‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 2)Chapitre 94 sur 110 · SIS · texte numérisé non relu

SIS

Paris, le 14 octobre 1826.

... Toute la famille se porte bien ici. Madame Rœderer et sa sœur Suzanne travaillent tous les jours dans le salon à me faire des dessins pour les gravures que je veux mettre à la tête du chapitre des Caractères de La Bruyère.

Nous avons aussi les conseillers et les critiques qui animent cet atelier.

J'ai un grammairien occupé à noter les fautes et incorrections de l'auteur; c'est un homme très fort en grammaire, et qui fait son état de donner des solutions grammaticales.

Je fais à mon loisir les notes littéraires et historiques. Nous pourrons donc j*espère donner cet été un bel in-folio sur papier de Chine de ces Caraclères, qui sont un ouvrage historique encore plus que de morale...

P. S. ... Je me propose de partir pour le Bois-Roussel dans deux jours. Je diffère jusquelà pîirce que j'ai entr'ouvert Toreiile à M. Marchoux, qui m'a dit qu'on le tourmentait pour me presser de vendre ma maison, qu'il était persuadé qu'on irait jusqu'à 1,300,000 fr. Je lui ai dit: Apportez -moi des propositions nettes, et persuadez-vous qu'il faut m'aborder avec plusieurs cent mille francs au delà pour me séduire. L'hôtel d'Aumont vient d'être acheté par sa fille i, 100,000 fr. J'ai le double de terrain ou environ...

Au Bots-Roussel, le 25 octobre 1825.

Je ne sais pas, mon cher ami, l'adresse de madame de Déranger à Paris. Adresse la caisse chez moi, Grueber la fera passer à sa destination.

Tues bon, avec ta chronologie, pour une comédie historique que je voulais convertir en roman!

Tous les faits sont vrais, hors un, l'expédi-

CORRESPONDANCE DE FAMILLE

tion dé Furdre d'arrêter l'empereur. Tout ce qui caractérise leis personnages est vrai , mais non à sa date.

L-intérôl de la duchesse d'Étampes datait du jour où, le fils aine du roi étant mort, Henri^ son puîné, ramant de Diane de Poitiers, appelé au trône, pouvait la soumettre à son ennemie, ou la lui sacrifier au moment où François l*' fermerait les yeux.

Pour mettre cet intérêt en jeu, j'ai supposé qu'au lieu de désirer la révocation du traité de Madrid à Charles-Quint on lui demanda Texécutioh du traité de Crépy, que j'ai antidaté de quatre ans.

Je fais aussi renvoyer Montmorency plusieurs années avant l'époque où il le fut, mais il le fut par les raisons que j'en donne.

Anecdotique , historique , c'est la môme chose. L'historique est plus sacié quel'anecdotique;

Mais sacré pour l'historien, non pour le romancier , ni pour le dramatique , ni pour le poète.

Notandi sunt tibi mores. Voilà la vérité qu'on exige du poète et du romancier historique. Si lu veux de l'exactitude sur les dates, lis mon Mémoire et jette la pièce au feu, supposé qu'elle veuille brûler.

J'ai laissé madame Rœderer et sa sœur, mademoiselle Suzanne, me faisant des dessins pour mon édition de La Bruyère. La première gravure représente La Bruyère lisant son livre devant sept personnes , dont il parle dans le premier chapitre, savoir: Corneille, Racine, Molière^ Despréaux, madame de Sévigné, Balzac et Voiture. Ce groupe est fort bien arrangé, à la manière de Boily. Il y a là un anachronisme, car Molière était mort quand La Bruyère écrivait; mais la peinture et la poésie sont maltresses de leurs compositions.

Devant le chapitre 2 seront les figures groupées du grand Condé, deTurenne, du maréchal de Villeroy, du comte d'Aubigné, de Bossuet, et d'un directeur d'idée que Ton ne peut connaître.

Devant le chapitre 3, le groupe ne sera que de figui'es de femmes. Ce chapitre , en effet, est intitulé : des Femmes. La duchesse de Bouillon, la duchesse de la Ferté, la duchesse d'Aumont, la Voisin, empoisonneuse qui fut pendue et brûlée.

En tôte du chapitre A, le comte de Clermont- Tonnerre et le premier président Achille de Harlay,qui mitlepremierà la porte un jour que celui-ci venait lui demander à dîner, etc., etc.

Un cuistre de grammairien me fait , pour 400 fr. les critiques purement grammaticales.

Moi je fais les notes littéraires, morales et historiques.

Cela sera très-bien si cela peut se finir.

Je ne sais si j'aurai le courage de rien corriger au Diamant de Charles Quint ; mais je pourrai faire une petite préface qui sauvera les anachronismes. Envoie-moi toujoui's tes observât ions.

Je t'embrasse, mon cher ami, de tout mon cœur. Embrasse pour moi madame Rœderer et les fi lliole.

Au Bois-Roussel, le I*' février 1826.

Je fais partir aujourd'hui, mon cher ami, mes chevaux et mes gens pour Paris. J'arriverai en même temps qu'eux en partant lundi 6. Je ne puis que me féliciter d'être resté ici cet hiver, parce que je m'y suis bien porté, que j'y ai recouvré ou à peu près la vue; parce qu'aussi j'y ai soigné mes affaires, ma bâtisse, mes plantations; parce qu'enfin j'y ai rempli ma glacière pour avoir de quoi rafraîchir nos jeunes gens cet été ; parce que j'y ai terminé un ouvrage que je vais faire imprimer, lequel est l'histoire des mœurs domestiques, civiles et politiques, ainsi que du gouvernement de François l®*". Tout cela ensemble me paraît meilleur que ce que j'aurais pu faire à Paris. Donc je me loue d'être resté, et je crois qu'en me revoyant on ne m'en blâmera pas...

A madame Rœderer ^ à Monthermé.

Paris, le 8 mars 1826.

Ma chère fille, si vous saviez à quelles conditions je conserve une espèce d'existence qui ressemble plus à de la végétation qu'à la vie, vous craindriez plus que vous ne désireriez ma présence au mariage de notre Alexandrine; pour peu que je me livrasse à la joie commune ou aux afflictions maternelles , je donnerais bientôt un sujet de tristesse générale. Sans doute il me serait agréable de vous donner la satisfaction de voir, dans le^oupe où dok désormais vivre cette chère enfant, le second

LEITUES DE M. RŒDEftEU A SON FILS PUlNÉ, ANTOINE-MARIE.

pore qui doit vous représenter dans sa nouvelle famille, et qui doit être près de votre mari et vous caution de son bonheur. Je suis persuadé que, mon attachement pour vous et pour elle étant un point de repos pour vos inquiétudes maternelles, ma présence eût contribué à adoucir l'idée de séparation qui vous afflige; mais nous nous trouverons ensemble quelques jours plus tard, et vous prendrez de celte séparation une idée plus Juste. Vous aurez à Paris un point intermédiaire où vous vous trouverez; je vais arranger un logement qui vous donnera la facilité de vous réunir; et puis elle ira chez vous, vous irez chez elle , et le Bois- Roussel est encore là pour vous recevoir. Ne croyez pas que j'aie Pâme trop dure pour partager votre peine et que mon raisonnement tienne à mon insensibilité. Quand ma sœur (la mère des Failly et des Desrousseaux) s'est mariée , j'avais à peine douze ans. J'ai pleuré huit jours de l'idée de son éloignement,etj'ai cette affliction-là aussi présente aujourd'hui qu'il y a soixante ans ; mais je me rappelle aussi que ma peine était mêlée de douceurs : je savais qu'elle allait être heureuse avec un mari aimable et qu'elle aimait, et mes larmes étaient d'attendrissement plutôt que de peine. Il doit en être de même de vous. Vous aurez un gendre aimable et doux, bon sujet, qui s'occupera de sa femme et de ses affaires. Toutes les femmes de la nouvelle famille , belle-mère et bellessœurs , sont la douceur même. Le père crie quelquefois, mais c'est le meilleur homme du monde; Alexandrine en sera maltresse si elle veut en prendre le soin. 11 faut seconfler àson bon cœur, le lui montrer, et rire du reste. Il ne faut pas en faire un diable , à moins qu'on ne dise en même temps un bon diable. Au reste, il aime le plaisir et les fêtes, il en donnera à sa belle-iille. Enfin elle ne se rencontre avec lui qu'aux heures delà bonne humeur : ce sont celles du diner et de la société; encore n'estce pas tous les jours, ni tête à tête.

Je vais préparer le Bois-Roussel pour y rerecevoir la noce, et faire des logis pour vingt ou vingt-quatre personnes. Je désire que madame votre mère et mesdames Lasaile mère et fille me fassent l'amitié et l'honneur d'y venir. Je ne sais si je puis me flatter d'avoir Rœderer et sa femme, mais j'espère avoir M. et madame de Corceile, et mademoiselle Suzanne, et le

jeune Corceile. Les jeunes gens et la famille Mercier feront huil ou dix personnes. Si l'on veut jouer quelques comédies de notre auteur dramatique des Ardennes, on me fera un grand plaisir, et ce sera une grande réjouissance dans le pays. Je fais Tacquisition d'un forte piano pour orchestre, qui seiTÎra aussi à faire un peu danser. Nos Villiers sont là à vous attendre pour remettre Louise au carré qu'elle a rompu l'an passé. Le père vient de leur faire le partage égal de son bien, de manière qu'ils sont les plus dansants du monde. Et puis vous aurez pour tableau nos bœufs, qui sont si heureux en attendant la boucherie; et puis du beau temps, de la promenade. A propos de promenade, cette fois-ci n'oubliez pas les souliers de promeuade pour nos enfants. Je sens que je me porterai passablement au milieu de tout cela, et j'espère encore cette félicité en attendant la félicité éternelle, qui ne peut pas me manquer, attendu mes bons sentiments pour vous, pour mes petites-filles et les arrière-pelites-filles que je vois déjà. Je vous embrasse, ma chère fllle, de tout mon cœur. Embrassez pour moi Louise, et Pauline, et Elisabeth. Mes hommages tendres à madame votre mère; faites-lui agréer mon invitation et promettre.

Paris, le 18 mars 182C.

... Nous avons ici un grand changement dans les machines à vapeur. On va voir à la rue Neuve-des-Petits-Champs un appareil qui n'a ni chaudière, ni réservoir à vapeur, et qui n'exige qu'un très-petit feu Voici le secret : un cylindre de 6 à 7 pouces de diamètre, et do 3 pieds de longueur, coupé en 3 cloisons dans son diamètre, formant par conséquent 3 petites chambres de 41 pouces de longueur, communiquant ensemble par des soupapes , est couché dans un bon feu, dans un fourneau. On fait entrer dans la première chambre, par un petit tuyau percé à l'extrémité d'une multitude de petits trous d'un millimètre, des petits filets d'eau tellement divisés qu'ils s'évaporent sans toucher le fond du récipient. La vapeur pousse la soupape, et va se dilater encore plus dans la deuxième chambre; là elle force la deuxième soupape et entre dans la troisième chambre ; de là elle sort pour faire son office de moteur immédiat. Il y a à la sortie une petite bascule

CORRESPONDANCE DE FAMILLE

qui , lorsque l'effet de la vapeur est plus fort qu'il ne faut, fait évacuer Texcédant.

On travaille en ce moment à une machine de i2 chevaux, sur ce modèle. Cela fera baisser les cours d'eau, car, le prix de premier établissement diminué, Tentretien des chaudières et magasin de vapeur de moins , le combustible réduit de trois quarts, il y a quelque spécieux, avec ces conditions, à la préférence que les wachinistes donnent aux machines à feu sur les moulins à eau.

Bonjour. Tu comprendras cela comme lu pourras. Les démonstrateurs de la machine s'expriment ainsi : « Nous faisons entrer Teau

dans le cylindre par é » Explique

cela modestement à madame Reribier et à mots couverts, comme je pourrais le faire moi-même. 11 est juste que les dames jugent du perfectionnement des machines modernes.

A ma belle-fille.

Au Bois-Roussel, le 18 avril 182C.

... Allons, ma chère baronne, c'est comme quand vous avez quitté votre mère ! Elle vous a retrouvée, et vous la tenez. Vous n'aurez pas autant de chemin à faire pour vous joindre, votre fille et vous. J'ai mon profit à tout cela , mais ce n'est pas ce qui me fait vous dire, ma chère fille, que vous laissez trop facilement entrer le trouble dans votre âme. J'espère qu'il en sortira facilement aussi après le premier moment de la séparation. — Je vous embrasse.

Au Bois-Roussel, le 20 avril 182G.

Il faut, mon cher Toni,que tu m'écrives tout de suite quelles personnes viennent ici, tant de ton côté et de celui de madame Berthier que du côté de M. Mercier.

En second lieu, il faut que tu me dises quel jour on se propose de venir.

Troisièmement, il faut que tu me viennes au moins un jour avant le gros du monde , pour faire les logis , car tu sais à présent qui l'on peut mettre en une môme chambre , en un môme lit, et tu connais la mesure d'exigences de chaque couple et de chaque individu.

Tu comprends que l'exiguïté de mon établissement demande une distribution savanfe

et réfléchie des personnes qu'il s'agit de recevoir le moins mal que je pourrai...

Au Boift-Rouftsel, mai 1836.

Je te prie de m'écrire précisément par le retour du cocher:

i"* Quel jour il faut renvoyer deux voitures et un caisson à Alençon pour ramener notre monde;

2° Si je puis inviter, pour mardi ou mercredi, à un petit bal; pour dimanche, à une comédie ou farce.

Je mets la comédie au dimanche pour que les paysans et bonnes gens du pays puissent en avoir le régal.

Et puis pour que je fasse construire un âne mécanique qui ne manque pas son coup, et puis pour une décoration convenable.

Le plus sage serait le bal mercredi, si Pon a dansé le dimanche à Alençon; si c'est samedi bal à Alençon, je préfère mardi ici. Mais il faut ne pas fatiguer les mariés et tes enrhumés par deux bals trop rapprochés.

Remets la question à la tendresse maternelle de ta femme, et dis-lui que ce qui lui sera agréable me lésera...

Bonjour, bon voyage. Ménage ma commère.

Lo 9 mai 182C.

J'avais en effet écrit à M. Mercier, mon cher Toni, à la suite d^une conversation relative à M. Dubois, que je passerais volontiers cet été avec lui à travailler, et que cet essai réciproque pourrait nous mener à un engagement plus stable. Je me flattais d'un retour de santé assez soutenu pour me permettre un travail suivi, sans excès et sans fatigue.

Cette santé soutenue , vous savez si je l'ai obtenue, et, quoique je ne perde pas toute espérance de la recouvrer cet été, par l'effet des eaux de Plombières et d'Aix-la-Chapeile, je ne m'en flatte pas non plus positivement. Tout ce que je puis me promettre est d'avoir de bonnes semaines, de bonnes quinzaines tout au plus, et ce à condition d'un repos d'autant de durée que mon travail.

Que puis-je donc arranger avec M. Dubois? C'est que, s'il est libre et ne s'engage pas dans

LETTRES DE M. RŒDEHEK A SOÎN FILS PUINE, ANTOINE-MARIE.

GlI

des entreprises littéraires, je lui demanderai de temps à autre, huitaine, dizaine ou quinzaine de journées.

Ainsi, par exemple, d'ici à la fin du mois de juin nous aurions une session pour Touvrage dont je lui ai lu l'introduction cl le premier chapitre.

Au mois d'août, après le i5, je lui en demanderais une autre; au commencement d'octobre^ une troisième.

Si nous étions en train , si je ne pensais pas trop îï mon mal et qu'il ne me fît pas trop penser à lui, si M. Dubois ne pensait pas trop à sa femme, nous pourrions des deux sessions d'août et d'octobre n'en faire qu'une, etc. Cela est tout éventuel.

Il est bien entendu d'abord que les frais de voyage seraient à mon compte et que nous vivrions ensemble ; mais ce n'est pas là un honoraire ni un remercîment.

Compléter mes recherches si nous les trouvons incomplètes, vérifier mes citations, raisonner sur chaque sujet de Touvrage et le mettre dans un bon ordre, ensuite mettre bien au net les parties que j'aurai rebrouillonnées^ faire sur le tout l'office de critique , voilà ce que je demanderais à M. Dubois.

Mon ouvrage formera un volume in-8^ de 500 pages. Quoique je ne compte point le vendre à un libraire, et que je veuille n'en faire tirer que 500 exemplaires pour les donner, je me proposerais d'en donner 25 louis (600 fr.) à mon critique, avec quelques (5 ou 6j exemplaires, non à vendre, mais à donner aussi.

Cet ouvrage ne sera pas le seul que j'espère mettre à terme cette année.

Je voudrais publier mon Cours d'Économie publique, qui traite de la propriété, avec des augmentations, i volume de 400 pages.

Plus un ouvrage sur la royauté primitive du royaume de France. 1 volume de 400 pages^ pour chacun 600 francs.

Si un traitement fixe de tant par jour était proposable, cela paraîtrait plus net; mais je te dis cela sans t'autoriser à le dire et aussi sans te le dire.

Après tout, il n'y a là que du vague, et, si M. Dupont propose du positif et du certain, je serais fâché d* avoir une préférence qui me pèserait beaucoup, surtout si ma santé allait me refuser l'usage de mes facultés.

Tout cela n'empêche pas que M. Dubois ne revienne demain avec toi. Nous pourrons encore reparler de cette affaire.

M. Patineau est dans une place où l'on ne se hasarde pas à jouer la comédie chez un réprouvé. Je ne reconnaîtrais pas à cela sa prudence, et je ne crois pas qu'il vienne ici de bonne grâce. Si M. Cavalier ne vient pas, j'aurai le lit de la chapelle à lui donner; les femmes de chambre où tu dis ; les musiciens à Essay, à l'auberge tout simplement; M. Dubois dans la chambrette qu'il a occupée, à la place de la femme de chambre de madame Lasalle, qui ira avec la tienne.

Demain tu auras une calèche de plus; mais, s'il ne fait pas trop mauvais temps , je prie au moins les hommes de mettre pied à terre pour monter au perron , car les chevaux y rebutent quand le poids est trop fort...

Au Bois-Roussel, le 8 juin 1826.

Mon cher Toni, je viens de payer le plaisir que j'ai eu par un malaise très-pénible qui s'est tourné en fièvre tierce. J'ai eu quatre bons accès. Celui que j'attendais hier a manqué. Je suis passablement.

...Mesdames Lasalle nous quittant demain, je n'aurai pas dîné une seule fois avec elles. Je n'ai pas môme eu le plaisir de voir jouer hier une jolie comédie de Leclerc, où mademoiselle Lasalle a charmé tout le monde.

Je l'avais sollicitée à cet exercice en lui faisant ma déclaration sur son chant : c'est que tout en était bien et fini , mais qu'il y manquait la parole. Tout le monde, sa mère, et elle plus que tout le monde, est convenu que c'était vrai. Elle a voulu chanter un aria où je ne laisserais rien passer d'inarticulé, et elle est convenue de tout sur chaque parole. Elle est fort douce, fort naturelle, fort aimable, et madame de Lasalle d'une excellente société. J'ai le regret de n'avoir pu surveiller les amusements...

A JOSÉPHINE DE LASALLE (Depuis madame Yermoloff).

Vous êtes de la bonne école; Chacun admire votre chaut, El le connaisseur en raffole; Pour être sublime et touchant, Il n*y manque que la parole.

CORRESPONDANCE DE FAMILLE

BEPONSK.

J'obtiendrais, je crois, des succis Si je restais à bonne école; Car, pour exprimer mes regrets, Je sens revenir la parole.

A Épmal, le 19 juillet 1820.

Me voici à sept lieues de Plombières, mon cher fils ; je suis arrivé ici lestement, sans être trop fatigue, môme me trouvant passablement. J'espère quelque bien des eaux de Plombières. Les eaux ont moins de force que celles d'Aix-la-Chapelle, mais on les administre mieux, et, par exemple, je prendrai ici la douche sur Testomac, et rien n'est monté à Aix pour un service de ce genre, qui demande quelques dispositions.

Je t'écrirai de Plombières...

Plombières, juillet 182G.

Tu te crois trop peu obligé à bien écrire, mon cher Toni, quand tu écris en vers. Les vers ne souffrent ni l'incorrection , ni Pabsence d'ime élégante diction. Voici ce que je remarque dans ta première page : A grands coups d'aspergés (1) ; il faut d'aspersoir ou par de grands aspergés y car l'aspergé est un coup d*aspersoir. — N'était bien moins alors que le temple d'Hermès veut dire n'était pas du tout le temple d'Hermès; il faut n'était pas moins. — Du libertin, etc., on cherche le sens. — En grajid pèlerinage : grand est impropre. — On voit vENïB les gens, et un peu plus loin, chacun y vient. — Bien digne assurément de réputation n'est pas même de bonne prose. On ne dit pas indéfiniment digne de réputation, mais de renommée. — Chacun y vient avec dévotion, prose. —Chaque RWe sollicite.,, que, solécisme , ne peut pas se dire. — A la page suivante : De pèlerins un cortège nombreux : cortège est impropre, car on ne voit pas à qui ils servent de cortège. — Va réparer à neuf la troupe, etc. : on ne peut pas dire réparer quelqu'un à neuf, d'un vêlement; rhabiller serait plus juste. — Page suivante : sans qu^on s'en scan-dalise, sans qu'on s'en Scan est intolérable. — Je ne vais pas plus loin. — Le fond du conte est piquant; mais il

(l) {Note de Védïteur.) Aspergés, goupillon à jeter Veau bénite. (Dict, de V Académie française.)

faut le refaire et s'imposer la correction tout au moins. Il y a de bons vers; il y a des détails gais et convenables au sujet ; la marche est naturelle et facile; mais le style, le style! Il faut refaire cela.

J'ai reçu ici un exemplaire du Fouet de nos pères et du Diamant, etc.

Il se trouve que, dans les personnages annoncés en tôte du Fouet, un certain Mornac est annoncé comme précepteur, et dans la pièce il n'a pas une parole à dire. Je reverrai cela.

Il faut aussi remanier le dénoûment du Diamant, même la Foire dAlençon demande correction.

J'ai pensé que nous pourrions imprimer h Paris, et proprement, notre théâtre historique, qui ferait un volume; le Marguillier, le Fouet de nos pères, le Diamant , Louis AI V, le tout avec notes et préfaces, etc.

Nous pourrions donner cela à nos amis comme ouvrage dtipére et du fils, en f absence du Saint-Esprit.

. . . J'ai passé ici mon temps agréablement avec deux familles amies : la famille Boulay et celle de Casimir Périer, lui compris.

Les eaux me valent mieux que celles d'Aixla-Chapelle.

J'ai tout à fait renoncé au régime tonique; du lait, des légumes et des fruits, voilà ma vie, et je ne m'en plains pas si je continue à m*en bien trouver.

22IS Au Bois-Roussel, le 11 septembre 182G.

Mon cher Toni^ je ne puis pas aller à Saint- Quirin. M. Amard, à qui madame Rœderer m'a rerais, d'après le vœu et le sentiment de sa famille , m'a imposé un traitement que je ne puis interrompre, et qui me promet une guérison radicale. Il me dit que ni Page, ni l'estomac, ni aucun autre viscère ne sont pour rien dans mes vomissements, mais seulement le système nerveux. En conséquence, c'est par le dos, c'est-à-dire par l'épine du dos, depuis la nuque jusqu'au coccis, qu'il me travaille avec des liniments; et puis il me travaille les genoux; et puis, après certaines périodes, la région épigastrique. Tout cela est combiné par périodes alternatives qui me demandent encore six semaines au moins^ et puis un peu de repos.

LETTRES DE M. RCEDERER A SON FILS PUÎNÉ, ANTOINE-MARIE. 613

Je suis depuis dix jours comme en pleine sanlé, n'ayant d'autre mal que la crainte d'être surpris d'une crise nouvelle. C^est contre le retour de ces crises que M. Amard a pointé sa doctrine, qui me paraît devoir obtenir un plein succès...

Alexandrîne est très-heureuse, très-aimée dans sa famille et dans sa société. Elle est à souhait.

Au Bois-Roussel, lo 19 novembre 1826.

. . . Nous avons ici un théâtre en activité. La famille de Villiers, et surtout Casimir, a développé un talent fort suffisant pour égayer une comédie de société. Le i7 décembre on jouera le Diamant de Charles-Quint^ que j'ai corrigé et augmenté d'une scène entre Diane de Poitiers ou la Duchesse de Valentinois el la duchesse d'Ëtampes. Je ferai louer des costumes à Paris. Ma santé se soutient sans accident. M. Amard a trouvé le principe de la maladie, et d'un autre côté mon régime, qui con siste à vivre de lait , de légumes et de fruits fondants, mais de lait surtout, et à me baigner souvent , concourent utilement avec les frictions dorsales et les lotions à l'eau froide , depuis le sommet de la tête jusqu'au coccis, sauf respect , que j'ai pratiquées exactement pendant six semaines.

Je serai avei; beaucoup de plaisir le compère de ma petite-fille Louise, quand même le petit garçon que nous attendons serait une petite fille, qui ne devra pas être moins bien venue, quoiqu'elle ne soit pas du sexe désiré...

Je fais aussi une comédie qui sera intitulée V Entrevue de Bayonne en 4564; ouvrage tout historique, où je réunis cinq petits garçons du môme âge, qui se sont tous entre-mangés à la suite : Charles IX, âgé de quatorze fins; le prince de Béam ( Henri IV), âgé de huit; le duc d'Anjou, depuis Henri III, âgé de douze; Henri de Guise, âgé de neuf ans (le Balafré, assassiné par Henri III), lequel Henri III assassiné par Jacques Clément.

Le petit prince de Condé, de huit à neuf ans, père de celui qu'on peut soupçonner d'avoir fait tuer Henri IV, et qui fut empoisonné par sa femme ; Catherine de Médicis, mère et régente; sa fille, reine d'Espagne, mariée â Philippe II, assassin de don Carlos, son fils;

le fameux duc d'Albe, ravageur du Pays-Bas et excitateur de la Ligue, voilà les personnages de V Entrevue de Bayonne. — J'ai fait une scène entre les cinq petits garçons, où la dispute fait qu'ils se prédisent leur destinée, et l'intrigue est le premier amour de Charles IX pour la fille d^un apothicaire d'Orléans, qui se dénoue dans un bal de cour où il avait jeté douze petits escrocs pour faire voler tous les gens rassemblés dans ce bat. Étrange fête de l'invention de ce massacreur!

2^7 Au Bois-Roussel, le 11 de Tan 1827.

Comme le temps passe, mon cher ami! Je suis tout étonné de celui qui s'est écoulé depuis que je ne t^ai écrit, et tout mécontent de moi. Il me semble que, depuis que ta fille est dans mon voisinage, c'est à elleà te répondrede moi. Cependant voilà tout à l'heure un mois que je ne l'ai vue, et même plus; car le 17 de décembre elle était en chemin pour venir voir un petit spectacle que j'avais arrangé principalement pour elle, et un malaise l'obligea de profiter de la voiture d'un ami qui se rencontra et de retourner chez elle. Heureusement il n'y eut aucun accident, et nous attendons avec pleine confiance le moment qui doit nous donner un tome second* Je viens de recevoir la corbeille et les gants que je destine à ma commère. Je resterai ici jusqu'au baptême, pour lequel je me résoudrai à affronter la route d'Alençon. Après quoi j'irai, pour la décence, m' ennuyer et ennuyer à Paris pendant un mois ou cinq semaines.

J'ai lu, ou plutôt madame Clogcnson m'a lu ici, à moi et à sa mère, ta comédie des Parisiennes. Il nous a semblé que tu réduisais leur ridicule à trop peu de chose , quoique cette chose me paraisse comme à toi un sujet do désolation pour un pauvre maître de maison : celte chose est de n'avoir point d'heure pour se mettre à table et manger. C'est trop pour l'agrément de la société; ce n'est piis assez pour l'ainusenmt qu'on attend d'une comédie. Ton expédient pour ramener à l'ordre est forcé, et ce spectacle d'affamés ne me parait pas inspirer de gaieté.

Je te dirai au reste que je ne crois pas que se faire attendre, ou ne pas venir au dîner où l'on est attendu, soit un défaut de Pari-

614 CORIŒSPONDANCE DE FAMILLE.

sienne, mais un défaut de femme mal élevée.

J'«i passé des semaines à la campagne de

M. de Caraman; jamais une femme ne s'y est

fait attendre, et il y en avait du plus haut pa-

rageet de la plus élégante jeunesse.

J'attends ton nouvel ouvrage avec impatience. Il ne faut pas tant de correction pour m'envoyer ce que tu fais.

On a joué ici deux proverbes de Carmontel, mais changés et augmentés au point que ce sont des pièces nouvelles : Tune est la Maison du boulevard y \i\2L({\\Q\\e j'ai ajouté huit scènes et que j*ai mise en deux actes, et la Preuve ridicule, aussi corrigée et étendue. On a joué le Savelier et le Financier^ de Leclerc, et Tous les Comédiens ne sont pas au théâtre. On a joué un proverbe de Gosse : Comme on connait les saints on les honore. On a joué une mauvaise cochonnerie, le Peintre en cul-desac. On a joué la Sapho de Quimper-Corentin, de Leclerc; je ne me rappelle pas les autres. Tout cela en deux spectacles. J'ai voulu faire essa^erlUademoiselle de Launaij et le Diamanlde Citarles-Quint,en6iSLnik lapremièreles polissonneries de Louise et en ajoutant à l'autre Diane de Poitiers : pas moyen ; on déclame cela comme du mélodrame. J'ai au plus vile retiré nos œuvres du répertoire. On répète maintenant une troisième édition de la Maison du boulevard, avec des rôles nouveaux, et une deuxième édition de la Foire d'Alençon, terminée par un divertissement qui fait un troisième acte où l'âne figure avec le charlatan, qui a une harangue fort éloquente. Cela sera pour mon retour de Paris , et nous aurons Alexandrine. Madame Glogenson a joué à ravir une des dévotes de Gosse. C'est en tout une personne très-aimable, de très-bon goût, de très-bon ton, et dont la société est très-bonne pour notre enfant.

Donne-moi des nouvelles de ta femme. Je pense qu'il lui tarde bien d'ôtre délivrée, ayant une grossesse si pénible. Je lui souhaite le prix et la récompense de sa peine , c'est-àdire une petite fille faite comme un petit garçon; à cela près bon caractère, comme sa mère.

Ma santé va passablement. L'anniversaire de ma maladie s'est comme présenté pendant deux ou trois jours; mais ce n'a été qu'un léger souvenir^ et je cotilinue h être exempt de ces

dispositons fréquentes au vomissement et à l'évanouissement. Je ne veux pas douter que je n'en doive de la reconnaissance à M. Amard; je crois qu'il y a fait, et beaucoup ; mais comme je suis au lait depuis que je me porte mieux et que j'ai tout à fait rompu avec les substances animales, viande et môme bouillon, je puis croire aussi que je me porte mieux en partie parce que je suis au lait.

J'oubliais qu'on monte le Fouet de nos pères; mais nous avons pour cela une recrue nouvelle : c'est madame Lefebvre, fille du fameux Richard, dame fort élégante, qui a quatre petites filles, dont la dernière est ton Élisa à s'y méprendre. Cette dame est une belle élégante et spirituelle, fort amie des Tissot, des Bérenger, des Lavigne. Elle me donne une de ses filles, non pour recevoir le fouet de nos pères, mais pour le narguer, et cela pourra aller. Elle fera la duchesse d'Alençon ; j'espère que madame Clogensen fera la duchesse d'Orléans ; une dame de Séez, la Fontevrault, et madame Casimir, Henriette. Nous verrous pour les hommes.

Voilà je crois assez de pauvretés pour fermer ma lettre. Je commence à comprendre quel est Tinstinctqui ma empêché de récrire depuis si longtemps : c'est que je n'ai que ces pauvretés-là à dire.

Je t'embrasse de tout mon cœur et madame Rœderer.

Au BoiVRousscI, le 25 de Tan 1827.

Je suis charmé, mon cher Toni, de la nouvelle que tu m* apprends. En vérité, je tremblais pour la pauvre baronne de voir sa peine et son plaisir mal récompensés. Notre petite Alexandrine ne m'a encore rien fait dire. J'ai ici les gants, les éventails et les bonbons tout prêts pour courir au baptême. Je ferai aussi la pacotille de ma commère Louise dès que je serai à Paris. Je vais aussi planter dix arpents en parc verl pour le nouveau- né , et j m pour cela un terrain tout prêt. Au dégel je planterai le premier arbre, et au mois de février et mars quelques milliers d'autres.

J'embrasse de tout mon cœur l'accouchée , la marraine, le père et le fils.

P. S. Je ne crois pas avoir d'édition du Défiant, en quatre actes, mais une en cinq et

LETTRES DE M. RCEDERER A SON FILS PUÎNÉ, ANTOINE- MARIE

l'autre en trois , comme les rentes de M. de Villèle.

J'accepte avec grand plaisir la proposition d'être parrain de ton fils avec ma petite-fille Louise. Je lui écris un petit mot que je te prie de lui remettre.

Je t'embrasse et la mère du filleul.

A Louise, — Au Bois-Roussel, le 28 janvier 1827.

Ma chère Louise Je prends avec grand plaisir la qualité de compère avec une commère que j^aime autant que toi. Je t'enverrai des bonbons dès que je serai à Paris. En attendant, I)énètre-toi bien des engagements que tu prends en devenant ma commère : d'abord, c'est de m'aimer comme je t*aime , et puis c'est de soulager ta mère d'une partie des soins que demandera notre filleul; et cela pour toi et pour moi, car je m'y mettrais aussi de grand cœur si j'étais près d'elle.

Je ne te dis rien du reste : il est bien entendu que tu auras soin qu'il soit élevé dans des sentiments catholiques, apostoliques et romains; tu lui apprendras son Benedicite sitôt qu'il saura parler, et en attendant tu veilleras à ce qu'il ait les pieds chauds.

Je ne donne pas de plus amples instructions quant à présent, espérant qu'avant que la barbe soit venue à ton frère tu m'auras fait parrain et grand-père d'un autre filleul , à l'exemple de ta sœur, qui est bon à suivre, car elle est fort heureuse , fort aimée de tout ce qui l'approche, et tourne au solide sans négliger ce qui plaît. Elle va très-bien, et je vais demain à Alençon pour le baptême du petit petit fils.

Je t'embrasse, ma chère amie, de tout mon cœur.

Au Bois-Rousscl, lo 1*^ février 1827.

J'ai reçu hier ton Bassomp terre ; je l'ai lu, et j'y repense encore avec un extrême plaisir. Le style a besoin d'un peu plus de légèreté, mais il est plus noble que celui de tes précédents ouvrages : il est d'une couleur franche et vraie. La composition est bonne; elle soutient bien l'intérêt, et la marche en est vive et naturelle. La fiction ajoutée à rhisloirc est bien

prise dans les mœurs des personnages et du temps : elle est heureuse. En tout, c'est un ouvrage très-agréable, qui répond bien à son titre, et le choix du sujet est excellent. La perplexité de Bassompierre lorsque le roi lui dit de refuser la Combalet est une situation tout à fait neuve et très-comique.

En regardant bien, et en réfléchissant à plusieurs reprises sur cette comédie, il se rencontrera, je crois, des choses qu'on peut rendi*e plus saillantes et dont on peut augmenter reflet; mais il faut revoir à tète reposée, et cela en deux ou trois fois, à trois mois de dis* tance l'une de l'autre. Cette comédie vaut la peine d'être remise sur le métier et soumise à des conseils éclairés.

J'ai laissé de côté pour quelque temps mu comédie de l'Entrevue de Bayonne^ qui ne vaudra pas la tienne, mais qui peut être néanmoins très-piquante.

Quand je serai à Paris, Grueber te mettra au net un proverbe de Carmontcl dont j'ai fait une comédie en deux actes, c'est la Maison du boulevard. Cela a été joué ici et n'est pas sans quelque mérite.

J'ai mis une nièce dépensière, qui jette son argent par les fenêtres, aux prises avec un oncle qui a la bâlimanie; le fond de cela se réduit à ces deux raisonnements qui se croisent : Vous voulez que je me loge en petit financier pour avoir la parure d'une princesse. — Vous voulez me loger en princesse et me donner la mesquinerie d'une bourgeoise.

Rœderer sera bien content de ce que je dis de la bâlimanie; j'ai mis aux prises le bijoutier avec l'architecte, que j'appelle M. de la Ruine. Cela est assez bien pour un spectacle de petit castel.

Je relirai dans quelques jours Bassompierre y la loupe et le crayon à la main ; mais je ne te promets pas des observations bien suivies, parce que tout ce qui demande de l'attention me fait mal...

Je t'embrasse, mon cher ami, de tout mon cœur, et ta femme, et ma commère Louise. — Je partirai dimanche pour Paris , où je serai jusqu'au !«' mars. Je compte planter dans ce mois-là quelques arbres à compte pour le baronnet.

CORRESPONDANCE DE FAMILLE

Paris, le H février 1827.

Tu as retranché de la préface du Fouet' de nos pères ce qui regarde réliquelte des maisons impériales et royales du temps de l'Empereur. Nous en étions même convenus , autant qu'il m'en souvient. Cependant^ aujourd'hui^ en réimprimant cet ouvrage, je sens que ce morceau-là manque. Il contient un fait historique : c'est la suggestion et Técole des gens de l'ancienne cour dans les nouvelles. En tempérant les expressions qui peuvent déplaire aux personnes de la famille, je rétablirais la chose comme elle était. Je te prie donc de me renvoyer (le passage supprimé) par le plus prochain courrier qu'il se pourra, car l'impression commence ces jours-ci par le Marguillier, ou du moins par la préface et le troisième acte, qui ont été changés dans l'édition de Didot; je conserve le reste, dont j'ai provision. Je te prie aussi de me dire si, pour finir le volume, en cas qu'il faille quelque chose, car j'ai fait de grandes augmentations au Fouet de nos pères, et môme au Diamant, on imprimerait ton Louis XIV ou ton Bassompierre, Dans Tordre chronologique il faudrait Bassompierre; mais il a besoin d'une revue à tête reposée. Je t'enverrai l'avis du Sanhédrin d'Alençon , rédigé par madame Clogenson, avec mes notes. J'obser\'erai que le mieux me paraîtrait être que tu fisses un volume séparé de Bassompierre^ de Mademoiselle de Launay et de Louis XIV , car cela ferait aussi un volume; mais la diction des trois ouvrages a besoin d'être revue. La petite fille du geôlier est un rôle disparate et d'une gaillardise ou paillardise qui ne peut pas se permettre dans un pareil ouvrage. Cela ferait un tome second : le titre général serait Comédies historiques. Un petit avertissement en tète du deuxième volume dirait que ce qu'il contient est ton ouvrage. Il y aurait unité par le titre général, ci division parles tomes entre ce qui est tien et ce qui est mien. Cette collection aurait du succès autant que la léthargie actuelle de la librairie le permet. Pour finir sur ce chapitre, je te demande ce qu'il faudrait tirer d'exemplaires de tes comédies. Pour moi, je ne veux pas plus de 500 exemplaires des miennes ; tu peux en désirer un plus grand nombre des tiennes.

Cela m*amène à te dire qu'il n'y a plus de traité à faire avec des libraires pour vendre des manuscrits; ils sont aux abois. J'ai eu pitié de Bossange ; j'ai racheté de lui pour 3,000 francs de mon Louis XII et François /•% parce que je n'ai pas voulu que sa détresse lui fit anaoncer ce fond au rabais. J'ai, par ce moyen, 500 exemplaires en ma possession ; je vais publier le troisième volume, que je ne tirerai qu'à 750, savoir, 5C0 pour assortir ce qui me reste, et 150 pour donner aux personnes à qui j'ai donné les deux premiers volumes. Toute vente est en ce moment arrêtée. Le Château- In-iand même, toute vantée qu'est l'édition, ne fait pas moitié de ses frais. II résulte de fout cela que nos comédies et mon livre s'imprimeront à mon compte. Si la librairie reprend , une deuxième édition est bientôt faite, et il sera possible alors d'en tirer bon parti.

On m'a promis pour aujourd'hui quelques petites choses que j'ai fait faire pour ma commère Louise, afin qu'elle ne s'enrhume pas à l'église : c'est une petite palatine de je ne sais quelle fourrure et un bonnet, à tout quoi je joins de quoi faire une robe de mérinos monsr tre, et puis quelques bonbons. Cela partira demain ou après-demain au plus tard : c'est le fourreur qui nous fait attendre. Madame Berthier et madame la baronne ne veulent pas avoir bâ-aillé à ton Bassompierre, Pourquoi pas? Elles ont prouvé par là une chose vraie: c'est qu'un ouvrage, quel qu'il soit, ne peut pas se séparer du mérite de la nouveauté , à moins d'être d'une perfection qui laisse toujours des beautés nouvelles à découvrir: le plaisir de la défloration ne se trouvé pas dix fois sur le même sujet. Mais ces dames savent mieux ce que c'est d'être déflorées que de déflorer. H ne fallait pas leur donner ta pièce poil à poil si tu voulais qu'elles eussent du plaisir à empoigner l'ensemble.

Pour les dédommager, je les empoigne et les embrasse.

Paris, le 27 février !827.

Quel rêve, en effet, mon cher ami, et quel réveil pour nous tous de la famille, mais surtout pour celle à qui le rêve a coûté neuf mois de souffrance pour trois semaines de joie! Que dire, que faire*? La «lissipation est ici sa-

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