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Chapitre II. — Fondateurs de la nation ffour çaise

Première période : Questions à résoudre :

i^ Quels sont les véritables fondateurs de la nation française ?

â** A quelle époque remonte la naissance des Francs faisant partie des fondateurs de la nation française?

^'^ Dans quels lieux a commencé la nadoa des Francs^ Pun des éléments de la nation française?

En d'autres mots :

Commencement de l'histoire des Francs,

La France a pour fondateurs : 1* les Francs Saliens et les Ripuaires; 2*" les paysans des Gaules révoltés; 3* une armée ormaine aussi révoltée.

On peut considérer les Francs sous quatre époques.

l'* époque. Des nations germaines qui depuis se firent franques. Elle conunence à leurs guerres avec les Romains.

Il existe aussi une France primitive au delà du Rhin, trois cents ans avant Vétablissemeat d*aucun Franc dans les Gaules.

2* époque. Elles s'unissent on se oonfédèrent; for*

fiTUDE HISTORIQUE.

meut le peuple franc et «'éUblissent le long delà lîTe droite du Rhin et du Véscr, en donnant à ce pays le nom de France.

3* époque. Les Saliens et les Ripuaires s'établissent dans la Gaule par un commencement d'invasion avant Clovis.

4* époque. Ils envahissent la plus grande partie de la Gaule sous Clovis.

Je suis obligé d'établir d'abord que Thistoire de bYance remonte à 300 ans, ou environ, plus haut que Clovis ou Pharamond ; en second, de dire quels furent ses fondateurs.

Par fondateurs je n'entends pas les éléments qui composèrent la France , ses premiers habitants (1), mais ceux qui en repoussèrent la domination romaine et en afrranchirent Funiversalité des habitants (2j.

La nation française a pour fondateurs non pas tous les Francs indéfiniment, mais une partie des Francs; non pas des Francs seulement, mais aussi des Gaulois, et en très-grand nombre ; et je dis des Gaulois et non les Gaulois, parce qu'elle ne peut reconnaître pour fondateurs la partie des Gaulois avilie qui était devenue esclave volontaire des Romains, mais les paysans gaulois, c'est-à-dire les BagaudeSy les Armoriques, les paysans révoltés, les LmdweTy la Jacquerie, la Jacobinerie, les^t^erillas de ce temps-là.

Outre des Francs et des Gaulois révoltés, elle eut aussi des Romains; mais quels Romains? Ce ne furent pas les oppresseurs des Gaules, ce furent les braves amis d^^Egidius et de Syagrius, révoltés contre Tempire, ou plutôt contre les usurpateurs qui les déchiraient, et affranchis de l'anarchie qui résultait de la continuelle variation des empereurs.

Je suis obligé, ai-je dit, de remonter à cette origine de la nation française et d'en faire connaître répoque précise et les fondateurs véritables, parce que dans cette origine réside l'explication des plus grands événements de l'histoire de France; je veux dire que cest

(1) Noie de l'auteur. Tout le monde sait que ce furent en grande partie des Gaulois, des Romains et des Francs, qui composèrent le fond de la nation appelée depuis française, notre nation ; mais je parle de ceux qui la constituèrent nation.

(2) Note dm copiste. Cette phrase me parait renfermer le fond de la pensée dont M. Roederer faisait le premier chapitre de cette seconde section.

dans son gouvernement primitif que se trouve ^explication de plusieurs changements survenus à la suite dans les formes de son gouvernement et dans les familles qui en ont exercé les pouvoirs.

Le docte Fréret se plaignait avec bien de la raison du système qui iixe l^époque de l'établissement de la monarchie française au règne de Clovis, et soutient que les expéditions des Francs jusqu'à ce prince n'ont presque été que des ravages et saccagements , après lesquels, contents du butin qu'ils avaient fait, ou repoussés par les armées romaines, ils se retiraient dans leur pays.

« Système, dit Fréret, nouvellement inventé, contraire à toute l'antiquité; système formellement opposé à Grégoire de Tours et au sentiment de tous les auteurs qui ont parlé dé l'établissement des Francs; système, enfin, qui. sans aucun fondement valable, enlève près de 300 ans d'antiquité à celle nation, pour en faire une troupe de Tartares, et qui n'a d'autre mérite que la nouveauté. » ( Discours sur l'origine des Français (i).

Mais !• Fréret n'a fait dater la nation française que du temps de l'établissement des Saliens et des Ripuaires, petite partie des Francs, dans la Toxandrie, et non de l'existence de ces Francs, et des autres nations de la ligue des Francs, dans la France d'outre-Rhin , qui est la France primitive. 2« 11 n'a pas jugé à propos de considérer les Bagaudes et les Armoriques comme pères aussi de la nation française, non plus que les Romains révoltés nommés par l'histoire : les Romains d'JSgi-* dius.

Cependant le renver-sement de la domination romaine dans les Gaules, l'établissement des Francs et leur dispersion parmi les Gaulois n'auraient pas eu lieu sans le concours des Bagaudes et des Armoriques, disons des^ysans des Gaules révoltés, et de la partie des troupes romaines qui , lasses de l'anarchie, se joignirent à eux. Fréret les a bien connus, bien remarqués, mais il n'a osé sans doute

(1) Ouvrage savant, dit le Dictionnaire historique, mais hardi, qui concourt avec quelques propos k le faire mettre à la Bastille.

L'Art de vérifier les dates rend hommage à cet écrit en citant ce que je viens d'en rapporter.

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mettre en avant une idée aussi odieuse au pouvoir que celle de fonder une nation sur la volonté du fonds de cette nation et son amour pour la liberté; et Ton sait qu'il fut mis à la Bastille pour avoir seulement osé compter dans les années d'existence de la nation française environ 250 années avant qu'il existât des rois monarchiques.

Aujourd'hui on peut parler plus librement^ et je dirai que les Bagaudes et les Armoriques méritent peut-être plus d'être considérés comme les fondateurs de la nation française que la partie des Francs, c'est-à-dire les Saliens et les Ripuaires, qui sont ses pères avoués; C4ir ils ont plus incontestablement et aussi puissamment voulu la liberté publique et l'affranchissement du joug imposé par Rome. Ces Francs Saliens et Ripuaires, après avoir passé le Rhin, avaient négocié avec les Romains pour obtenir sur la rive gauche un établissement; ils l'avaient obtenu en promettant de les servir, en leur fournissant des troupes même contre les Barbares, c'est-à-dire contre leur pays originaire, en se faisant leurs alliés contre les autres Francs de delà, en laissant leurs chefs s'affubler d'emplois et de titres à la cour des empereurs. C'étaient de véritables transfuges dont la gloire est sans contredit moins pure que celle des Bagaudes soulevés contre l'oppression et armés pour leur indépendance.

Quant aux Romains d'jEgidius, il est certain qu'ils continrent dans le midi les troupes des empereurs, qu'ils les chassèrent au delà des Alpes et les empêchèrent de les franchir. (A vérifier et appuyer sur des autorités. Voyez Gibbon). iEgidius était roi des Francs, élu à la place de Childéric, après l'expulsion de celui-ci.

On sent bien pourquoi, depuis Fréret, aucun écrivain n'a réclamé en faveur des Bagaudes et des Romains d^iËgidius. Mais pourquoi les historiens se sont-ils obstinés à enlever auœ Francs Saliens et Ripuaires environ 250 ans d'antiquité, que Fréret leur avait reconnus dans les Gaules avant Clovis?

C'est parce qu'ils ont voulu que la France et la nation française ne prissent date que du jour où ils voient : 1* des rois héréditaires ou absolus ou prétendant l'être, tels que ceux sous lesquels ils vivaient; ^ des rois très-chrétiens.

Ils n'ont jamais cru qu'on pût s'occuper de

l'histoire de la nation. Pour eux, la France n'est que le domaine du roi; la nation, les Français ne sont que les sujets des rois : point de roi héréditaire et absolu, point de nation. Une république pour un Français n'est point une nation, c'est un monstre. Ainsi l'a voulu la censure y ainsi l'ont voulu les écrivains, et Fréret même paya son audace de sa liberté , lorsqu'il eut essayé de restituer trois siècles à la nation , parce qu'il la montrait alors gouvernée par des régisseurs municipaux, reguli^ regesy redores ^ et par des chefs militaires tous éligibles, au lieu que approbation et privilèges et titres honorifiques plurent sur la tête du sieur Lameau, écuyer histor., etc., pour avoir allongé la liste des rois d'un nom imaginaire et ridicule. Montesquieu (1 ), dans un chapitre de V Esprit des Lois dont le commencement semblerait une réminiscence de l'auteur des Lettres persanes , s'élève œnlre l'abbé Dubos, qui ne reconnaît parmi les anciens Francs qu'un ordre de citoyens. « L'histoire, s'écriet-il, éclairerait des siècles où les trois grandes maisons qui ont successivement régné sur nous auraient été des familles communes, ef, pour que Chilpéric , Pépin, Hugues Cnpet fussent gentilshœnmes, il faudrait aller chercher leur origine parmi les Romains et les Saxons^ c'est-à-dire parmi les nations subju • guées. »

Nos historiens modernes, en étendant l'idée de Montesquieu , qu'ils ont prise au sérieux, se sont dit : L'histoire éclairerait donc des temps où ces trois grandes maisons n'auraient pas eu de peuples à gouverner, où elles auraient été soumises à des lois communeSf et, pour que Chilpéric, Pépin, Hugues Capet fussent des rois, il faudra remonter à une volonté nationale 1 L'histoire éclairerait donc une France république, une France libre et sans maître.

D'un autre côté, tous les rois qui ont précédé Clovis ont été païens. Clovis a été le premier roi chrétien. Or, la royauté étant de droit divin, il n'y a pas moyen de supposer un roi légitime, de reconnaître un roi qui n'ait été baptisé. Que Clovis fût un des princes les plus scélérats qu'ait porté la terre , il n'im-

(1) Esprit des Lois, liv, XXX, chap. 25.

lltTUDK HISTORIOUK.

Ai.)

polie; /a royau è datera de so7i règne y parce qu'il fut chrétien.

Los conitnenceiueiits do la iiHlion française ne sont obscurs qne parce qu'on n'a jamais pris sincèrement à là he de les débrouiller. Si la royauté avait eu quelque chose à gagner à réciaircissement de ce chaos, il y a longtemps qu'on y verrait clair.

Les commencements de la nation française ne sont pas si peu illustres^ puisqu'ils ont fait la fin de Pempire romain; ceux des Francs mêmes ne sont pas si obscurs^ puisqu'ils ont été marqués par César et Tacite.

Incontestablement l'histoire de 'France commence avec les peuples qui l'ont fondée ; elle commence pour les Gaulois avec les Bagaudes^ qu'on voit déjà en 398 et M6, en 409^ en 435 ; pour les Romains avec iEgidius; pour les Francs^ à Tan 240, époque de la première expédition des Francs sur les Gaules (i), 300 ans avant rétablissement de Clovis dans les Gaules. Ici donc je lui donne cinquante-sept ans de plus que Fréret, qui ne la fait commencer qu'à répoque où ils s'établirent dans la Toxandrie^ entre le Rhin et la Meuse ^ en 287 (2).

A mes yeux y elle commence du moment qu'il a existé une terre appelée Fratéc^, habitée par des hommes appelés Francs^ quels quaient été leur gouvernement et leurs mœurs. Or il a existé une France au delà du Rhin avant qu'il en existât une en deç^.

Une France, dis-je^ appelée ainsi^ et non autrement , une France composée de peuples portant auparavant d'autres noms, et qui les perdirent quand elle se nomma France.

Cette France de la rive droite du Rhin s'appela seule de ce nom longtemps après que les Francs furent établis dans les Gaules. Ce fut une partie des habitants de cette France qui , ayant transmigré; établirent la Franconie,dont le nom subsiste (3)^ comme d'autres qui passèrent dans la Gaule^ qui s'appela à la suite France. Les Gaules ne s'appelèrent pas France

(1} Frérel,l.VI, p. 214.

(2) Frérct, t. V, p. 291 des Œuvres complètes.

(3) Ce furent lesFrancs établis sur leNecker, qui, du temps d'Attila, passèrent dans le pays appelé depuis de leur nom Franconle. (Ficret, p. I05 du 6* vol. dis Œuvres complètes. )

aussitôt qu'elle fut conquise; elle ne s'y appelait pas sous Clovis : on l'appelait empire des Francs. On ne commença à l'appeler France qu'après le congrès de Verdun, sous Charles le Chauve, en 843. La Gaule et la Germanie furent alors séparées. Le nom de francs resta au peuple d'en deçà du Rhin, et de France au pays. On ne connut guère le nom de Français que vers le dixième siècle (1). On appelle encore la France en latin Gullia et non Francia, tandis qu'une partie de l'Allemagne se nomme Franco nie.

Qui contesterait môme que l'histoire de France date de la première réunion qui eut lieu entre différentes nations pour combattre les Romains, puisque ce furent elles qui s'appelèrent à la suite Francs?

N'exislons-nous que du jour oii nous avons changé de nom, et comptons-nous pour rien les temps et les actions qui nous acquéraient le droit d'en prendre en commun un honorable? Datons-n(»us de notre nom ou de nos actions ? Pourqui ne daterait-elle pas du temps de César et de Germanicus? Pourquoi ne daterions nous pas d'Aminicius et ne dirionsnous pas que nos premiers regards ont vu fuir les iloma/ns ?

Qu'il nous soit permis de nous étendre un moment sur une idée si Siitisfaisante et si douce à adopter, si la vérité le permet. D'ailleurs, me proposant de prouver que les premiers Francs se gouvernèrent en république, j'ai d'abord déterminé l'époque et le pays aux quels se rapporteront lesdocuments que j'aurai à citer. Je dois donc dire : 1^ de quelles nations se composa ou se tira le peuple /rawc; 2** leur situation géographique; 3** à quelle ép(K]uese forma leur ligue; 4° quel pays occupa la ligue; si ce fut le môme que celui des peuples dont la ligue était composée ou extraite. Il faut que les documents que j*aurai à produire en preuve de mon opinion s'accordent à des temps précis, à des lieux et à des personnes déterminés. J'éviterai, s'il se peut, la faute si commune d appliquer à des temps et à des pays des citations qui en concernent d'autres, et ikconcernent pas les temps et les pays sur les quels on a eu une preuve à faire.

(1) Voltaire, Dictèonn. ph.y art.FsANCB.

ÉTUDE HlSTcmiQUl!:.

i<> De quelles nations se composa ou se tira le peuple franc?

a» Leur situation géographique.

3"" A quelle époque se forma-t-il de diiTérentes nations?

4° Si ce 'fut une ligue de nations ou d^individus de différentes nations?

5® Quel pays occupa la ligue au delà du Rhin sous le nom de Francia; si ce fut le même que celui des peuples qui avaient fourni à la ligue ?

Six nations de la Germanie, célèbres entre toutes les autres, opposèrent la résistance la plus forte et la plus constante aux armées romaines et renversèrent Tempire. Ce furent les Caiitesy les Caftes^ les Chérusgves, les Cha- 7nav€8y les Bruclèresy les Angrivariefis.

Tacite marque l'habitation de ces différen tes nations dans le territoire qui s'élend depuis fa forêt (rUercyniejusquà V Océan et depuis le Rhin jusqu'à VElbe.

Mœurs des Germains, ch. xxx et suiv.

« Le territoire : 4« des Catles, commence à « la forêt d'Hercynie..*

« Près des Cattes sont : 2* les Usurpiens et « 3® les Tettctères, placés le long du Rhin...

a Près des Teuctères habitaient: 4° les Brucw tères; 5° les Angrivariens , et 6® les Chamail ves sont environnés par derrière; ?• par les « Dalgibiens; et 8* par les Chassuaires et d'au- (f très nations moins connues^ et en avant par « la Frise. La Frise est divisée en deux na- « tions; 9" les Grands y et 40*' les Petits-Fri- « sons. Elle s'étend le long du Rhin jusqu'à <( rOcéan et renferme les vastes lacs où Ton a «vu des flottes romaines...; Il* les Chérus- (( quesy entre le pays desCauques et celui des « Cattes. »

Arntinivs, devant qui succomba Yarus^ était chef des Cattes. Ce fut le pays des Cattes qui vit la défaite de Varus.

Germanicus ayant conduit une armée chez les Cattes pour venger Varus, Arminius court le pays des Chérusques^ les appelant aux armes contre Segest, contre César.

Non-seulement les Chérusques prennent les

armes^ mais aussi les nations limitrophes {conter minœ).

César^ pour diviser les forces de l'ennemi^ envoie sur les bords de TEms quarante cohortes qui traversent le pays de^ Bructères; il fait conduire la cavalerie par les frontières de la Frise; il s'embarque lui-même avec quatre légions et traverse les lacs; l'infanterie, la cavalerie^ la flotte se trouvent rendues en même temps sur les bords de l'Ems. Les Bructères brûlent leur propre pays; César' les fait disper-* ser. L'armée pousse jusqu'à l'extrémité des Bructères. Tout est ravagé entre VEm$ et la Lippe...

Tacite dit: a Un usage qui, chez les autres a Germains, est particulier à un petit nombre a de braves, est général parmi les Cattes : dès « qu'ils sont adultes ils laissent croître leurs a cheveux et leur barbe; c'est un vœu fait à a la vertu guerrière et dont ils ne peuvent se a dégager que par la mort d'un ennemi. » Et aliis Germanorum populis usurpatum rara et privala cujusque audentiayapudCattos inconsentum vertit ut, primum adoleverinty crinem et barbam subtnittere, etc.

N'est-ce pas des Cattes ou des braves des autres peuples que sont tirés nos rois chevelus?

Comment se constituèrent- ils peuple franc ?. . . ou signification du mot franc.

IMusieurs questions dans celle-là :

i" Fût-ce des nations qui s*unirent ou des hommes volontaires de diverses nations?

S^'Si ce furent des nations, s'unirentrelles pour former un seul corps sous une autorité commune ou seulement une fédération pour un intérêt commun, se réservant leur indépendance respective?

3^ Si ce fut une société de volontaires, ne se divisa-trelle pas en tribus?

A"* Si ce fut une société de nations, fut- elle fédérale ou une fusion de plusieurs en une?

5* Quel est le sens moral du moi franc?

(Suivent, à f appui, les citations et extraits de l'abbé Dubos et de Segrais, auteui's ayant traité le même sujet.)

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