‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 113 sur 478 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La régeute veut demeurer indépeodante des deui partis, et rester à Fontainebleau; les triumvirs l'emmènent de force à Paris. — Condé forme son armée, les triumvirs la leur. — La Normandie, la Provence et le Dauphiné se déclarent pour le prince de Condé , sur la provocation des seigneurs qu*il y envoie.

Cet éclat des triumvirs était tout à la fois ime manifestation de leur indépendance à Té-

(I) Davila rapporte qu'après Taffaire de Yassy le duc de Guise Ût venir le juge du lieu, et le réprimanda vivement sur ce qu'il autorisait de pareils conventicules. Le juge s'excusa sur Tédit de janvier. Le duc , indigné de cette réponse, porta la main sur la garde de son épée, et répliqua avec feu : Le tranchant de ce fer nous délivrera bientôt de cet édit» que Von croit si solidement établi,

D'Aubigné, les Mémoires de Condé, Théodore de Bèie, imputent positivement au duc de Guise le dessein formel du massacre de Vassy.

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ÉBAUCHE HISTORIQUE

gard de la régente^ une déclaratioD de guerre aux Bourbons ses conseillers préférés^ et enfin un engagement des intérêts religieux dans leâ dissensions d'intérêt personnel.

Le duc de Guise était si persuadé de l'ardeur de toute la France catholique contre les protestants, qu'il se flattait de la déchaîner contre la reine et Gondé, et de les réduire à lui demander grâce, par cela seul qu'il aurait fait un appel aux catholiques^ et qu'il leur aurait montré un chef et un protecteur.

Les prédicateurs et les libellistes échauffent à l'envi les esprits en faveur du duc de Guise, qui est le catholicisme personnifié, contre le prince de Condé, qui est le calvinisme.

Catherine étmt à Monceaux en Brie avec, le roi, quand Guise entra à Paris, Elle l'y appelle, il refuse de s'y rendre ; il jouit de son triomphe dans la capitale. Le prince de Condé ne peut y lutter contre lui ; la faveur populaire est pour Guise. La reine emmène le jeune roi à Melun, de là à Fontainebleau, cherchant un lieu où le parti des Bourbons la puisse faire respecter. Condé était en marche avec trob mille chevaux , pour enlever son fils et elle. Les triumvirs le préviennent; ils annoncent à la régente qu'ils veulent le roi à Paris; elle insiste pour demeurer à Fontainebleau et l'y garder. Le connétable fait démeubler de son autorité, et sous les yeux de la reine, les appartements qu'elle occupe. Elle cède à la force et à l'audace; elle livre son fib, elle se livre elle-même aux triumvirs, qui les emmènent à Vincennes, ensuite à Paris. Le connétable, à son arrivée dans la capitale, va dans les faubourgs briser et brûler les chaises et les bancs des églises calvinistes, et mériter le surnom de capitaine Brise-Banc ou Brûle-Banc^ qui ne manque pas à son illustration. Cette avanie n'était pas l'effet d'une sainte et folle colère contre l'hérésie, mais une menace aux partisans de Condé, une incitation aux catholiques, une garantie d'impunité pour leurs excès.

Le prince de Condé, accompagné de Dandelot et de Coligny, court s'enfermer à Orléans.

Alors commence entre la cour et le parti de Condé une double bordée de manifestes. Condé suppose le roi prisonnier, et déclare qu'il travaille à sa délivrance ; il demande pour les siens la liberté de culte promise par l'édit de janvier.

Les Guises font parler le roi, et c'est pour |

assurer qu'il est dans une parfaite liberté; ils confirment au reste l'édit de janvier, pour répondre au reproche de vouloir faire viilence aux consciences.

La régente était obligée de prêter son nom à tout ce que les triumvirs faisaient de plus opposé à ses voeux. Il faut être d'aveugles compilateurs des prédications et des libelles du temps, pour l'accuser à cette occasion d'une nouvelle variation dans ses sentiments religieux. Il est évident qu'elle subissait la loi du parti contre lequel elle n'avait pu se défendre; elle était réduite à l'alternative de prêter son nom aux triumvirs, ou d'abandonner le roi et la régence. Elle eut la sagesse de s'attacher à son royal pupille, et de se maintenir par des concessions de fait dans son autorité de droit. Elle demeura ainsi en position d'observer, de négocier, d'attendre les occasions, et de les fûre naître. Elle eut même l'art et le bonheur de se conserver de l'influence, au mœns sur l'exécution des ordres donnés par les triumvirs, et d'adoucir lès coups qu'elle ne pouvait empêcher. Elle embarrassait les plus chauds partisans des Guises dans les provinces: Les lettres du duc de Guise, ditTavannes, portaient qu'il fallait tout tuer; et celles de la reine, qu'il fallait tout sauver.

Elle ne pouvait rien de plus, rien de mieux. Elle fit tout ce qu'elle pouvait.

Grftce à la conduite de cette régente si mal jugée, la position des triumvirs était au moins inquiétante pour eux. Ils avaient contre leurs actes le vœu secret de celle dont ils empruntaient la signature; et le prince de Condé, qui était l'objet de leurs rigueurs , avait été sollicité par elle aux actes de dévouement qu'Hs voulaient réprimer.

Condé rassemble sous les murs d'Orléans une armée de gentilshommes; elle se partage en divers corps sous des chefs de noms illustres. Avec les Chfttillons, on y voit Antoine de Croï , la Rochefoucauld, Rohan, Grammont, et nombre d'autres seigneurs considérables. Ils jurent au prince fidélité et obéissance jusqu'à la majorité du roi ; ils s'engagent à tirer le jeune inonarque de sa captivité y et à faire exécuter l'édit de janvier. La Normandie se déclare pour le prince de Condé ; la Provence et le Dauj^iné, qui déjà s'étaient armés un moment après l'exécution d'Amboise, reprennent les armes.

DES GUERRES DE COUR

Grnidé négocie avec la reine d'Angleterre pour j opposer les secours qu^il attend d'elle à ceux que son ennemi reçoit du roi d^Espagne.

Les triumvirs forment aussi leur armée ; ][>eu de noblesse la compose^ mais leurs agents font dea recrues dans la populace de Paris ^ et les deux, partis ont chacun dix mille lionunes à s'opposer.

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