? La mort et les dangers; leurs « maîtres seuls jouissent du butin et des dé- « pouilles qu'ils ont payés de leur sang; que ce s'ils combattaient dans leur propre cause, et « que le prix de la victoire leur fût personnel.

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d comme la honte de la défaite, ils ne manquea raient pas de courage, et la preuve en existe « dans ceux des Grecs et des barbares , natua rels qui dans ces contrées vivent sous leurs a propres lois et sont libres; car ceux-là sont aplus courageux qu'aucune autre espèce « d'hommes, d

a Voilà précisément la définition des Orientaux de nos jours; et ce que le philosophe grec dit des peuples particuliers qui méconnaissaient la puissance du grand roi et de ses satrapes convient exactement à ce que nous avons vu des Druzes, des Maronites, des Kourdes, des Arabes de Daher et des Bédouins. Il faut le reconnaître, le moral des peuples, comme celui des particuliers , dépend surtout de l'état social dans lequel ils vivent, puisqu'il est vrai que nos actions sont dirigées par les lois civiles et religieuses, puisque nos habitudes ne sont que la répétition de nos çctionsy puisque notre caractère n'est que la disposition à agir de telle manière en telle circonstance ; il s'ensuit évidemment que tout dépend du gouvernement et de la religion. Dans tous les faits dont j'ai voulu me rendre compte, j'ai toujours vu cette double cause revenir plus ou moins immédiate. »

On remarque que Yolney, en combattant l'influence de la cAa/ettf, reconnaît à un certain point celle de la fécondité des terres, par où il donne de l'appui à Rousseau ; mais il est facile de combattre sous ce rapport et Volney et Rousseau, comme Volney a combattu Montesquieu. Je nie donc que l'abondance des subsistances, fruit d'un ^travail très-modéré, soit un principe moral capable de disposer le peuple à tel ou tel degré de liberté^ et voici mes réflexions :

Si nous étions bornés aux besoins physiques de la faim , de la soif, pas de doute que nous ne fussions d'autant plus paresseux que les moyens de satisfaire à ces besoins seraient plus à portée de nous. Mais la perfectibilité de nos organes, leur mobilité, et surtout la nature de notre entendement, qui nous fait jouir ou souffrir dans Favenir par la prévoyance et le pressentiment, nous rendent propfes à une foule de jouissances factices ou de délicatesses naturelles, dont ensuite Thabitude nous fait une nécessité. Or, ce besoin de jouir, cette habitude de jouir de mille biens d'imagination et

de mille voluptés, ne presse pas moins sur nos volontés, n'agit pas moins sur notre âme que le besoin physique de manger et de boire.

Mille gens très-riches, qui ne soupçonnent môme pas ce que c'est que Tindigence, travaillent comme s'ils l'avaient éprouvée. Un Africain, dans une possession territoriale trèsféconde, n'est évidemment pas plus sûr de sa subsistance qu'un négociant millionnaire de Londres au milieu de Londres. Eh bien , celuici est-il oisif? Non, il travaille pour augmenter ses superfluités , c'est-à-dire la variété de ses jouissances. Le colon opulent de Saint-Domingue est-il moins laborieux que le riche négociant de Londres, l'esl-il moins quelquefois que ses nègres ?

Le travail est aussi par lui-môme un besoin attaché à la nature de l'homme; il est une jouissance. Il fait sentir l'existence ; il fait sentir la force, le talent, la puissance; il crée et fait jouir de ses créations, etc. Quand il est devenu une habitude, il est tellement nécessaire que rinactivilé devient léthargie.

On dit que dans les pays chauds la chaleur rend le repos nécessaire. Oui, après le travail ; mais la chaleur après le repos fouette le sang et excite au travail. Elle exalte l'imagination et meut la volonté, etc. C'est dans les pays chauds que l'imagination est la plus vive, que les passions sont les plus violentes ; c'est dans les pays froids que l'homme est engourdi et presque impassible. En Moscovie, dit Montesquieu, il faut écoreher un homme pour lui donner une sensation; à Marseille, une chanson m-ine aux combats et donne à la France la république.

On dit encore que la chaleur abat les forces, mais elle exalte les esprits dans une proportion bien supérieure à rabattement qu'elle peut causer, et elle est un principe de travail, comme je l'ai dit. Elle fait peut-être que le travail use plus vite les hommes, mais elle en fait faire davantage.

On dit, enfin , que la chaleur abat les volontés mêmes; cela peutôtre vrai après la fatigue, cela est faux après le repos.

Un bon physiologiste qui sera en môme temps bon physicien nous expliquera peutôtre un jour les effets moraux de la chaleur. Pour moi , je dirai, d'après mon expérience , que plus il fait chaud, plus j'ai de facilité au travail de tôte, plus mes idée? sont nettes, plus

COUUS D'ORGANISATION ^OCÎALK.

elles se conibinont facilement, plus mon imagination a de jeu, soit dans la veille, soit dans le sommeil. Je demande maintenant si ce n'est pas dans ces dispositions d'esprit que S4)nl les plus grands principes de l'activité physique? Je dirai aussi, d'après mes conjectures, trèsmal fondées peut-être , que quand le temps est chaud les fibres doivent être plus détendues, plus dilatées, plus ouvertes, et en nïéme temps les iluides, les esprits animaux plus volatils et plus abondants; qu'ainsi ils doivent pénétrer dans le cerveau bien plus que dans les temps'froids , et le rendre susceptible de revêtir plus facilement toute espèce de modification et d'y persister plus longtemps.

Je finis en transcrivant une note qu'un éditeur de Voltaire (Condorcet) a placée sur un morceau de commentaire de Voltaire sur l'Esprit des Lois.

« On a peut-être y dit-il, attribué trop d influence au climat. Il paraît que partout la société humaine a été formée par de petites peuplades qui , après s'être plus ou moins civilisées, ont fini par se réunir ou être absorbées dans de grands empires. La différence la plus réelle est celle qui existe entre les Européens et le reste du globle . et cette différence est Fouvrage des Grecs. Ce sont les philosophes d'Athènes, de Milet, de Syracuse, d'Alexandrie, qui ont rendu les habitants de l'Europe actuelle supérieurs aux autres hommes. Si Xerxès eût vaincu à Salamines, nous serions peut-être encore des barbares. (Vob et extraire les observations de Voltaire sur l'opinion de Montesquieu, Dictionnaire philosophique, au mot Climat.)

( Helvétius, dans le livre de VE.sprity a examiné si le climat influait sur Tesprit et le caractère des peuples, et il a prouvé la négative par des rapprochements historiques tr^s-piquants. Il faut revoir cette partie de son ouvrage, et en extraire ce qui peut se rapporter le plus directement au sujet de ce discours.)

Tboisièue question. — De Cétendue du territoire; si elle doit influer sur la nature du gouvernement.

On a dit que la monarchie convient aux grands États, Taristocratic aux médiocres, la démocratie aux petits. Rien n'est plus évident

que ce principe en ce qui concerne la démocratie; car, comme dans) ce système plus de la moitié du peuple doit être gouvernante et cependant avoir de l'unité dans son action, il faut évidemment que plus de la moitié du peuple puisse être toujours ensemble, par conséquent soit réuni dans une même cité, par conséquent ne consiste que dans un très-petit pays, tel qu'une ville et sa banlieue. Mais la question n'est pas aussi simple quand il s agit de l'aristocratie et de la monarchie. Qu'appellet-on étendue médiocre , qu'app)elle-l-on vaste? Ces mots sont vagues et indéfinis. Nous avons déjh vu que telle étendue qui parait Irès-grandiî semble se resserrer quand la civilisation, les arts, les habitudes ont établi do fréquentes et de promptes communications entre les citoyens de divers lieux; nous avons vu qu'il y a des moyens de rapprocher les dislances; que ces moyens sont^usceptibîes de perfectionnement ; qu'ainsi l'étendue de territoire que peut occuper une aristocratie dépend de l'état de ces moyens , et il ne paraît pas qu'il y ait de raison de distinguer entre l'-étendue de pays propre à la monarchie et celle qui peut être gouvernée en aristocratie.

TREIZIEME DISCOURS SOR l'organisation SOaALF,

Lu au lya'C, le juin 1793 (Tau ii de la r^ublique française).

Suite du gouvernement.

Nous voilà parvenus au moment de faire usage de toutes les observations rassemblées dans les précédentes leçons, et d'en déduire des principes à l'aide desquels nous puissions juger les divers systèmes de gouvernement établis jusqu'à présent, opter entre eux, si nous jugeons que Pun d'eux ou plusieurs aient atteint le but de la société, ou enfin en imaginer im qui y atteigne, s'il se trouve que tous ont été moins favoi-ables que contraires à l'ordre naturel et essentiel des sociétés politiques.

On a écrit bien des volumes sur cette question : Quel est le meilleur des gouvernements ? et il n'en existe pas de solution bien précise.

Il y a plus : cette question elle-même, qu'on a agitée comme si importante , n*est qu'une

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question subordonnée, qui n'a d'intérêt qu'autant qu'on suppose ou que dans le nombre des gouvernements existants il s'en trouve de bons, ou qu'il ne peut pas en être conçu de meilleurs, ou enfin , qu'un mauvais gouvernement vaut mieux que le défaut de gouvernement ; trois propositions susceptibles de longs débats et de solutions fort différentes peut-être de celles qu'attendent les préjugés et l'ignorance.

Je -dis qu'il n'existe pas de solution bien précise ou au moins bien avouée de cette question; et comment pourrait-il en exister lie telle?

I** Les écrivains politiques n'attachent pas un même sens au mot gouvernement. Montesquieu entend par ce mot ce qu'on appelle aujourd'hui constitution , c'est-à-dire l'assemb'age et l'organisation des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif. Rousseau n'entend par le même mot que le pouvoir exécutif, c'est àdire une partie de la constitution, et il établit, commeon sait, que dans toute constitution régulière le pouvoir législatif appartient au peuple et n'est pas susceptible de délégation.

2° Les écrivains politiques ne s'accordent pas non plus sur le sens du mot bon gouvernement. Ils ne sont pas encore convenus des conditions qu'un gouvernement doit remplir pour être bon dans le sens absolu, on n'a pas même imaginé de les distinguer des conditions relatives. On a jugé les gouvernements par leurs rapports avec certaines circonstances physiques, telles que le climat, l'étendue du territoire, les moyens de subsistance, etc. On a oublié dans ces examens les rapports des gouvernements avec les hommes, avec leurs droits et leurs besoins ; ce qu'on a appelé bon gouvernement a été le gouvernement le plus actif et le plus solide, relativement aux circonstances locales auxquelles il s'appliquait. La bonté absolue consistait dans l'organisation la plus favorable aux droits de l'homme ; c'est cette bonté essentielle qu'il fallait d'abord chercher; il fallait voir si les institutions connues allaient au but, le bonheur des hommes associés, avant (le s'occuper de l'activité et de la solidité de leur organisation. Qu'importent Pactivité , la solidité , rélégance d'une machine si elle ne peut faire la chose que je lui demande?

3** Les écrivains politiques ne s'accordent pas davantage sur la division des gouverne-

menîs, ni sur leur nomenclature. Ils parlent sans cesse de choses différentes sous les mêmes dénominations, de choses semblables sous des dénominations différentes.

Les uns divisent tout en république et en despotisme ; et par république ils entendent tout gouvernement représentatif, soit monarchique ou aristocratique; par despotisme, tout ce qui n'est pas représentatif.

D'autres divisent tout en république, en monarchie et en despotisme. Telle est la division de Montesquieu dans V Esprit dçs Lois. La, république comprend dans ce système la démocratie et l'aristocratie. Ainsi, le mot de république y est opposé à celui de monarchie , mônïo de monarchie élective, ou du moins en diffère beaucoup.

D'autres enfin, tels que Rousseau dans le Contrat social, en démocratie, en aristocratie et en monarchie; dans ce système, le mot de république est applicable aux uns et aux autres. C'est à ce système que se rapportent l'opinion d'Em. Sieyès et de Thomas Payne.

(Voyez les Moniteurs des 6 et i6 juillet i79i et la Théorie et la pratique des droits de Chommc.)

4« Les subdivisions de chaque espèce de gouvernement ne sont pas moins diverses.

La démocratie pouvant employer une plus ou moins grande masse de citoyens depuis plus de moitié de VÉlat jusquau tout, suivant qu'elle approche de l'une ou de l'autre limite, elle se subdivise en démocratie propremen dite, et en ovhlocratie; Rousseau a fait cette distinction, Montesquieu ne Ta pas faite.

L'aristocratie est ou héréditaire^ ou élective y ou naturelle. IS^aturelle, c'est celle qui prépose les vieillards au gouvernement. Élective, c'est celle qui y appelle des citoyens choisis par Ife peuple. Héréditaire, c'est celle qui transmet la puissance du père aux enfants. Cette distinction, qui est de Rousseau, a aussi échappé à Montesquieu.

L'aristocratie pouvant employer plus ou moins de magistrats depuis deux jusqu'à la moitié des citoyens, moins un, elle se subdivise, suivant qji'elle approche plus ou moins de l'un ou l'autre extrême, en oligarchie, en po- Igarchie, ou polycratie , ou aristocratie proprement dite. Montesquieu a encore ignoré, méconnu ou négligé ces différences iinportan-

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