‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 61 sur 110 · RÉUNION DU VALAIS A L'EMPIKE · texte numérisé non relu

RÉUNION DU VALAIS A L'EMPIKE

lemeiUs des roclieis, les ravages des torrc^nls, en un mot tout ce qui menace et fait souffrir^ disposent à la supei^tition y maladie ordinaire du malheur, et qui a couvert le pays d'ossuai* res, de croix et de chapelles.

Ajoutons encore à ces causes d'influence le concours et l'exemple des hommes considérables du pays^ qui^ craignant toujours l'anarchie^ toujours si voisine de la pure démocratie, se plaisent à trouver dans l'autorité des prêtres une sécurité que ne leur oiïre pas l'autorité publique.

Depuis 4802 , époque de l'indépendance et de régalité politique dans le Valais, la ligne géographique qui trace, en deçà du dizain de Sion^ la limite du haut Valais et du bas Valais, n'est pas celle qui sépare les partis ou opinions entre lesquels le pays est aujourd'hui partagé.

Désordres. — Tous les désordres que l'État moral du pays autorisait à prévoir se sont réalisés depuis trois ou quatre ans, et l'impuissance avouée des pouvoirs publics pour les réprimer ne permet plus de douter que le temps ne ferait qu'en aggraver les conséquences.

Ce qu'on peut appeler aujourd'hui le parti ou l^esprit du haut Valais est concentré dans la partie supérieure, qu'on appelle plus particulièrement la montagne : c*est le pays qui est entre la Raspille et les sources du Rhône. . Ce ne sont pas de vaines et d'obscures délations qui révèlent l'anarchie du Valais et les dangers dont elle menace les communications de l'Italie et de la France ; c'est un message adressé par le conseil d'État valaisan à la diète, le 6 novembre 1808; on y lit que les lois concernant les a Italiens et Français dé" tt ser leurs ou conscrits réfractaires ne peuvent « pas même réveiller l'indolence des eommu- « njes»..\ que, dans l'ordre judiciaire, les abus a les plus graves se sont introduits...; que les a délits ne sont ni dénoncés ni poursuivis ; n qu'on a vu des criminels ^ échappés despria sons, demeurer paisibles, sans que leur proa ces ail été instruit, venir ensuite affronter la « justice et la vindicte publique jusque sous « les yeux mimes du tribunal, »

• L'audace des prêtres est aussi l'objet de la censure du conseil d'État, . a Dans plusieurs communes, ditril, les pas-

a teurs ont, par des [éloges ou des insinuaa tionsy animé leurs paroissiens à maintenir les a fêtes supprimées par le \yàpe ( à la demande a de !a diète), et ont flétri quiconque manifesa terail une opinion contraire. L'un d'eux , a M. Tenitz, curé de Couches, s'est rendu près ff du nonce en Suisse, et, abusant d'un écrit a de monseigneur Testa-Ferrata^ il a insulté à CL son évêque, au gouvernement de la répuablique, en prêchant publiquement contre « l'abolition des fêtes, o

Le conseil d'État n'hésite pas à prononcer que la situation du Valais est un véritable état d'anarchie... que, a dans quelques parties « du pays qui n'ont pas besoin d'être désia gnées pour être reconnues, Içs tois ne sont ni a publiées ni connues* ,.; que les ordres qu'il « donne aux administrations pour Texécution a des lois vont tous s*enfouir dans les archives a de dizain^ et quelquefois dans celtes des corna munes, lorsqu'elles vont jusqu'à elles. »

Les parties du pays dont parle le conseil d'État sont évidemment les communes du haut Valais ; on retrouve dans leur conduite cette double habitude d'indépendance et de domination qu'elles avaient contractée sous leur ancien régime, et qui ne leur permet pas de penser que les députés, autrefois nommés pour exercer la domination du haut Valais, puissent aujourd'hui, avec ces députés du bas Valais, faire des lois obligatobes pour ellesmêmes.

Après avoir dépeint cette situation, le conseil d'État expose la difficulté d'y porter remède.

« Le régime populaire de nos élections est a sans doute, dit-il, une des grandes causes de a ces vices; mais il faut convenir que toutes « les autorités, tous les individus considéra^ « blés concourent à donner au peuple plus <x d'influence qu'il n'en doit avoir suivant la a Constitution. Dans plusieurs communes il « n'y a pas de comeil communal; dans un a grand nombre tout se porte devant Vas- 9 semblée du peuple. Dans la plupart des a communes on se joue des lois qui règlent leit il élections, la formation des conseils, leur « compétence^ les formes judiciaires mêmes. « Pour acquérir la popularité et les charges^ « les personnes lettrées, les personnes même « les plus imposantes dispensent le peuple de

UÉUNION DU VALAIS A LEMPiRE,

u tout ce que les lois prescrivent de gânant ff dans les formes et dans les choses. Partout « on prêche la conservation des anciens usa- « ges ^ au mépris des lois constitutionoelles ; « les hommes placés à la tète des dizains et des « tribunaux donnent ces exemples. »

Le message finît par cette déclaration qoe^ « si i on veut préserver la république de la « ruiie ou Tanarchie tend à la précipiter, il « fiiut se hâter de réformer Ctsprii pudii^, à « commencer par Tesprit de ceux qui entrent « dans les oonseils de tout ordre de la repum blique ou sont appelés à y entrer. »

Un seul corps a été exempt dans le Valais de cette gangrène générale ; c'est celui qui les accuseà la diète> c'est le conseil d'État, stimulé par le ministre de France et par Fimminence du danger. Mais qu'a produitson zèle? Rien.

Le ministre de S. M. en Valais assure que, depuis l'époque du message» les choses n'ont fait qu'empirer. C'est depuis cette époque que lés communes de plusieurs dizains se sont arrangées pouravoir successivement un de leurs membres à la diète ; c'est depuis cette épo(|ue, e*est à l'entrée de la dernière campagne de Sa Majesté, c'est i la première occasion qui se soit présentée de constater les véritables sentiments du pays pour elle, que de sourdes et sinistrés rumeurs se sont élevées, dans le haut Valais, contre la France et en faveur deTAutriehe. Alors ce même curé de Couches, qui avait prêché contre son évêque , faisait hautement des vœux contre S. M., et échauffait les esprits de telle manière que, sans les promptes et éclatantes victoires de Sa Majesté, les révoltés du Tyrol eussent trouvé des imitateurs dans le haut Valais. Le prêtre turbulent et séditieux estrestéimpuni. La perpétuité de la malveiU lance et de l'anarchie est donc constante , et enin, quand Messieurs du Valais présents à Paris nous ont déclaré qu'ils reconnaissaient l'impuissance du pouvoir exécutif tel qu'il est, et lorsqu'ils ont eux-mêmes proposé de lui donner plus de force, nous avons trouvé dans leur langage un aveu des plus graves abus et de leur permanence, car l'impuissance du pouvoir exécutif ne pourrait sans cela être constant à leurs yeux.

Kéceziité d^une réforme.— Ce serait en vain ifiie l'Empereur aurait vaincu les obstacles na« UireU qui semblaient s*opposer aux commu^

nications de la France et de l'Italie si ell^ pouvaient être interrompues, ou seulement g^ nées et contrariées, par une peuplade malveillante et sauvage, incapable de sentir combien ces oommunications doivent servir à son propre bcmheur.

Elles doivent être libres comme celles qui sont établies entre les diverses parties d'un même empire. La sûreté même n'y suffit pas si elle n'est évidente, notoire, inaltérable^ si elle n'inspire la sécurité qui en est le sentiment. Comment la sécurité s'étabUra-t-elle dam les voyageurs, commerçants ou militaires^ sujets d'une monarchie, s'ils ne rencontrent dans le haut Valais que des mœurs à demi sauvages, des esprits superstitieux et pleins de Torgueil de leur indépendance ; s'ils y voient partout des prêtres séditieux et ennemis de la France, et ne voient nulle part ni lois ni magistrats ?

Propositions pour la réforme du Valais. — Les remèdes qui se sont offerts à nottset que nous avons discutés avec Messieurs du Valais se réduisent à ceux que nous allons exposer.

I. Extirper la bourgeoisie communière en partageant les biens communaux entre les communiers actuels, en rendant par Ik les communes accessibles à tous les naturds ou habitants naturalisés, et aux Français et Ità* liens qui rempliront les conditions de la naturalisation.

Le partage proposé extirperait l'esprit conomunier, qui est le principe de ce système fédéral plutôt que républicain, et cette âpreté démocratique dont le haut Valais surtout est infecté. A la place de cet esprit communier on pourrait faire naître un esprit communal^ établir les revenus communaux, faire des dépen*^ ses communales, qui, bien réglées et bien em* ployées, hâteraient la civilisation de cette con-^ trée et y prépareraient un bien-être inconnu*

Cette mesure régénératrice aura l'avantage de causer assez de contentement aux commu-» niers valaisans pour les disposer à voir paisi-> blement tous les autres changements. C'est l'o* pinion de Messieurs du Valais présents à Paris ; et il est de fait que, il y a six semaines» sur le bruit que le Valais serait réuni à la France, toutes les communes s'étaient arrangées pour foire le partage, et Tauraient consommé si le gouvernement valaisan ne l'eût empêché.

U. Réduire lesassembléesélectorales à trois.

RÉUNION DU VALAIS A L'EMPIRi:.

dont les chefs- lieux seraient sur la route de France. Cette mesure romprait lesconventions faites entre les communes de plusieurs dizains pour que chacune fût assurée d'avoir à son tour son député à la diète ; elle favoriserait le choix d'hommes publics, de véritables citoyens du Valais, au lieu de membres d'une petite souveraineté communière , et déterminerait plus probablement ses choix sur des habitants de la route^ qui sont plus francisés.

m. Réduire les trois dizains à un député par 3,000 téies au lieu de 3,000, afin d'augmenter encore la probabilité du bon choix en faisant évanouir les prétentions des hommes obscurs et d*une considération circonscrite dans leurs communes, pour tourner les regards vers les hommes de mérite plus généralement connus.

IV. Faire présider la diète par un de ses membres choisi par le grand-bailli ; en exclure l'évèque et tout ecclésiastique.

Cette disposition est la conséquence de l'article âOde la Constituti(»i,qui déclare les fonctions ecclésiastiques incompatibles avec les fonctions civiles. C'est d'ailleurs une disposition nécessaire pour faire perdre aux curés ridée de la suprématie ecclésiastique sur les autorités civiles et leur ôter tout prétexte de se mêler d'affaires publiques.

V. Mettre à la tête du gouvernement un magistrat à vie nommé par S. M. I. et R , ou sous ie titre^e grand-bailli ou sous celui de comte de Lamarche en Valais.

La république conserverait le droit de se donner ses propres lois; mais le grand-bailli ou comte rendrait au pays le double service d'en provoquer d'utiles, et d'y fermer l'accès aux idées qui pourraient blesser les intérêts de la France et de lltalie.

Ce magistrat, étranger aux partis et supérieur aux craintes, aurait Ténergie nécessaire ■ \ our faire exécuter les lois promulguées, également incapable de rien permettre de contraire aux vœux de S. M. et de se rien permettre h soi-même qui blesse Téconomie in* tériewre du pays et dont S. M. demeurerait garante.

Cette institution blesserait l'esprit démocratique plutôt que l'esprit républicain, puisque la faculté de faire les lois conservée à la diète suffit pour conserver à l'État son caractère de république.

Par la même raison, cette institution n'enlève pas l'indépendance au Valais ; elle le met seulement dans l'impuissance de préjudider à la France et à PItalie, et en cela elle est pour le pays une garantie plus sûre que ne l'est l'existence d'un magistrat électif, dont les écarts ou la négligence peuvent attirer fia juste animadversion de Sa Majesté.

D'ailleurs l'indépendance du Valais n'a jamais pu être considérée comme absolue, puisque l'acte même qui l'établit reconnaît à S. M. le droit d'y faire une route, de la fiiire garder par ses troupes, et de former des établissements militaires dans le pays pour le passage de ses armées.

Messieurs du Valais présents à Paris paraissent éprouver une vive douleur à l'idée d'une telle magistrature ; cependant ils n'y opposent que des considérations d^économie pour leurs finances et le prindpe général de l'indépendance. Ils ne contestent aucun des avantages qu'elle présente au pays même; ils avouent qu'ils n'ont point à craindre que jamais l'Empereur tolère en Valais un magistrat oppresseur et avide, sachant que S. M. n'en souffre point dans ses préfectures de France, où régnent généralement une grande pureté et une grande modération. Ils déclarent au reste qu'ils se sou^ mettront avec respect à ce que 8. M. ordonnera, et pensent que le Valais entier fera de même, il nous a paru que la privation du droit de nommer leur premier magistrat serait fort adoucie pour eux si S. M. daignait arrêter son choix sur un Valaisan.

VL Donner au chef du gouvernement, grandbailli ou comte, un conseil composé de troia conseillers d'État ayant voix consultative, présentés par la diète, approuvés par le grandbailli ou comte.

VII. Réduire les chefs-lieux d'administration et de tribunaux de première instance à 3 arrondissements, au lieu de 43 dizains.

VIII. Placer à la tête de chaque arrondissement un président ou bailli choisi et nommé par le conseil d'État et le grand-bailU (ou comte), qui aura voix prépondérante.

IX. Instituer dans chaque commune une municipalité et un conseil de la commune, ayant à leur tête.un chef nommé par le grandbailli (ou comte). Obliger les communes qui en sont susceptibles à foire un budget annuel

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