‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 91 sur 110 · Scène à intercaler, avec les changements nécessaires à la transition · texte numérisé non relu

Scène à intercaler, avec les changements nécessaires à la transition

BKLMOiiT {remarque des plans sur les lambris). Qu'est-ce donc que je vois?

BIDEBMAN.

Le plan d'une maison Pour loger ma famille et la direction.

BELMoiiT (après avoir examiné).

Galerie, salon, colonnade, portique!...

Il me semble, mon cher, que c'est bien magniliquc !

BIDERM41V.

Mon unique plaisir est d'être bien logé; Il me faut un logis vaste et bien arrangé.

BBLMONT.

Les administrateurs de dix pauvres croupiers Approuvent-ils?...

BIDEBMAN.

Hé quoi ! j'ai fait vingt ateliers , Et je ne pourrai pas me loger à mon aise?

BELMOIIT.

Je crains qu'un plan si beau ue choque et ne déplaise.

BIDEBMAN.

Si tout est bien, va bien, oui, vous me le devez ; J'ai tout réglé, tout fait... Demandez û Ranvez !

CORRESPONDANCE DE FAMILLE

On voulait de là haut (I) diriger ma trueiU ; Mais j'ai fait à mon goût, sur une grande échelle. J'ai toujours désiré d'être fort bien logé: C'est un point sur lequel je ne suis pas changé. Un vaste appartement n'esl-il pas nécessaire Pour recevoir ici mes oncles et mon père? L'oncle Etienne est si grand ! dix pouces plus que nous i Quand on eu est si près, on croit être dessous. D'ailleurs, un directeur, il faut qu'on le respecte...

■BLMOIIT.

Aurais-tu pour cela besoin d'un architecte?

BIDERMAN.

D'ailleurs, je ne veux pas bâtira vos dépen».

BEuioirr.

Aux dépens de qui donc?

BIDBBMAIV.

De tous nos concurrtmts.

Je veux que, dans un an, mon talent et mon zèle, D'un seul coup d'un filet monté sur grande échelle. De tous nos concurrenU raflant les ateliers , Prennent, comme aumiroir, le corps desmiroiUers; Que dans aucun café l'on ne serve de glaces Dont l'aspect répété ne le soit par nos glaces; Qu'il ne soit pas un fat, se voyant au miroir, Qui ne doive à nous seuls le plaisir de se voir. Alors de mon château les nobles colonnades Craindront peu les regards de deux oncles maussades. Je veux voir en groisil MooUuçon, Saint-Gobin. Laisser au plus fumer les fours de Saint-Quirin ; Si bien qu'en me voyant tout le monde s'écrie ; Cesl le Napoléon de la miroilerler

BBLMONT.

Tu sais comment finit Tillustre conquérant?

BIDBRMAIf.

Si je le saisi hélas!... mais c'est bien différent : 11 a conquis... mais quoi? des royaumes, des terres. La fortune est, parbleu ! bien plus solide en verres !

BKUfONT.

Le verre est renommé pour la fragilité !

BIDBBMAN.

El c'est elle qui fait notre solidité.

Un an seul nous rendra nos énormes avances.

Je vous veux enrichir à force de dépenses l

BELMOTrr.

Cet an, quand viendra- til ?

BIDRRMAR.

Dans vingt ans au plus tard.

Tu ne te plaindras pas d'un si faible retard î

BKLMOirr.

Attends-tu si longtemps les faveurs d'une belle?

BIDEBMAN.

Non; mais elle n'est pas sur une grande échelle.

(1) Ccst-à-dirc dcSainl-Quirin.

Le 14 de l'an 1825,

... Envoie à ton frère tes Bidermanies; cela Kamuse. Mais apprends donc' que pour faire une pièce il faut un noeud, une action^ un dé- Tioûment.

Le !*' mars 1825.

Mon cher fils, je vais toujours en avant, pen chaque jour, mais sans reculade.

Excepté un œi! qui ne voit qu'à travers un nuage mêlé de papillons noirs , les autres facultés reviennent assez bien, surtout les jambes reprennent le service avec beaucoup de bonne volonté. Lerminier, au reste, ne s'inquiète pas de mon œil; il faut bien que je fasse comme lui.

Voici ma dernière version de mon invocation à Ësculape :

invocATiorr.

Fils d'Apollon, dieu d'Épidaure, Qui de laParqueémousses les ciseaux.

Et dans la boite de Pandore Fais chaque jour rentrer des maux , Protège en Lerminier nos amis, nos familles ; Ajoute autant de jours à ses jours glorieux Qm nos parents cliéris, nos mères et nos filles, En doivent à ses soins savants et généreux.

Des vers bons ou mauvais n'acquittent pas. J'ai consulté de nouveau sur Vhonoraire convenable à offrir.

Des personnes qui ne sont pas prodigues ont estimé que cent louis au lieu de cent napoléons ne seraient pas de trop, et cela m'a décidé pour mille écus, ce que les mêmes personnes versées dans ces convenances ne regardent pas comme excessif.

Je suis fâché de n'avoir pas voté dans la maladie le prix que j'aurais mis à la guérison, car c'est Ifi qu'est le véritable prix d'un tel service. Il y a quelque chose de bas à rétrograder dans la reconnaissance à mesure que le service acquiert plus de réalité; cependant rien de plus commun. La guérison marchande d'ordinaire , même quand la maladie n'était que libérale. J'ai vu un fort honnête homme se promettre de donner cent louis à son médecin s'il le lirait d'affaire, Irouver à la première soupe que c était beaucoup de vingt-cinq, et finir par en donner quinzr, en disant : S'il a

LETTRES DE M. RŒDERER A SON FUS PUÎNÉ, ANTOINE-MARIE. 601

souvent de pareilles aubaines I Tu cherches des traits de comédies : en voiJà un qui peut s'appliquer à tout autre service que celui d'un médecin. On en use de même avec l'avocat qui plaide une affaire épineuse, avec le notaire qui.négocie un mariage désiré, etc...

Je t'embras3e et regrette beaucoup ta conversation, qui m'a été très-agréable, même au fort de mes maux.

Paris, le 22 mars 1825.

J'ai reçu, mon cher His, la boîte de biscottes, tes extraits en différents envois, et le dernier de Bourdaloue qui met le sceau à la vérité des autres sur un point bien honteux au règne du grand roi. Je te prie de me débiter des bis cottes, des bas gris que tu m'as cédés, de ceux que tu m'as promis. Je te dirais de me débiter, pendant que je suis en train, de tout le bien que tu ih'as fait, ainsi que ton frère, si ce n'était à vos enfants seuls qu'il peut appartenir de m'acquitter envers vous de ce que vous avez fait pour votre |»ère. Ayant été fils excellents, vous aurez aussi des enfants qui vous ressembleront.

Mes forces reprennent depuis six jours trèssensiblement. Si le temps était moins dur je pourrais me fvomenertroisouqualre heures au grand air; cela compléterait mon rétablissement. J'ai pourtant un œil qui ne voit que des moucherons et des papillons noirs, et l'autre à travers un nuage; mais je compte sur la promesse de Lerminier, qui m'assure que cette partie recevra la guérison de l'ensemble...

Le manuscrit de Françoiê /•' va ce soir à l'imprimeur, complété, corrigé, et pourtant encore défectueux ; mais je ne puis y faire de grandes corrections. Je ne suis plus bon que pour les points et les virgules. Au reste, je me réserve pour une seconde partie de cet ouvrage, qui formera un nouveau volume, oii je montrerai le développement de la cour et des traditions de François 1" sous les rois suivants, et les résultats moraux et politiques de son système.

Je t'embrasse, mon cher fils, de tout mon cœur.

Le 25 mars 1825.

Si mes yeux revenaient, je serais au meil-

leur moment de ma vie physique et morale, car je ne regrette rien du passé, rien....

Mon article de Mographie est jolim^t charpenté, et les additions demandées ont été bien utiles (i) !

Paris, le 27 mars 1825.

Le saumon était une truite : c'était chose évidente par sa taille longue et mince. Madame Chevet, àqui je l'ai envoyée, Ta qualifiée truite et m'a donné un reçu d'une truite à me remplacer à ma demande..

Suivant ton intention , ne mangeant pas le saumon, je devais l'envoyer à madame de Girardin. Mais tu ignores donc que M. de Girardin a été plus malade que moi , qu'il est à une diète fort sévère, qu^il est maigri à faire peur, et qu'il commence seulement à faire de petites promenades en voiture au bois de Boulogne? 11 a eu un commencement d'hydropisic caractérisée. L'enflure des jambes a été heureusement dissipée. Bref, il est convalescent, mais le saumon ne lui est pas permis, surtout à grandes doses. D'ailleurs, ton saumon étant une truite, tu sens bien que j'ai dû me faire scrupule d'exécuter une disposition évidemment erronée.

Je dois convenir au reste que ce n'a pas été une invention de mon génie renaissant d'envoyer le saumon-truite à madame Chevet; au même moment que le poisson entrait à la cuisine est arrivée une hure de sanglier et un cuisseau du mémo animal, que Biderman m'envoyait de Saint-Quirin. Sa lettre m'apprend gaiement que, si je n'aime pas le sanglier, je puis faire comme le colonel, qui convertit une pareille hure chez madame Chevet en un pâté de foie gras.

Ma foi ! ce fut un trait de lumière; non-seulement j'aimais mieux autre chose, mais je voulais pour un autre moment ; c'est ainsi que la truite et la hure ont été de compagnie s'é-

(0 (Note de Védiieur.) On a vu dans les lettres précédentes (n** 182 et 184} que mon pcre prévoyait ces mutilations. 11 a fait réimprimer, en 1835, la biographie dont il s'agit, avec des rectifications d'inexactitudes; mais il y déclare qu'il ne remplira pas les lacunes, et certes ce n'eût pas été moins nécessaire que la rectification des inexaclUudcs. Le màmt^crit que j'avais remis est imprimé au t. III. p. 315 cl 422. (Voir ci après à la page 66*1.)

CORRESPONDANCE DE FAMILLE

taler dans les bombaoces de madame Chevet.

Ainsi c'est à madame de Girardin que lu dois un dédommagement...

La semaine prochaine ne se passera pas, j'espère , sans que madame Chevet ne nous restitue de quoi donner à notre grand Lerminier le^dtner de convalescence qu'il réclame toujours.

Mes yeux s*écIairciront peut-être d'ici là. François /«' est à l'impression. Bossange promet que la composUion sera complète dans le courant d'avril, elle tirage quinze jours après. Puisse cet ouvrage être exempt de radotage ! Si je le refaisais à présent que ma jeunesse commence, ce serait mieux ; mais je ne pense plus qu'à l'offrir. Je vais dîner et déjeûner au restaurateur çà et là depuis avant-hier : hier au bois de Boulogne, aujourd'hui à Saint-Cloud.

Vive la jeunesse! Bonjour.

28 mare 1825.

... M. Lerminier a bien déclaré ton frère convalescent; c'est fini pour cette année, et l'adoucissement qui s'est opéré dans la maladie est de très'bon augure pour la suite.

Je te dirai donc comme le Monileur : Le prince étant convalescent, il ne sera plus doi^né de bulletin.

Cela ne m'empêchera p^s de décrire; car, ne pouvant plus écrire ni même lire de livres, rien ne m'empêche plus d'écrire des lettres en laissant aller machinalement ma main, qui peut se passer du secours des yeux. Le fait est que je vois mes lignes et pas mes mois. Je prendrai pourtant le parti d'aller voir demain l'oculiste Yinzel.

Le 3 avril 1825.

J'ai fait passer ta note explicative de la hausse à M. de Girardin, après me Tétre fait lire dans un moment où je me croyais capable d'une attention soutenue. Je ne l'ai pas comprise. Mais je suis trop étranger aux premières données de la manigance du gouvernement pour que mon impuissance d'entendre soit le moins du monde un indice d'obscurité dans ta note.

... J'écris au hasard, en suivant l'habitude de ma main bien plutôt que d'après la direction de mes yeux, car il y a un nuage mêlé

de papillons noirs entre eux et mon papier.

Cela n'empêche pas que je ne t'eoibrasse.

P. S. Je cherche depuis trois jours, ou plutôt Grueber cherche dans vingt volumes de Bourdaloue le passage que tu m'as envoyé, que j'ai serré pour être plus sûr de le retrouver, et que, par cette raison, je ne puis retrouver. Fais-moi le plaisir de m'en envoyer une autre copie avec citation précise du sermon.

SOI Paris, le 11 avril 1825.

Le troisième volume de Meyer, concernant François b% n*est point à la Bibliothèque du roi et ne se trouve point dans le commerce. H y a grande apparence qu'il aura été sévèrement prohibé à sa publication. Je te prie donc de faire ton possible à Francfort pour me le procurer.

Je t'ai aussi demandé un nouvel extrait du sermon de Bourdaloue, dont j'ai fait inutilement la recherche, tant par défaut de mes yeux que par ceux de Grueber.

Un médecin américain qui vient de me donner des nouvelles de Sun'iiliers m'a dit s'être guéri d'un mal d'yeux semblable au mien par des douches d'eau fraîche dont il m'a donné le procédé.

Paris, le mai 1825.

Je voudrais ne rien rabattre, mon cher fils, au contentement paternel que les succès d'Alexandrine vous font éprouver; mais je ne crains pas autant d'affaiblir la satisfaction de l'amour-propre de cette aimable enfant, que tant de petits hommages exposent à une grande méprise. Depuis que je connais Francfort, de la jeunesse, un joli minois, et surtout un peu de parure de bon goût, mais à la dernière mode de Paris, font des vogues de huit jours qui cèdent au premier mannequin qui apporte, huit jours après, une mode plus nouvelle. Les bonnes manières sont aussi pour quelque chose dans les succès de notre jeune belle, et ceci n'est pas du ressort du mannequin; c'est un produit de l'éducation, de l'imitation des bons modèles ; ceci est un mérite moins chimérique. Cependant, s'il vous arrive de tomber en famille dans une bonne société de familles an- I glaises, et qu'elle y ait un succès aussi marqué

LEITRES DE M. ROSDEKER A SON FJLS PUÎNÉ, ANTOINE-MARIE. 603

que dans les sociétés de Francfort , je rapprendrai avec beaucoup de Joie: les succès de ce genre n'empêchent pas les autres. Je n'en dirais pas autant de ceux-pi à Fégard des premiers.

L'ambassadeur d'Autriche a été sûrepuent fort aise de fêter le voisin de vignoble du prince Mettemich dans la personne de ses neveux et nièces; mais j'espère que tu n'as pas oublié ta diplomatie. Jusqu'à présent j'ai vu que tu apprenais et que tu n'oubliais pas.

L'impression de mes deux volumes^

I/mii XII et François /«% finit demain. Cela sera publié dans la semaine prochaine , et je m'en vais jeudi au Bois-Roussel.

Ma vue est toujours embarrassée de nuages qui se promènent devant mes yeux ; je les avais éclaircis par des douches ascendantes sur les yeux^ mais les douches m'ont donné le plus terrible rhume de cerveau^ et, pju* suite, de poitrine, que j'aie jamais eu; et les rhumes viennent de me reculer pour la force du corps et celle des yeux au delà du point où j'étais il y a trois semaines...

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