‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 76 sur 110 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

Je viens de passer dix années avec mon père^ sans distractions, sans intervalles, à mon aise, pour jouir aussi bien que jamais de sa conversation si charmante, si animée, si nourrie^ si variée et si ornée^ si forte et si puissante tout à la fois. — Je Tai revu dans tout l'éclat de son esprit, de sa forte raison, dans toute sa grâce, et je dois dire aussi dans toute cette aimable gaieté si facile à faire éclater même à travers le sérieux des hautes affaires.

Pendant ces dix années d'une vie rétrospective oii, tous les intervalles, toutes les distances disparaissant, tout se succédait avec rapidité^ se pressait sous mes yeux, je me suis retrouvé avec lui dans toutes les circonstances de mon exbtence et de la sienne, depuis mon enfance jusqu'à notre vieillesse, époque à laquelle les âges se confondent et où s'établit une confiante intimité, quasi fraternelle , quasi familière , qui résume deux vies passées ensemble dans les plus douces relations de protection, de soins tendres, d'avis salutaires, de directions prudentes, prévoyantes, d'un côté, et de déférences tendres, respectueuses et reconnaissantes de l'autre.

Ces dix précieuses années ont été pour moi une seconde vie, — et j'y ai eu le bonheur d'avoir pu rendre un solennel hommage à la mémoire de mon père.

J'ai terminé la tâche qu'il m'indiquait, et

que de moi-même je me serais bien assignée.

Je n'ai point fait usage de l'autorisation

qu'il me donnait de choisir entre ses ouvrage ce qu'il pourrait être bon de publier et de réimprimer. — J'ai cherché partout, j'ai recueilli partout ce qu'il avait publié, et je l'ai réimprimé. Je n'ai rien omis; je n'en avais nul motif, et d'ailleurs je rougissais à la seule pensée que quelques omissions auraient pu être interprétées comme une sorte de désaveu par le malveillant qui aurait pu les signaler.

J'ai également inséré dans cette grande collection de ses œu\Tes tous ceux de ses ouvrages restés en manuscrits qui paraissaient présenter un ensemble complet, bien que je n'eusse pas la certitude qu'ils eussent été revus et arrêtés définitivement; mais je savais que mon père n'avait jamais rien exprimé^ même dans le secret de son cabinet y quHl n^eiU sincèrement cru sain, ayant réformé à la suite ce que Vexpériènce lui avait fait regarda* comme erroné.

J'ai été plus loin encore, j'ai placé dans cette collection des fragments d'ouvrages évidemment non terminés, non coordonnés dans leur ensemble, mais exprimant des pensées fixes et arrêtées dans son esprit. — fels ont été quelques morceaux sur Machiavel, sur Chateaubriand, etc., etc., et en dernier lieu le plan d'un grand ouvrage sur Vautorité suprême en France, depuis l'existence de la monarchie.

En tout j'ai agi avec conviction et conscience.

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