‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 57 sur 110 · RÉUNION DV VALAIS A L EMPIRE · texte numérisé non relu

RÉUNION DV VALAIS A L EMPIRE

quiétude sur la sûreté (lupays> en se chargeant elle-même d*en garder les passages ; ' Comment elle a fait cesser les servitudes intérieures qui dégradaient les biens en assurant fai faculté du rachat des droits féodaux ;

Comment elle a mis un terme aux privilèges qui dégradaient les personnes et tenaient la plus belle partie du Valais dans la situation d'un pays occupé plutôt que réuni par Tautre, en faisant cesser les distinctions de citoyens, d'habitants et de to/éréSy et en faisant admettre aux honneurs et aux pouvoirs tous les hommes dignes des uns et des autres ;

Comment, enfin» elle a offert à tous les talents et à tous les genres d'industrie un encouragement et des moyens de développement par l'ouverture d'une communication facile entre la France et l'Italie, communication qui devait être utile au commerce de toutes les {NToductions ou fabrications que le pays permet, et au commerce, non moins profitable, des esprits et des caractères valaisans avec la dvilisation et les lumières de la France et de tltalie.

Après avoir retracé les bienfaits de S. M. nous avons indiqué les faits qui pouvaient faire douter de la reconnaissance des Valaisans.

i« Ils n'ont point fait les travaux convenus pour établir la communication du Léman au Simplon par leur territoire.

2* La désertion des soldats français a été accueillie dans le pays.

3* Les conscrits réfractaires y ont trouvé asile.

4^ La contrebande y a été protégée.

5* Les militaires voyageant isolément n'y ont pas trouvé sûreté suffisante.

6^ Le haut Valais a eu des intelligences, au commencement de la dernière guerre, avec les insurgés du Tyrol, et se serait lui-même révolté si les victoires de l'Empereur ne l'eussent contenu.

Nous avons obscr\'é que les causes de cette conduite étaient de nature à faire craindre la permanence des mêmes griefs ou leur retour à la première occasion.

1* Les haines réciproques qui continuent à diviser le haut et le bas Valais sont un premier obstacle à ce que le pays entre dans un même esprit et dans des sentiments sembla-

blés à l'égard de la France et conçoive pour elle une affection générale.

'i^ Le pays est entretenu par son clergé dans Vignarance, la supersUiion, h paresse^ hpauvreféyïaprété de m(Bvrs,q\iien font un voisinage au moins incommode pour la France et un passage sans sûreté pour ses relations avec ritalie.

Les autorités y sont impuissantes pour protéger les institutions utiles, réprimer les entreprises contraires au bien du pays ; elles le sont par conséquent pour garantir à la France l'exécution des conventions faites avec elle et les relations de bon voisinage.

Nous avons invité Messieurs du Valais à s'expliquer sur les faits, et à nous indiquer les moyens qu'ils jugeaient les plus propres à étal)lir et garantir, entre la France et le Valais, une harmonie sans laquelle les intentions bienfai santés de S. M. pour ce pays, et les sacrifices qu'elle a faits pour la facilité des communications entre la France et l'Italie, n'auraient pas un succès aussi assuré et aussi complet qu'elle est en droit de le vouloir.

Messieurs du Valais ont commené par nous donner lecture d'un Mémoire quils avaient eu Phonneur de remettre à V. Exe, et, comme ce Mémoire ne répondait pas à toutes nos observations, ils ont demandé un délai de vingt-quatre heures pour rédiger entre eux un second Mémoire supplémentaire dont la lecture a été l'objet de notre seconde conférence. Voici la substance de l'un et de l'autre.

i^^ objet. Ils disent, pour excuser l'état actuel des chemins, que Tart. 6 du traité les oblige uniquement à Penlrelien de la roule exUlante; or, qu'ils ont non-seulement entretenu, mai.^ amélioré cette route; qu'ils l'ont exhaussée, aplanie, élargie suivant les indications données en i808 et 1809 par Tadministration des ponts et chaussées; qu'ils ont employé à ces travaux extraordinaires 43,000 journées de corvée et environ 00,000 livres de France; enfin que, des ingénieurs français étant venus ouvrir de nouvelles routes dans des directions plus régulières que les anciennes, et sur des plans correspondant, par leur magnificence, à la route du Shnplon , ils ont cru devoir suspendre les améliorations partielles de l'ancienne rodte, pi'évoyant son prochain abandon. Ils offrent, au reste, de faire de nouveaux rfforts pour

RÉUNION DU VALAIS A LEMPlHb:.

continuer l'amélioration de l'ancienne rouie , si S. M. juge à propos de s'en contenter.

î® et 3* otijels. Ils soutiennent qu'on a exercé une police très-active et très-sévère contre les déserteurs et les conscrits réfractaires. Ils disent que deux lois, du 8 décembre 1806 et du 6 décembre 1808, ont défendu de recevoir tout Français ou Italien qui ne serait pas muni d'unacte d'immatriculation de la légation française, et ont enjoint aux officiers de police de tenir la main à cette défense, sous peine d'à* monde; ils ajoutent que la peine a été infligée à Tun de ces officiers par un tribunal; enfin, que le conseil d'État a promis 24 livres à qui* conque arrêterait un conscrit ou un déserteur. Plusieurs engagements survenus entre des paysans et des déserteurs qu'ils poursuivaient, et qui ont coûté la vie à quelques-uns; l'arrestation d'un soldat qui avait impunément traversé la France depuis Bayonne, d'un autre venant de Vérone, et enfin l'extradition de soixante-treize conscrits prouvent, disent-ils, le asèle dont le pays est animé contre les déserteurs. S*il en est qui aient échappé, on ne peut, selon eux, en accuser que la facilité offerte par les rochers, les forêts et les montagnes pour leé receler, et peut-être aussi celle qu'ont euelesentrepreneurs de la route du SimplOD d'en recevoir dans leurs ateliers , dont iU n'opt pas voulu permettre la vérification aux autorités valaisanes, attendu que ces ate- Mers étaient sous la juridiction immédiate des agents français.

4(* ob^et. S'il se fait de la contrebande , le gouvernement l'ignore: une loi du 30 mai 1806 défend l'importation et le transit des marcl^andises anglaises, à peine de confiscation et 600 fr. d'amende. On ne connaît pas d'infraction à cette loi.

^ objet. Les soldats voyageant isolément ou en troupe sont toujours traités avec égard ; ils sont logés chez l'habitant , qui ne se borne point à lui donner ce qui lui est dû à titre de logement, mais y ajoute toujours la fourniture de quelques légumes.

6^ (fbjei. Messieurs du Valais ne peuvent concevoir le reproche qui porte sur les relations de leur pays avec le Tyrol , au commencement de la dernière guerre, et sur les dispositions malveillantes qui s'y sont manifestées. Ils ci-

ville 9ur la dénoneiatioB d'un M. Martin , dénonciation qui n'amena à aucune découverte. Ils rapportent que des observateurs envoyés au commencement de la guerre à la foire de Gleyss^ dans le haut Valais, pour reconm^tre l'esprit du pays, n^ont découvert aueun indice de malveillance ni d'émotion. Ils prient, au reste, qu^on désigne les coupables et en promettent le diftiiment. Us assurent qu'ils ne peu*, vent être qu'en très-petit nombre ; que, s'ils avaient remué, la naaiorité les aurait aus&îtdi comprimés ; que le Valais est, en général, û reconnaissant, sicontent de ee que l'Empereur a fait pour lui, qu'ils n'hésitent pus à s'offrir en otages à S., M., et à s'engager k se rendrt» à la moindre apparence de guerre, dans tel Ucai de la France ou de l'Italie qu'il plaira à S. M* d'indiquer.

Messieurs du Valais, s'expliquant sur le$ qau^ ses générales auxquelles on pourrait atUrihuer quelques erreurs ou quelques fautes particulières, ont avancé les faits suivants:

Qu'un esprit de paix et de concorde règun entre le haut et le bas Valais ; que l'unaiMmilà avec laquelle se sont faites les deux dernières élections du grand-bailli en est une preuve ; que le premier a eu 28 voix siuv 31 « et Tautni ^ sur le même nombre ;

Que trois collèges s'occupent, un surtout, avec auocès d^ l'instruction de la jeunesse;

Que l'agriculture a reçu un développement sensible depuis quelques années; qu'il a été fait beaucoup de défrichement ; que les prairies artificielles s'y multiplient tous les joi^ ;

Que vingt fêtes ont été abolies, et q^et M. l'évêque a fait ce qui dépendait de lui pour que ces vingt jo^rs fussent rendus au travail.

Après avoir opposé ces réponses h la plupart de nos observations. Messieurs du Valais nous ont fait des aveux sur l'insuffisance du pouvoir attribué à leur gouvernement , et sur celle de leur sysjtème judiciaire, et sur celle de leurs finances.

I. Us pensent que, pour donnei* au conseil d'État un accroissement de force dont ils reconnaissent la nécessité, il faudn^it diviser le pays en trois arrondissements , chacun de 30 à 40 communes; mettre à la tête de chaque arrondissement un magistrat chargé de surveiller et requérir l'exécution des lois, sous le titre de

tent des recherches faites à ce sujot par M. Dcr- j lieutenant du ffouvernement ; d'en placer un

HÉUNiON DU VALAIS A L'EMPIRE.

avire sous ses ordres dans chaque municipalité, avec le titre de vice-Ueulenani, et de les révoquer^ de manière que, indépendants du caprice des élections populaires, le désir de conserver leur place ne les entraînât plus à des ménagements inconciliables avec l'intérêt public.

Ces officiers cecevraient un traitement^ ce qui les intéresserait à répondre aux vues des magistrats de qui ils tiendraient leur emploi,

IL Messieurs du Valais pensent aussi que les tribunaux qui jugent en matière de police correctionnelle et en matière criminelle^ tant en première instance que sur l'appel, paraissent devoir être tirés de la dépendance où les met une électioit absolument populaire. Ils proposent en conséquence de Caire nommer à chaque place de juge de dizain sur une liste de trois candidats qui seraient présentés au conseil de dizain par le conseil d'État; et, pour la Ibimation du tribunal d'appel , la diète nommerait sur une liste de 33 candidats présentés par le conseil d'État , et choisis indistinctetnent dans tous les dizains entre les personnes les plus éclairées et les plus considérées. Ces magi»trots sortiraient de place après deux ou trois ans, et sortiraient par deux ou par trois ; alors leur remplacement se ferait sur une liste triple, toujours présentée par le conseil d'État.

m. EnPm les revenus de l'État, qui sont aujourd'hui d'environ M0,000 fr., pourraient être élevés à 300,000et fournir par conséquent des moyens plus abondants, soit pour améliorer le pays, soit pour y faire des mstitutions utiles^ soit pour augmenter l'énergie et l'activHé du gouvernement.

Nous sommes profondémeet pénétrés. Monsieur le Due, de l'importance des relations qui doivent s'établir entre la France et le Valais. Noos pensons que, placé entre deux grands États soumis aux lois de l'Empereur, et dont les communications ddvent être libres comme l'air qui les sépare, il est nécessaire de faire disparaître de ce pays les difTérences trop saillantes que mettent, entre lui et les deux peuples les plus civilisés de TEorope, l'àpreté de ses mœurs, l'inquiétude de son esprit démocraticpie, les sombres habitudes de sa superstition, hi pauvreté, l'ignorance, la paresse qui résultent de ces circonstances. De tels peuples feraient toujours barrière, et non jonction,entre la France et l'Italie. Il faut donc qu'ils entrent

en harmonie avec ces belles et heureuses contrées. Mais comment parvenir à ce point désirable ?

Nos conférences ont amené Messieurs du Valais à proposer des changements dans leur constitution : c'est un pas de fait, et ce pas est important, car il semble contenir implicitement une sorte d'aveu d'une partie des reproches qu'ils ont cru de leur devoir de combattre. Mais, avant de négocier et de conférer sur ces propositions de changement, nous croyons «devoir vous demander si l'intention de S. M. est que nous nous engagions dans une discussion dont le résultat pourrait être que, en donnant à la constitution valaisane la forme nécessaire pour offrir à la France la gmantie qu'elle a droit d'atteocbre, il ne leur restât de l'indépendance du VaUs que ce qui peut la rendre onéreuse.

Nous somnies avec reqiect, Monsieur le Duc, etc.

Signés: Robobacs, Cobsieii et Helvokt.

Paris, le S septembre ISIO. ;

Messieurs,

J'ai mis sous les yeux de Sa Majesté le rapport que vous m'avez fait Thonneur de m'adresser le 3 de ce mois sur l'objet et le résultat de vos deux premières conférences avec MM. les Valaisans. Sa Majesté désire ^uevous vous engagiez avec eux dans toutes les discussions propres à jeter quelques lumières sur la situation du pays, sur les moyens à prendre pour concilier avec son indépendance les iolérêts de la France et de l'Italie, pour opérer la fusion des deux partis, pour donner au bas Valais le plus d'influence qu'il sera possible sur le haut Valais, et pour détruire entièrement celle qu'exerce le clergé. L'intention de Sa Majesté est aussi que vous examiniez toutes les questions relatives à l'organisation de la justice, aux impositions et à Tadministratton publique.

LonM|ue je pourrai présenter à Sa Majesté le résultat de cet examen, elle jugera quelles mesures pourront le mieux convenir à la situation du Valais.

Agréez, Messieurs, les assurances de ma haute considération.

ChampagînV; dur de Cadorc

MA

RÉUiNfON DU VALAIS A L'EMPIRE.

K APPORT DES C0MMISSA1KB8 NOMMÉS PAS SA MA- JESTÉ POtR CONFÉRER SUR LES AFFAIRES DU VA- LAIS (1).

(5 octobre 1810.)

Monsieur le Duc^ La lettre que Votre Excellence nous a fait l'honneur de nous adresser le 8 du mois passé porte que Sa Majesté désire connaître la siiuatiàndu Valais^ ainsi que les.moyens qui nous paraîtront les plus propres à concilier avec tindépendance du pays les intérêts de la France et de r Italie. Nous avons eu^ en conséquence, avec Messieurs du Valais^ huit conférences générales et plusieurs conversations particulières. Nous allons mettre sous vos yeux ce que nous avons recueilli de ces entretiens, et les idées qu'ils nous ont fait naître.

Persuadés que les difficultés ou les obstacles qu'il est raisonnable de craindre, en Valais, pour la communication de la France et de l'Italie, ont leur principe, non-seulement dans la constitution du Valais, mais encore dans le caractère d'une partie des habitants, dans leurs mcBurs, dans leur situation géographique, et enfin dans leur histoire, nous avons estimé convenable de rassembler quelques observa* tions préliminaires concernant :

!<" La situation géographique du pays; i^" Son économie; 3* Sa constitution politique; 4® Ses rapports extérieurs.

Nous n'indiquerons dans chaque division que les objets dont les influences nous ont paru être les plus sensibles, et que nous regardons comme les ennemis qu'il s'agit de combattre. Le désir que nous avons d'épargner le temps de Votre Excellence aurait pu nous faire craindre d'entrer dans un préliminaire, si nous n'étions persuadés qu'en pareille matière c'est abréger que d'approfondir.

Notions géographiques. — Le Valais forme une vallée d*à peu près 42 lieues de longueur, et d'une largeur inégale depuis 8 lieues jusqu'à 3 sur quelques points. Dans cet espace sont comprises les montagnes et les glaciers qui forment la limite du Valais à peu près de tous

(I) {Note de l'éditeur.) Ce travail est entièrement fait par mon père.

les côtés, et une ligne de torrent que décrit le Rhône par le milieu dans tonte sa longueur. Cette langue touche au lac de Genève par son extrémité de l'ouest, aux ligues grises par son extrémité de l'est, du côté du sud au Piémont et au royaume d'Italie, du côté du nord au pays de Vaud, au canton 'de Berne et au canton d'Uri.

L'étendue du Valais est de 340 lieues carrées. Le pays est divisé en haut et en bas Valais ; la limite qui les sépare est tracée en deçà du dizain de Sion.

La vallée est ouverte de l'est à l'ouest. La hauteur de ses montagnes empêche le vent du nord de s'y faire sentir, ce qui contribue aux chaleurs excessives qu'on ressent en été, et à l'insalubrité de l'air dans la même saison.

Le pays renferme environ 100 communes, entre lesquelles on compte une seule ville de 2,200 habitants (c'est Sion), six bourgades de 4 ,500 à 800, des villages de 7 à 8C0. Un grand nombre des autres sont, composées de hameaux dispersés et de maisons isolées, et comprennent de 1,800 âmes à 4,000. C'est dans le haut Valais que les habilations sont le plus généralement isolées et dispersées.

Notions économiques. — L*étal économiqtic du pays est moiùs connu que son état géographique; le tableau n'en a jamais été tracé que vaguement et incomplètement.

D'après le dernier dénombrement du Valais, fait il y a cinq ans, la population est de 62,000 habitants. L-'étendue du territoire étant de 340 lieues carrées, il n*y aurait donc qu'environ \9fi habitants par lieue carrée. En France on en compte 979 ; à Naples 1 ,240.

On estime qu'il y a quinze fois plus de terre cultivable dans la môme étendue de territoire des autres contrées de l'Europe que dans le Valais. On peut croire que les quatre cinqtiièmes du Valais sont occupés par les rochers, les glaciers, les torrents, le Rhône et les marais. Tout ce qui est appelé terre cuhivable n'est pas pour cela en culture. Il y a sur le tout un quart en prés et bois; les terres en pâture sont dans une proportion plus forte dans le haut Valais que dans le bas. Au-dessus de Brigg, la vie pastorale tient dans le désœuvrement et dans l'isolement un nombre d'habitants bien supérieur à celui que ^agriculture occupe. \^ On estime que les particuliers dti Valais, for-

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