‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 87 sur 110 · LETTRES DE M. RCEDERER A MADAME ROEDERER · texte numérisé non relu

LETTRES DE M. RCEDERER A MADAME ROEDERER

nant du Marais, où il a passé huit jours à la noce de la fille de madame de La Brîche, fille de madame d*Houdetot. Ce n'a été qu'esprit, danse, musique, grâces, sentiment etépouserie.

Saint-Lambert y était avec madame d'Houdetot. On dit qu'ils ont été au plus aimables. Marmontel a promis ou fait promettre un opéra k Sal vagi par Laborie ; mais c'est un secret...

Ce 20 fructidor an vi (6 septembre 1708).

... Talma m'a écrit hier le plus joli billet du monde pour médire qu'il ne viendra pas dîner aujourd'hui, parce qu'il joue dans Britannicus, à la nouvelle salle. Voici ce billet:

H Je suis bien contrarié, mon ami, de ne a pouvoir me rendre à votre invitation. Je suis a retenu demain pour un petit dtner de déa bauchés où je dois empoisonner mon frère. « Ce sont de ces choses qu'on ne peut guère a remettre. Ma parole est donnée, sans cela le « plaisir d'être avec vous m'aurait fait différer « cette petite expédition. Adieu, mon bon ami; « je vous embrasse de tout mon cœur.

it Signé N^bon.»

Madame de Staël n'est pas si fâchée pour l'article de sa mère; elle me fait prier à dîner quintidi chez elle avec Talleyrand...

Nous avons été voir hier la Dot de Suzftte, musique de Boieldieu, votre compatriote.

Plein succès; cependant mauvaise pièce. Jolie musique; mais une petite Saint-Aubin pour jouer Suzette qui est ravissante.

G; 21 fructidor an vi (7 septembre 1798).

Vous êtes tout à fait hors de la vérité et môme de son apparence quand vous m'attribuez de si tendres sentiments pour madame... Je n'aime pas les femmes qui ne sont que roides ou passionnées; j'aime celles qui sont douces et flexibles. Madame ... n'est d'ailleurs ni d'un caractère bien noble, ni d'un esprit bien agréable. Elle est personnelle et intrigante: elle a perdu son mari, son amant, et, par leur influence, elle a égaré l)eaucoiip d'autres malheureux qui ont péri comme eux ; elle a fait une chose odieuse à Tégard de Narbonnc. Elle a pris un amjmt ridicule et sVst fait dos amis

détestables. Si j'étais en place , vous auriez bientôt sa visite. Je suis en disgrâce et vous ne la verrez jamais chez vous.

Madame de Staël est tout autre chose; il n'y a pas d'esprit qui ait autant de mouvements- originaux, ni d'âme qui ait autant de bons mouvements. La vanité peut la rendre quelquefois ridicule dans ses manières et dans ses discours, peut la rendre assez active pour la faire paraître intrigante, assez inconsidérée pour la faire paraître maligne, assez entreprenante pour la faire paraître dangereuse; mais, outre la grande abondance de bon esprit qui est à côté de ce défaut et où ses amis peuvent toujours puiser avec suc<;ès pour la combattre, il n'est point de tache que n'efTace , point de fautes que ne puisse racheter sa parfaite bonté, et cette bonté est toujours prête à se montrer et à agir; elle n'a besoin que du plus léger appel, et elle répond. On peut éteindre le plus grand incendie de son esprit avec une goutte de bon sentiment, et au reste elle me parle sans cesse de venir vous voir.

Madame fut belle et madame ne l'est point encore, et l'on

ne peut prévoir si elle se décidera jamais à le devenir. Il semblerait donc assez naturel que, devant aimer l'une des deux, je me jetasse {dutôt du côté des souvenirs que du côté des espérances. Mais, comme je me trouve placé dans la jouissance avec vous, je me trouve fort bien, et je me tiens comme je suis.

Notre dîner d'hier a été fort aimable, et la preuve c'est que nous sommes restés près de trois heures à table. Cependant il nous manquait, outre Talma, deux plaisants fort agréables, Dugazon et votre frère. Le jeune homme dont je vous ai parlé est charmant, de l'aveu de Toni et de Pierre, qui ne sont pas flatteurs. Je vous ai dit qu'il avait été aide de camp de Montesquiou; il m'a appris hier que celui ci se marie aujourd'hui avec madame de Pange. C'est une affaire fort convenable pour tous deux.

Nous avions hier le ci-devant ambassadeur de Franceen Prusse, le citoyen Gaillard, homme très-instruit et très-aimable. Je veux vous donner quelque part de notre bonne chère en vous disant deux jolis mots qui nous ont été rapportcs.On parlait à Sanois,chez madamcd'ïloudelot, de VAnafyse de fa Femme, par Saintî^amhort , o\ on la ronipnrait avec lotivragr

COKUESPONDANCE DE FAMILLE.

de feu Thomas sur les fenunes ( il faut savoir que Thomas est mort vierge). On disait que cet ouvrage était froid et vide. Ça n'est pas élonnanty dit Saint-Larabert, l'auteur n'est pas entré dans son sujet.

Il y a un mot peu connu de Fontenelle , qui pourtant méritait de Télre. Un prêtre le tourmentait à ses derniers moments]; Fontenelle impatienté lui dit: Monsieur^ tout ce que f ai à vous dire, c'est que fat vécu cent ans et que je n'ai pas à me reprocher d'avoir jamais donné le plus petit ridicule à la plus petite vertu.

Madame , devant qui Ton citait ce

mot, dit : Pour moi y je ne puis pas me vanter autant; mais je n'ai pas à me reprocher d'avoir donné le plus petit ndicule au plus petit plaisir.

Adieu, ma chère petite amie; je me flatte que je vous ai assez amusée pour vous embrasser.

22 fructidor an \i % seplembrc 1798).

... Je suis si occupé par tous ces rapports que m'a imposés PInstitutque je me trouve par V Institut 'tué. Je vais pourtant mieux depuis deux jours.

... Madame Condorcet n^aura pas la couronne; c'est Saint-Lambert. Du moins nous l'avons ainsi décidé hier en commission. Mais il a eu la complaisance ^ à ma prière^ de faire corriger et cartonner son livre,

Ce 23 fruclidor an vi (9 septembre HtS).

Avant- hier Chauvelin est venu » m^a-t-il dit, pour me voir. Hier, lui et sa femme, en joli cabriolet, menés en powpe par deux chevaux et jockey à cheval par derrière, m'ont fait appeler à la porte pour les voir, eux et leur équipage. Ils allaient à la campagne pour six jours. Madame m'a demandé de vos nouvelles avec beaucoup d'amitié. Elle part le 6 du mois prochain pour Clleaux et vous prie de revenir avant son départ. On a un grand regret d'avoir si peu pu profiter du mois qui vient de s'écouler pour être avec moi, et beaucoup de belles choses comme cela qui ont fini, par une invitation à dîner au retour de la campagne. C'est le dîner de décadi passé qui leur a rappelé que j'existais.

...Vous me la donnez bonne avec voirr Mar-

monlel, dont j^ai oublié de vous parler avants hier. Peut-on être plus bénin que moi? Oh! il mériterait bien quelque tape plus rude pour les infamies qu'il a dites Tan passé chez madame Saisseval contre moi. C'est qu'alors il était puissant, et qu'il croyait les eaux basses pour tout ce qui tient à la République. Heureusement pour lui (et pour moi, je l'avoue) que je me suis plus souvenu et me souviendrai toujours plus de la liaison qui a été entre nous que de ses vilenies. Est-il à Louviers? Vous verrez dans l'extrait de madame Necker un mot de lui qui peint son caractère; c'est elle qui le cite, bien entendu; moi je ne fais que le copier entre beaucoup d'autres...

Ce 25 fructidor an vi ;il septembre 1798 .

... Il y a trois jours il m'est venu ici un peintre de Louviers avec une lettre de vous. Je n'avais pas le temps de le conduire alors ni môme d'écrire à Chauvelin. Je lui ai dit de revenir le lendemain , et, en effet, j'avais prévenu madame Chauvelin, qui lavait fort agréé. Mais rhomme n'est plus revenu me voir, ce qui me fait craindre que ma mine maigre, que j'ai pourtant fort tempérée par la douceur de ma voix, ne l'ait effrayé.

Richard, qui est venu diner ici hier tout seul avec mes fils et moi, m^a dit que mon rapport sur Saint-Lambert est un bel œuvre, et il fait des grimaces d'enthousiasme qui me font bien augurer du succès. Cependant tous ceux qtii me liront ou m'entendront ne seront pas à dîner chez moi; cela affaiblit beaucoup Venthousiasme...

Ce 29 fruclidor an vi (15 septembre 1798>

J'ai fait un dîner à Saint-Ouen dont je ne vous ai point parlé. Talleyrand n'y est pas venu. Il y avait Dupont, Jaucourt, madame de Broglie, Riouffe, Ccmstant et deux ou trois personnes que vous ne connaissez pas. Ce que j'ai retenu de plus plaisant de ce dîner, ce sont deux vers que M. de Narboime, dans une gaieté, a faits sur Saint-Lambert il y a dix ans ; les voici :

El ce froid Saint-Lambert.

Qui (les quatre saisons Ht un si long hiver.

Ce trait est plaisant q»ioir|uc injuste.

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