‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 132 sur 478 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Situation respective des partis.

Quand le roi, fatigué de sa mère^ jaloux de son frère, se défiant des Guises^ s'est jeté dans le parti de Coligny^ où les plus fortes haines contre les mêmes personnes étaient invétérées> il a par cela même armé tout ensemble l'amiral contre sa famille et sa famille contre l'amiral. U a armé de ses passions, de la violence de son caractère, de son redoutable pouvoir, de son inviolabilité même^ les passions^ les haines^ les ressentiments de l'amiral, déjà si fort de la confiance de la reine de Navarre, de Taffection des jeunes princes^ de celle de la maison de Montmorency, son alliée, et surtout de son propre caractère; il a armé la reine mère et le duc d'Anjou de toutes les résolutions que peuvent inspirer l'orgueil irrité^ la crainte de la plus affligeante dégradation^ et Tespérance de l'impunité.

(1) Anquetil, t. II, p. 10.

Coligny gouvernant le roi, il n*est rien que le duc d'Anjou et la reine ne puissent craindre de son ambition, de sa haine, de ses ressentiments; il n'est rien, en efiet, qu'il ne puisse se permettre impunément contre eux, soit par justice, par fantaisie ou par intérêt. Que résultera-t-U de cet état de choses?

Menacé par la famille entière des princes lorrains, il se connaît dans le fils de François de Guise, tué par Poltrot, un ennemi qui croit se devoir à tous les autres, et avoir à venger un assassinat de guet-apens dont la revanche est généralement attendue. Les Guises doivent donc être effrayés de son crédit.

Ses ennemis croient avoir d'autant plus à craindre de lui qu'il aurait tout à craindre d'eux si le roi l'avait en aversion comme eux, slls étaient dans son affection conune lui.

Son ennemi principal est le duc d'Anjou.

Le duc d* Anjou, lieutenant général et généralissime des troupes françaises^ est au moment de perdre, avec ces titres, l'autorité et les profits du commandement, et les amis importants qu'il lui donne, et les ennemis qu'il lui soumet. Il voit ses partisans et les amis de la reine écartés; il prévoit son isolement dans le vide que va faire autour de lui la haine de son frère.

La reine, qui n'a plus d'appui à espérer du duc d'Anjou, ni des guerriers courtisans qui ont attaché leur fortune à sa gloire, tels que Tavannes, Cossé et autres, comme lui disgraciés et retirés dans leurs terres; la reine, que Coligny a prétendu séparer du roi, et dont il a osé déclarer que les influences étaient funestes pour le jeune monarque, appréhende d'être renvoyée à Florence; il ne s'agit pas pour elle de sauver des ressources à son ambition, de maintenir l'éclat qui l'environne dans une cour qui a si Jongtemps été la sienne : il s'agit de son état de reine mère dans un grand royaume, au moins de mère honorée près d'un fils qui lui doit sa couronne; il s'agit de toute son existence.

Le duc d'Anjou ; qui a besoin d'elle, de son génie, de son expérience, de son caractère, pour résister, comprend la cause maternelle dans ses intérêts propres.

Qu'à ces motifs de défiance et de malveillance réciproques se mêlent quelques causes d'irritation et quelques mouvements de peur

de part ou d'autre^ la guerre entre le duc d'Anjou et Tamiral sera une guerre à mort.

, Teile était la perspective qui effrayait les regards pénétrants aux mois de mai et de juin 1572. Elle était masquée, pour le vidgaire^ par les apprêts du mariage de Marguerite, sœur du roi, avec le prince de Navarre; par l'arrivée à la cour des protestants les plus considérables, par celle de Jeanne d'Albret et de Tamiral de Coligny. La mort inattendue qui frappa, le 10 juin, la reine de Navarre, le deuil qui suivit cet événement, l'absence du jeune prince de Béam, arrêtèrent quelques jours la marche des affaires; mais elles reprirent bientôt leur cours.

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