LETTRES DE M
gesse el raison, môme c'est vertu ; et il faut se le persuader pour ne pas rentrer en soi...
Embrasse tendrement pour moi madame Rœderer et Louise. Ce sont là de terribles épreuves pour deux si bons cœurs et pour une si tendre mère.
A madame Rœderer, —Paris, le 8 mars 1827.
Ma chère fille. . . je suis très-reconnaissant du souvenir de madame Berthier. Il est heureux pour vous de Tavoir eue dans cette circonstance ; quand des cœurs amis partagent nos peines, on prend sur soi davantage pour les soulager. Dites-lui, je vous prie , ma chère fille, que je lui suis très-tendrement attaché , et que je me suis souvent dit, en observant la charmante douceur d'Alexandrine, que c'était le sang de sa grand'maman qui coulait dans ses veines. Vous entendez bien qu'il y est arrivé par les vôtres, qui n'y ont rien gâté.
J'ai été voir hier vos tantes et votre cousine. Il n'était que quatre heures trois quarts, et madame de Lasalle commençait à croire qu'il se pourrait bien que le moment approchât où il faudrait se lever. Je lui ai demandé si c'était ainsi qu'elle profitait des leçons dramatiques de son neveu; elle m'a répondu que le théâtre amusait plus qu'il ne corrigeait. La cousine est fort belle et fort aimable. Ces qualités ne manquent pas dans votre famille.
Ma chère Louise^ tu m*as écrit une jolie petite lettre ; mais il y a une phrase un peu relevée et un peu travaillée. Il me semble te voir faire cette lettre-là avec le teinturier, et beaucoup dire avant de commencer : a Je ne sais comment m'y prendre; je ne sais pas comment dire. C'est plat de dire tout simplement: Bon papa, je te remercie ; je trouve la palatine de mon goût; les bonbons sont amers en ce moment-ci; ils serviront pour une autre fois. . . » Eh bien 1 ma chère enfant, il n'y a pas de lettre de madame de Sévigné qui vaille mieux que ce que tu dis ne pas savoir dire. On croit comme ça qu'on ne sait rien, qu'on a besoin d'être en lisière. 11 faut se poser, mon enfant, et oser : voilà tout.
Je reviens à vous, ma chère fille. Je vous dirai que Mariette, que nous appelons madame Constant, est la garde-malade de Rœderer pendant le jour^ car madame Rœderer ne cède la
RŒDERER A SON FILS PUINE, ANTOÏNE-MARIE. 617
nuit à personne. Vous savez comme il est difficile. Je suis bien heureux d'avoir eu quelqu'un qui ne lui déplût pas; il n'aurait souffert les soins d'aucun de ses domestiques. Pour mon compte, je suis aussi très-content de cette femme; elle est laborieuse et sans relâche, très -douce et polie. Elle va prendre sa fille avec elle en retournant au Bois-Roussel.
Embrassez pour moi votre mari. Je lui écrirai avant mon départ , qui aura lieu dans la semaine prochaine.
Donnez-moi de meilleures nouvelles de vos yeux, ma chère fille, et de votre situation d'âme. Il faut que tout cède au temps; mais il faut s'abandonner à son cours. Je vous embrasse de tout mon cœur.
Au Bois-Rousscl, le 24 mars 1827.
..... Je vais me mettre à la révision de tes pièces, en commençant par Bassompierre, qui se rapporte à Louis XIII, et doit par conséquent passer avant ton Louis XIV. — Je t'embrasse tendrement, ainsi que ta femme et tes enfants.
A /a comtesse (ieZcuo/Ze.— Au B.-Roussel, le limai 1827.
Voici le moment, Madame et Mademoiselle, qui a été marqué par vos bonnes promesses pour l'embellissement du Bois -Roussel, et les prés, les bois, les pommiers en fleurs vous y attendent ainsi que moi. Je suis certain qu'un peu de retraite vous rafraîchira de tant de bals et de tant de fêtes que vous avez affrontés cet hiver. Il faut vous mettre un peu de bon lait dans les veines, au lieu de tant de feu. Nous avons balayé notre théâtre et fait jouer nos toiles et nos coulisses pour vous offrir de petites distractions; mais il faudra que vous entriez pour quelque chose dans les frais de cet amusement. Nos artistes réclament les conseils^ de Madame-mère, dont ils disent s'être si bien trouvés, et les exemples d'un modèle qu'ils trouvent accompli. On dit qu'il nous faut un joli fat, très-agréable, très-séduisant, et que vous savez où le trouver. Pour moi, qui ignore ce que cela veut dire, j'aurai tout le plaisir de la nouveauté. Faites-moi savoir bien vite, je vous en prie, Madame la Comtesse, quel jour, à quelle heure je vous enverrai des chevaux
CORRESPONDANCE DE FAMILLE
au Méle-sur-Saribe pour vous amener ici. Toni m'a écrit qu'il vous avait trouvée favorablement disposée pour le Bois-Roussel.
Je m'en félicite, je vous en remercie de tout mon cœur, et suis fort impatient d'en avoir la preuve.
Agréez mes hommages de tendre et respectueux attachement.
S36 Au Boi8-Rou86^, le n mai 1827.
...Je le porterai tes comédies avec des propositions de changements. J'ai faU deux actes et demi de Bassompierre. Ce qui est entre les mâles est généralement bien, mais tes dialogues entre les femelles ne sont pas ce qu'ils doivent être, et c'est ce que je m'applique à changer....
Plombières, le 3 août 1827.
J'ai été ultra-paresseux, mon cher ami, de ne t'avoir pas encore écrit, et je ne sais trop comment cela s*est fait , si ce n'est peut-être qu'après t'avoir quitté je n'ai pas cessé d'être avec toi. Je t'aime et t'estime toujours plus chaque fois que je te vois. En vérité, je ne devrais pas avoir de tort avec toi...
Du 15 au 20 je serai au Bois-Roussel à attendre madame Rœderer. Pourquoi donc ne me dis-tu pas un mot d'elle? Ne va pas m'oublier auprès d'elle comme tu Toublies près de moi, et aussi embrasse Louise pour son grand-père, si terrible et si redoutable, qui n'est pourtant pas une beauté farouche comme elle. J'espère qu'il n'y a rien de changé au projet de voyage de la baronne, et je me fais une fête de Pavoir.
Les eaux de Plombières ont été très-désagréables cette année. Nous y avons vu en même temps huit ducs ou duchesses. Cela ne fait point de visite. Les dévots de ce pays-ci ont la satisfaction de posséder le duc abbé de Rohan, qui prêche, qui rhétorise, qui convertit, et dit la messe avec une grâce digne de mademoiselle Taglioni.
Je n'ai trouvé ici à qui parler que madame Casimir Perrier, aussi ennuyée que moi.
Cela a fait dire aux patriotes peu nombreux que cette année les eaux de Plombières ont perdu trente degrésde chaleiu* sur cinquante. . .
24 septembre 1827.
Je te sais bien bon gré, mon cher fils, de te trouver à Paris au milieu de nos communes tribulations. Se pourrait-il que nous perdissions trois enfants en quelques mois? Ce sont les père et mère que je tremble de voir succomber dans ces douleurs. Ta femme est si changée et si soufTrante ! et je me figure notre convalescent à une si cruelle épreuve ! et la pauvre mère, elle a une sœur qui ne se console pas. Serait-elle de même ? Et ce pauvre enfant qui avait déjà eu le temps de devenir aimable et si beau ! L'idée que nos garçons seraient ou auraient été la force de la famille se perd dans la douleur présente. J'attends avec impatience et anxiété le courrier de demain. Si j'étais encore bon à donner du courage, des conseils et des consolations, je courrais à Paris; mais tout cela m'est en défaillance.
Je t'embrasse. Embrasse pour moi ton frère, sa femme, et je n'ose dire notre pauvre Pierre.
Du 3 novembre 1827.
P. S.... Le voyage de Saint-Omer m'avait déjà prouvé, ainsi que celui de madame la Dauphine, ainsi que les affaires d'Espagne, que le pouvoir royal sentait enfin le poids de l'ambition et des prétentions sacerdotales.
Je t'embrasse derechef.
A Louise et Patdine.
13 mars 1828.
Mes chères petites fillettes, j'ai reçu avec beaucoup déplaisir vos jolis dessins. Je trouve le crayon de Louise un peu plus doux que celui de Pauline; celui de Pauline est un peu plus net que celui de Louise. Entre le doux et le net je ne sais pas ce que je choisirais. Je les aime beaucoup tous deux, et vous engage à cultiver un talent qui a pour principal mérite de faire compagnie dans la vie solitaire, qui est souvent un refuge contre les travers de la société ou un moyen de se coniger des siens. D'ailleurs les talents qui font réfléchir sont ceux qui rendent aimables. Vous n'avez pas besoin de secours pour Tétre, mes chers en-
LETTRES DE M. RGEDERER A SON FILS PUINE, ANTOINE-MARIE
fants, cependant il ne faut pas craindre de Têtre trop.
Je vous embrasse tendrement de tout mon cœur.
Au Bois-Roussel, le 26 mai 1828.
... Parlons un peu de littérature. J'ai fait une pièce en cinq grands actes, intitulée le Budget de Henri III, ou les Premiers États de Blois (de 1576). L'ouvrage fini, j'ai été frappé de sa mauvaise composition, car j'ai voulu faire un ouvrage régulier, dans la forme dite classique. J'aurais dû faire commencer la pièce au milieu des états, et je les ai pris à Pouverture, ce qui me menait pour la conclusion fort au delà de cinq actes et de vingt-quatre heures. J'ai étranglé mon sujet, j'ai omis des détails sur lesquels j'avais compté en prenant la plume; bref, je n'ai pas fait ce que j'ai eu intention de faire. J'ai conçu un autre plan; mais je l'ai seulement esquissé pour me le rappeler à la suite. A présent je suis fatigué de ce travail, et j'en ai repris un autre. Henri III, à cette époque, n'était pas un caractère bien saillant : c'était une femme. Il ne manquait ni d'esprit, ni d'un certain jugement, ni d'un certain caractère ; mais tout cela était d'une femme. La pièce ne peut intéresser comme pièce de caractère, mais comme peinture de mœurs efféminées dans l'embarras d'événements politiques qui demandent de la force morale et de l'esprit. Le mélange des affaires et des plaisirs, des hommes d'État et des mignons, peut produire des situations très-piquantes, quelquefois voluptueuses et gaies. J'ai plusieurs scènes que je crois heureuses et que j'emploierai dans mon nouveau cadre; je prétends être tout k fait classique, tout à fait historique, et pourtant quelque peu romantique; car j'ai une espèce de coup de théâtre produit par un mot d'un perroquet récemment apporté du Havre, avec des singes, par Henri III et sa femme. Voilà du nouveau, j 'espère, et cela s'appelle élargir le genre de tout le diamètre d'un perroquet, et môme l'élever de toute la hauteur de son perchoir. Qui, entre nos élargisseurs, peut en dire autant?
La famille Corcelle m'arrive les premiers jours de juin du Havre, y compris M. Etesse, le nouveau marié. J'attends cette semaine madame Rœderer et madame de Schonen, avec
leurs enfants et Francisque. J'ai averti Alexandrine que nous allions jouer les Dots et de se rafraîchir la mémoire de son rôle; elle m'a répondu : «Ciomment veux-tu que je représente une jeune innocente avec mon gros ventre? » Je lui réplique qu'elle ne doit pas savoir œ que c'est que cela, ce qui fera un trait d'innocente de plus ; et comme elle veut f e marier, tout le monde croira en voir la raison, et elle seule semblera l'ignorer. Je me flatte d'arranger cela à la satisfaction des spectateurs, et je jouerai le médecin pour faire valoir mon innocente et cautionner son innocence. Je veux lui arranger aussi le petit sujet dont je t'ai parlé, de Mademoiselle Zigueite ou la Sonnette. L'idée en plaît beaucoup à notre Sandrine. Il nous manquera sa mère et ses sœurs. — J^ai si bien serré les dessins de Pauline et de Louise que je ne sais plus ce que j'en ai fait ; ils se retrouveront pourtant. — Je parle de jouer les Dots, et je ne trouve plus la pièce. Je crois que Grueber l'a emportée pour t'en faire une copie, et Grueber m'écrit qu'il a besoin d'un congé de trois semaines pour aller dans le grand-duché de Bade s'informer d'une succession échue à une cousine qui veut du bien à son frère. C'est une si bonne raison pour laisser là mes affaires que je ne lui ai fait aucune objection. Je ne sais s'il est parti oui ou non. Toujours est-il que je n'ai pas ma pièce. Je lui écris à tout hasard de me la renvoyer, et à toi de môme, si tu l'as en minute ou en copie. C'est le seul amusement que je puisse donner ici à mon monde.
Je t'embrasse, mon cher Toni, de tout mon cœur.
Au Bois-Rousscl, 5 juillet 1828.
J'ai remis à Alexandrine, mon cher fils, quelques notes jetées fort au hasard sur le papier, sur ta comédie de Catherine de Médicis. Elle m'a beaucoup plu et amusé. Si le théâtre du Bois-Roussel reprend un peu plus d'activité cet automne, je tâcherai de l'y établir. Il y aurait peu de chose à changer au dénoûment : cela me viendra à une première répétition, comme aussi la scène qui est à faire à ton Courtisan dans f embarras. Nous terminerons le spectacle par Mademoiselle Ziguette, que j'ai dédiée à ma petite-fille Sandrine et qui se jouera par trois personnes : elle, sa belle*sœur
CORRESPONDANCE DE FAMILLE
et sa belle-mère; l'une des deux serait en homme. Mais les santés sont ici fort mal assurées : je ne parle pas de la mienne , cela va sans dii*e; mais Rœderer et même son fils ont été malades jusqu'à ces derniers jours...
Alexandrine a tenu compagnie plusieurs jours à sa pauvre tante, et elle m'a fait en cela un grand plaisir, ainsi qu'à sa tante elle-même^ qui ne cesse de louer son bon cœur qui par^ tage tout naturellement et complètement la souffrance dont elle est témoin y et qui ne se doute pas qu'elle console et fait une bonne œuvre. Rœderer est parti hier pour Paris, laissant ici sa femme et ses enfants. Il va suivre, dit-il, ses affaires, et consulter sur son état; le fait est qu'il va pour aller, et par ennui plutôt que par besoin... <
Je suis curieux de voir, en passant à Paris, ce que M. Yitet et M. Mignet diront de mon Budget de Henri IlL Cinq grands actes avec autant dénotes que de texte pour justifier tous les détails par des citations. Cet ouvrage m'aura amusé deux mois, mais je ne peux pas croire qu'il amuse d'autres que moi.
Je t*ai dit quelques mots de ton Bonnet de nuit. Je ne sais où je l'ai fourré. Je voudrais le relire. Je crains que mes deux premières lectures n'aient été faites dans un moment où j'étais mal disposé. Cependant mon peu de goût pour les allégories et mes souvenirs du Bonhct rouge ne me laissent guère l'espérance d'y trouver du plaisir.
Je t'embrasse. Si Gruebcr veut un peu s'appliquer, il pourra t'envoyer une copie de ma pièce après en avoir fait une pour moi. Cet ouvrage est bon comme mémoire cl peinture historique.
Le Départ de Henri de Valois pour la Pologne^ en (575.
Cette comédie est divertissante et peut bien passer pour historique, sinon pour l'action, du moins pour les mœurs et les incidents. Elle serait fort divertissante, mais le dénoùment cloche.
Je n'aime pas le motif de Tordre donné pour le départ subit du roi de Pologne :
D'abord, parce qu'il ne sort d'aucune des circonstances qui , dans la pièce comme dans l'histoire, déterminèrent Charles IX à l'éloignément de Henri. On voit un grand étalage de prémisses qui ne fournissent aucune consé-
quence, et une grande conséquence qui ne résulte d'aucune de ces prémisses.
En second lieu il n'était pas nécessaire de faire aller le billet de Marie Touchct à Henri pour déterminer le roi à un acte de jalousie; qu'elle fût infidèle en faveur de Montluc ou du roi de Pologne, cela était indifférent. Elle était infidèle : cela suffit pour motiver la jalousie; et conmie Montluc était le compagnon de voyage de Henri, en faisant partir celui-ci il se débarrassait et se vengeait de l'autre.
En suivant ce système , l'ordre du départ serait l'effet de toutes les inquiétudes royales, je parle des inquiétudes i)oIitiques, ce qui est conforme à l'histoire , et non d'une jalousie momentanée.
Il y aurait une légère contradiction entre cet ordre subit et le consentement donné ou promis à un retard de quelques joui*s ; mais on la sauverait aisément en faisant déclarer par Charles à Lansac qu'il n'a Pair de condescendre au désir de Marguerite que pour profiter de la fête préparée et y surprendre le secret de quelque conjuration. Les larcins des petits filous n'apprenant rien qui soit à la charge de Henri, Lansac dirait au roi qu'il peut laisser Henri près de lui sans danger ; le roi répondrait : Son départ était arrêté ; rien n'ajoute à mes motifs, mais rien ne les affaiblit. Lansac ajoutera : Mais les espérances de votre mère et de votre sœur ! — Je ne les ai point autorisées ; il suffira pour elles que je sois outragé par Montluc pour que je fasse exécuter aujourd'hui une résolution déjà connue comme irrévocable, et que je les éloigne tous deux, puisqu'ils vont ensemble.
Cela serait moins défectueux que cette fausse route d'un billet de rendez-vous. 11 ne faut pas faire jouer dans une cojfnédie historique, dont le mérite principal doit être de peindre des mœurs propres à un certain temps et à un certain ordre de personnes; il ne faut pas, dis-je, y faire jouer des méprises de nos petites comédies du temps.
Le langage du temps est quelquefois mêlé avec celui du nôtre, c'est-à-dire avec nos locutions nouvelles. Il y a une langue de tous les temps qu'il faut suivre quand on ne trouve pas les tours et les expressions du temps.
Je n*ai pas vu que Catherine de Médicis dit habituellement Jesus-Maria; je n'ai trouvé cela que dans l'ouvrage de M. Viiet. Elle était
LETTRES DE M. ROEDERER A SON FILS PUINK, ANTOINE-MAUIE
h mon sens une femme de beaucoup d*esprit et de sens , et point méchante. Elle a joué la superstitieuse^ elle l'était moins que personne notable de son temps Son vice unique est, selon moi, d'avoir trop aimé le plaisir et d^avoir élevé ses enfants dans une vie voluptueuse. Elle en a fait autant de femmes; elle était plus mâle qu'eux. J*ai fait son apologie quelque part.
Ma pièce des Premiers États de Blois présente Henri Ul au commencement de son règne. Ce n'était pas encore le temps de sa férocité, de ses manies, mais tous ses vices étaient déjà nés et se développaient.
Mais ma Catherine ne s'accorde pas avec la tienne ni avec celle de M. Vitet. Il en arrivera^ ce qui pourra. La différence des époques justifiera celle du caractère...
Je ne te dis rien des Bonnets, il faut que je les relise. En général ces allégories sont froides , et il y a eu un temps de bonnets ronyes qui peuvent faire tort aux bonnets blancs.
Plombières, le 24 juillet 1828.
Je suis arrivé hier ici , mon cher ami y bien portant et médiocrement fatigué. J'ai trouvé les eaux abandonnées aux petites fortunes et aux petites naissances. Les grands boudent celte année. Nous n'avons pas davantage de haut clergé; les nobles baigneuses ne seront pas prôchées cette fois par un Rohan , et l'on ne vena pas la bourse de quelque illustre quêteuse enrichie d'un billet de 4,000 fr. par Charles X; tous ces gens-là veulent rayonner et éblouir pour se montrer; ils ne peuvent se résoudre à ne compter que pour ce qu'ils valent. L'an passé nous avons vu quinze ducs tant de la vieille que de la nouvelle ducaille^ presque autant de duchesses; les comtes et les marquis^ les comtesses et les marquises étaient les uns sur les autres. Maintenant, personne que des industriels ou des magistrats de cours royales^ des Alsaciens^ des Suisses^ des Lorrains, des Messins. C'est une pitié...
Je suis fâché^ comme tu peux croire, que tu ne sois pas à Plombières; mais au mois d'octobre nous nous reverrons^ si Dieu me prèle vie. La veille de mon départ de Paris ^ je me suis trouvé nez à nez avec ***, et aussitôt notre nez-à-nez est devenu un bec-à-bec, tant
nous avons de tendresse l'un pour l'autre. Au fait, je suis bien aise qu'il y ait rapprochement entre nous...
Je n'ai pas laissé à Paris mon Budget de Henri ///parce que j'ai trouvé dans le Baron de Fœneste matière à quelques additions et à un petit changement. Le Baron de Fomeste est une véritable comédie historique à la façon d'aujourd'hui, sans unité de temps, ni de lieu, ni d'action; fautes que je n'ai pas à me reprocher, et qui feront tomber un genre qui aurait pu fleurir dans la littérature. Je discuterai dans une préface ce que doit être la comédie historique, et combien il importe de la séparer de la comédie romantique , genre bâtard et ignoble.
Avant de partir du Bois-Roussel j'ai encadré moi-même, en cadres dorés, Louise et Pauline, et les ai mises en grande évidence dans l'embrasure de la porte du premier salon sur le jardin. Je voudrais que Louise essayât de faire le plan de la ruine qu'elle a dessinée. Pour que le raisonnement aide Timagination et la main, il faut bien se représenter ce que l'on construit sur le papier.
Son écriture est fort jolie; il est question de la rendre facile et coulante par l'exercice.
Je t'embrasse de tout mon cœur. Bonjour.
Au Boifr-Roussel, le 12 novembre 1828.
Je n'ai pas entendu parler, mon cher fils, de la pièce attribuée à M. Duval, et je no sais do quel Duval il s'agit. Est-ce de l'académicien?
Je ne sais si la pièce me nomme, ou me désigne, ou me fait seulement quelque allusion.
Mais je suppose le pis; en ce cas une réclamation dans les journaux ne me suffit pas. Je la veux bien et trouve ta conclusion trèsbonne, mais je dis qu'elle ne me suffit pas. Jo veux traduire l'auteur au tribunal et le lui annoncer par les journaux en le sommant de se faire connaître par ses qualités et domicile. La fin de ta lettre peut s'adapter à cette annonce.
Je n'adopte pas ton commencement; car tu oublies Grégoire et Garât, comme Etienne et Arnault nous ont oubliés.
Je dirais à peu près :
il On vient de publier en Belgique une contre-façon d'une pièce de théâtre publiée à Paris sous le voile de l'anonyme, qu'on attribue à
CORRESPONDANCE DE FAMILLE
M. Duval au fronlibpice de la contreraçon. Mon intention étant de citer devant les tribunaux Fauteur^ quel qu'il soit^ de cet ouvrage^ et le nom de Duval étant commun à plusieurs personnes^ je le somme de me faire connaître par la désignation de ses qualités et domicile à qui je puis signifier ma citation... Je ne demande rien auGouvernement,pasmémejustice. Je resi)ecte trop la mémoire du prince qui a prononcé ma réprobation sans jugement pour ne pas la tenir pour ostracisme; j*aime mieux m'en croire digne que l'accuser d'une iniquité; mais je ne passerai point l'injure à un particulier que la chaleur de l'esprit de parti ne peut plus excuser. »
Tout cela est à peu près.
Je fais venir l'ouvrage de Paris; dis-moi le titre de la contrefaçon, avec les noms et qualités de l'auteur.
Je te laisse à réfléchir sur ce qui vaudrait mieux que ce lût toi ou moi qui fissions la réclamation. Peut-être nous tous^ ou vous tous.