‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 135 sur 478 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Exaspération réciproque du dœ d'Anjou et de Coligny au sujet de la guerre de Flandre. — Coligny attaque sans ménagement la mère et le fila dans l'esprit du roi. — Ils apprennent ses conseils à leur égard. — Le duc d'Anjou et son conseil décident que la reine fera son possible pour regagner son empire sur le roi, et qu'on se défera de l'amiral ; le duc d'Anjou se déclare chef du parti ; les Guises s'engagent à le servir. — Conférence de la reine avec le roi à Montpipeaux. — Mesures prises par le duc d'Anjou et sa mère pour faire périr l'amiral. — Coup d'arquebuse tiré sur lui , dont il n'est point tué , mais seulement blessé.

Le duc d'Anjou, en sa qualité de lieutenant général du royaume , présente au roi un rap> port sur le désastre de Mons et sur les moyens d'en prévenir les suites. Il propose de faire lever dès troupes par les mestres de camp du roi, « afin que les soldats ne prennent parti sous les mestres de camp des huguenots^ » C'està-dire, afin que Coligny ou ses subordonnés ne fassent pas d'enrôlements. U propose de plus de faire miurcher Strozzi avec ses troupes ea Picardie.

Tavannes présente aussi au roi un avis vive» ment et fortement exprimé, sur le danger de laisser lever des gens de guerre sans commandement de Sa Majesté, d'accoutumer les particuliers à une pareille autorité, qui emporte avec elle la faculté de mettre le royaume à la guerre guand ils voudront y et déterminera enfin le roi d'Espagne à la déclarer, a Cette guerre une fois commencée, dit-il, ne pourra avoir fin, sinon par la ruine de Fun des deux rois, la paix n'étant en la puissance du roi de France, pour être (parce qu'il est] dans la subjection de partie de son peuple qui veut la guerre, et n'a rien à livrer en garantie de la paix.^ . Soit qu'oa veuille la guerre ou non, il est nécessaire de désaccoutumer cette partie du peuple de créercapitaines, envoyer enseignes s'élever quand il lui phist. Faut que tout se lève par commission du roi pour garder les frontières, si l'on ne veut rappeler Strozzi, ce qui est le plus, court et le plus sûr chemin, i»

L'amiral tient ferme ; il s'indigne qu'on trouve mauvais de voir ceux de la religion s'évertuer pour servir le roi et lui conquérir la Flaur dre. a U ne cognoit, dit Tavannes , ou ne veut pas considérer la légèreté du roi Charles, la

puissance que la reyne a sur ses fils par ses créatures^ qu'elle leur a données pour serviteurs dès leur enfance. Il essaye de mettre la division dans la famille^ remontre au roi qu*il ne fera jamais rien que vaille s'il ne limite le pouvoir de sa mère, et s'il ne chasse son frère hors du royaume. Il propose de l'envoyer en Pologne, où le trône est vacant par la mort de Sigismond.

On apprend alors que le duc d'Anjou vient d'être élu roi de Pologne ; et il se répand qu'il n'est point pressé de quitter la France, qu'il y est retenu ou par une ambition vague ou par son amour pour la princesse de Gondé ; qu'il regarde sa royauté de Pologne conmie un exil; que sa présence à la cour de France fatigue le roi, impatient de le voir partir, a L'amiral, dit Tavannes , estant adverty de l'élection , il répand qu'il faut que Monsieur déclare ne vouloir sortir de France si , après avoir refusé le royaume d'Angleterre par alliance , il rejette celui de Pologne par élection. » Ce discours était la plus cruelle offense que l'amiral pût Caire au prince. Celui-ci n'avait jusque^à vu en Goligny qu'un ennemi de sa gloire et de son autorité ; il fut forcé d'y voir enfin un ennemi de sa personne^ de sa sûreté^ de sa liberté, peut-être de son existence, puisqu'il exaltait la haine du roi et attirait sur lui sa colère.

£n effet, les visites du duc d'Anjou et de sa mère au roi, ensemble ou séparément, devinrent pour eux ctes crises effrayantes. Le Laboureur raconte ce qui Suit : « Le duc d'Anjou entrant un jour dans la chambre du roi , qui se promenait familièrement avec Tanural^ il vit le roi changer de visage à son arrivée, et, de serein qu'il était auparavant, reprendre la fureur de ses yeux, porter les mains sur la garde de son poignard, et faire des mines qui firent tout aussitôt retirer le duc d'Anjou tout en désordre, pour en porter les nouvelles à la reine mère. Elle lui dit alors qu'il ne fallait plus marchander; mais, pour être plus assurée, elle épia la sortie de l'amiral, et vint, avec un visage mêlé de sérieux et de gaieté, demander au roi ce qu'il avait appris d'une si longue conversation. J'ai appris, lui dit-il en blasphémant, madame, que je n^ ai pas d€ plus grands ennemis que vous et mon Jrère; et, se promenant à grands pas, la laissa là bien étourdie d'un si dur accueil, qui la fit sortir sans aucunement

ÉBAUCHE HI8T0WQUE

délibérer. » A la suite de ce récit, le Laboureur dit que la reine assembla aussitôt un conseil , où l'on conclut sur-le-champ avec elle qu'il se fallait défaire de l'amiral.

Le duc d'Anjou, étant roi de Pologne, à la suite d'une nuit fort agitée par les souvenirs de la Saint-Barthélémy, raconta au marquis de Souvray, son plus intime confident, et à Miron , son médecin, peu de jours après son arrivée à Cracovie, une scène qui, malgré quelques différences avec celle que rapporte le Laboureur, pourrait bien être la même : « Partant de mon logis, dit- il, pour aller voir le roi , comme je fus entré dans sa chambre et demandé où il était, et quelqu'un m'eut répondu qu'il était dans son cabinet, dont tout premièrement f amiral venait de forfir (i) , qui y avait été seul fort longtemps; j'y entrai incontinent, comme j'avais accoutumé; mais sitôt que le roi mon frère m'eut aperçu, sans me rien dire, il commença à se promener furieusement et à grands pas^ me regardant fort souvent de travers et de fort mauvais œif^ mettant la main sur sa dague^ et d'une façon si animée que je n'attendais autre chose qu'il me vint colleter pour me poignarder. Et comme il continuait cette façon de marcher et ses contenances si étranges, je fus fort marry d'être entré, pensant au danger où j'étais, mais encore plus à me retirer; ce que je fis si dextrement, que, lui se promenant ainsi et me tournant le dos , je me retirai promptement vers la porte, que j'ouvris; et, avec une révérence plus courte que celle de l'entrée, je fis ma sortie, qui ne fut quasi aperçue de lui que je ne fusse dehors, tant j'en sus prendre le temps à propos; et ne la peus faire pourtant si soudaine qu'il ne me jetât deux ou trois fois des œillades, sans me dire ou me faire autre chose, ni moi à lui, que tirer la porte doucement après moi, faisant mon compte de l'avoir, comme on dit, belle échappé.

a De ce pas, je m'en allai trouver la reine ma mère, à laquelle faisant tout ce discours, et rejoignant ensemble tous les rapports, avis, suspicions, le temps et toutes les circonstances passées avec cette dernière rencontre, nousde-

(1) Dans le récit de le Laboureur , le prince trouva Tamiral avec le roi. {Discours sur la vie de Henri III.)

DES GUERRES DE COUR

meurftmes l'un et l'autre persuadés et comme certains que l'amiral était celui qui avait imprimé au roi quelque mauvaise et sinistre opinion de nouS; et résolûmes dès lors de nous en défaire, et d'en rechercher les moyens avec madame de Nemours. »

Ce récit parait se rapporter à la première des deux visites cpie le Laboureur a racontées; c'en est la confirmation. Le roi de Pologne ne parle pas de celle de sa mère qui suivit la siemie, et précéda la résolution de se défaire deFamiral; mais son omission n'infirme pas ce qu'il dit de la réception que lui fit son frère. La scène faite à sa mère, dont il n'avait pas été témoin , a pu ne pas se représenter à sa mémoire à Cracovie y et d'mlleurs lui paraître moins frappante et moins concluante que sa propre aventure pour justifier ses craintes et l'assassinat de précauiion dont il voulait s'excuser.

Quoi qu'il on soit , on voit ici dans l'âme du duc d'Anjou un troisième sentiment, celui de la peur, se joindre à la haine et à la jalousie conjurées contre l'amiral, qu'il regardait comme la cause de la malveillance et de la colère royale; et l'on ne s'étonne pas de voir la peur enfanter le projet d'un assassinat dans une âme lâche et méchante, que soutenait la certitude de l'impunité. Jamais il n'avait été plus naturel que couardise fût mère de cruauté.

La mort de Tamiral est donc résolue. « Le duc d'Anjou, dit le Laboureur, se déclare chef du parti, et la maison de Guise lui promet service, » c^est-à dire un bras pour assassiner l'amiral.

La déclaration de Cracovie confirme et développe ces paroles de l'historien : « Nous résolûmes, dit le roi de Pologne, de rechercher les moyens de nous défaire de l'amiral avec madame de Nemours... (I); et l'ayant fait appeler et conféré avec elle,... nous en-

Ci) Madame de Nemours était fille de Charles d'Aumale, petite-nièce de François de Guise assassiné par Poltrot, et cousine issue de germaine de Henri de Guise, qui se donne pour vengeur de François son père. Madame de Nemours était une trèsjeune femme. Remarquez Tesprit de la famille de Guise à l'égard de Tamiral, que Ton supposait avoir commandé le coup porté par Pol trot; remarquez surtout les mœurs du temps, qui mêlent une jeune princesse à la manœuvre d*un assassinat

voyàmes quérir incontinent un capitaine gascon;... mais à l'instant môme nous vîmes bien quil ne fallait pas nous servir de lui :... nous le jugeâmes trop écervelé et éventé (quoi-' que assez courageux et hasardeux) pour l'entreprendre, mais non pas sage et prudent pour l'exécuter. De façon que, l'ayant remis à une autre fois pour lui dire le reste, nous advisâmes aussitôt de nous servir de Montravety comme d'un instrument plus propre et déjà pratiqué et expérimenté à l'assassinat, que peu devant il avait conmiis en la personne du feu Mouy...

a Après... que nous eûmes discouru des moyens et de la facilité d'y parvenir, nous n'y en trouvâmes point de plus favorable que celui de madame de Nemours , qui avait l'un des siens logé bien à propos pour cet efiet. » Le moyen donné par madame de Nemours était de faire tuer l'amiral d un coup d'arquebuse qui serait tiré par la fenêtre du logis indicpié par elle.

En attendant, de Sauve et de Retz conseillent à la reine de reprendre assez d'empire sur le roi et de regagner assez sa confiance pour n'avoir point à craindre personnellement les premières éruptions de sa colère , et pouvoir même en préserver le duc de Guise, qui se déclarera le vengeur de son père; ensuite l'adoucir, et enfin l'apaiser.

La marche de la reine mère est réglée sur cet avis. Voici comment Tavannes la décrit ;

a Le roi chasseur, dit-il, va à Montpipeau; la reine y court. Enfermée en un cabinet avec lui, elle fond en larmes, et dit : 7^ n^eusse pensé que^ pour avoir pris tant de peine à vous élever^ vous avoir consente ta couronne que les huguenots et tes catholiques vous vouloient oster y après m*étre sacrifiée pour vous et encouru tant de hasard%^ que vous m^eussiez voulu donner récompense si misérable. Vous vous cachez de moi, qui svis votre mère, pour prendre conseil de vos ennemis. Vous vous ostez de mes bras pour vous appuyer des leurs, qui ont voulu vous assassiner. Je sais que vous tenez des conseils secrets avec famirai; vous désirez vous plonger en la guerre d'Espagne inconsidéré' ment, pmtr mettre votre royaume, vous et nos personnt-s, en proie de ceux de la religion. Si je suis si malheureuse avant que de voir cela, donnf-z-moi congé de me retirer au lieu de ma naissance, et éloignez de vous votre frère, qui

ÉBAUCHE HISTORIQUE

ne peut nommer infortuné d'avoir employé sa vie pour conserver la vôtre. Donnez-lui au moins le temps de se retirer du danger etpré- . sence de ses ennemis acquis en vous faisant service, huguenots qui ne veulent la guerre dEspagne, mais celle de France et la subversion de tous Estais , pour s'étqblir.

t Cette harangue artificielle (artificieuse] esmeut^ estonne^ espouvante le roi, non tant des huguenots que de sa mère et de son frère , donf il sait la finesse, ambition et puissance en son Estât ; s'esmerveille de ses conseils révéliez (s'étonne de ia révélation de ses conseils), les avoue, demande pardon, promet obéissance, d

L'entretien de Montpipeau produisit moins ^ comme on voit^ un retour de tendresse du fils vers sa mère^ que de soumission à l'ancien ascendant de sa tutrice , que l'appréhension de son ressentiment , et la honte de la voir .instruite de sa marche secrète ; son résultat fut de jeter le roi dans l'incertitude sur son grand projet contre la Flandre. Mais Catherine a jeté des semences fécondes dans son esprit; elle n'en attendra pas longtemps les fruits.

a Cette défiance semée, continue Tavannes^ ce premier coup porté , la royne continuant son mécontentement, se retire à Monceaux. Le roi tremblant la suit^ la trouve avec son frère^ les seigneurs de Tavannes^ de Retz et de Sauve, lequel de Sauve se met à genoux^ et reçoit pardon de Sa Majesté pour avoir révélé ses conseils à sa mère. »

On conçoit bien que la faiblesse du roi ne se borne pas à pardonner ; il fait un mérite à de Sauve d'avoir mis sa mère dans une confidence qui éveillait sa sagesse et sa tendresse, et lui en témoigne de la reconnaissance. Alors tou» ks amis de Catherine s'évertuent contare les huguenots; c'est à qui les duvgera de plus d'imputations odieuaes. « Leur infidélité , leurs braveries ^warades)^ leur audace^ leurs menaces, aont magnifiées (exagérées) avec tant de vérité et artifices ( avec un air de vérité si artificieux)^ que damis^ les voilà ennemis du roi, » c'est-à-dire que le roi est frappé de leurs mauvaises intentions et voit en eux des ennemis. Il promet de se garder de leurs atteintes; cependant il demande des preuves , et l'amiral fait toujours exception dans son esprit; le projet de la guerre d'Espagne ne lui parait pas devoir être compris au nombre des mauvais

desseins des huguenots; il en attend toujours du renom et de la gloire, a Fluctuant, dit Tavannes, il ne pouvoit perdre le désir conçu d'obtenir gloire et réputation par la guerre espagnole. » Mais la reine mère en a fait assez pour le moment. Il lui suffit « d'avoir disposé le roi sans lui en dire davantage ^ » ou plutôt il suffit d'avoir mis en tête au roi que le parti de Coligny est ennemi de sa personne et de son autorité. Le roi se retire; elle reste avec M. d'Anjou et deux conseillers seulement^ de Retz et de Sauve. Si l'on en croit Tavannes, il n'assista pas à la conférence qui suivit la visite du roi. a La reyne^ dit-il^ jugea qu'il n'y alloit seulement de TEstat de la France , mais de ce qui luiestoit plus proche^ savoir^ le gouvernement du royaume, prévenir son renvoi à Florence et le danger de M. d'Anjou. Elle résolut avec ses deux conseillers et M. d'Anjou la mort de l'amiral, croyant tout le parti huguenot consister en sa tête , espérant , par le mariage de sa fille, r'habiller tout. Elle résont l'exécution , et de se couvrir du prétexte de ceux de Guise , dont l'amiral avoit aidé à faire tuer le père. »

Cette narration de Tavannes nous apprend que la reine et le duc d'Anjou ne s'en tinrent pas, pour l'exécution de leur projet, à la décision qu'ils avaient concertée avec madame de Nemours. Ils crurent devoir s'autoriser de Tavis dé deux hommes d'État, et s'assurer du concours de la famille de Guise, qui n'était pas suffisamment représentée par la jeune duchesse de Nemours. Le duc d'Anjou s'adressa au duc d'Aumale, aïeul de madame de Nemours, le pkv «nni de h familTe alors présent à la cour, et concerta définitivement avec lui l'exécution. « Le cardinal de Lorraine absent, dit Tavannes, le pacquet s'adresse à M. d'Aumale, qui le reçoit avec joie. Morver (Maurevel), assassinateur de Moûy , est choisi; il promet de tuer l'amiral d'une arquebusade. M. d'Aumale le loge dans le logis de Cbailly, son maître d'hôtel. »

Cependant les noces de Henri de Navarre et de Marguerite de Valois se célèbrent : la messe de mariage a lieu le 18 août, à quatre heures après midi, quatre jours avant le meurtre projeté. L'amiral était à la cérémonie; Jacques de Thou, l'historien, l'a vu montrer à Damville les drapeaux de Rassac et de Montcontour,

DES GUERRES DE COUR

suspendus aux murs de Noire -Dame, tristes monuments de la défaîte de son partie et lui a entendu dire ces paroles : Dans peu, on les arrachera de là, et (m en mettra d'autres à leur place qui seront plus agréables à voir. Il voulait parler des trophées qui seraient rapportés de la guerre de Flandre, qu'il croyait résolue.

Tavannes cite un autre mot de lui^ qui prouvait sa confiance dans Taffection du roi : il dit en gaussant : a Je demande les cinquante mille écus promis à celui qui apporteroit ma tête. »

Le mariage donne lieu à nombre de fêtes: « masques^ bagues, ballets^ ne s'épargnent, d Quatre jours se passent ainsi ; cette perte de temps, la dissipation du roi, lassaient la patience de Coligny, toujours occupé de son projet de guerre. « Il presse ^ importune, se fasche contre Tesprit de la cour, qu'il croit ensevely dans les tournois et les mascarades, d

Rappeler un prince, comme Charles IX , du plaisir aux affaires, se dépiter contre lui , censurer amèrement sa dissipation, c'était prendre une autorité qui devait déplaire; c'était confirmer ce que Ton disait aux oreilles du roi : que Coligny voulait le gouverner; c'était une témérité fort intempestive. Le moment était mal pris pour exciter Phnmeur d'un prince déjà mal disposé; mais l'amiral ne s'en tint pas là : tout à coup il menace de partir. De pailir ! « C'était, au dire de Tavannes, le premier son de trompette de la guerre civile!... »

Le vendredi ^ août, quatre jours après le mariage de Henri de Navarre, <« l'amiral ayant accompagné le roi au jeu de paulme, proche le Louvre, et retournant à son logis sur les onze heures du matin, c<xnme il fut devant la maison de Villemur, précepteur du duc de Guise, et allant tout bellement, parce qu'il lisoit une requête qu'on lui avoit présentée, un gentilhomme, qui avoit autrefois servi le duc de Guise, lui tira d'une fenêtre une arquebuzade de deux balles. Une de ces balles lui emporta le doigt indice (l'index) de la main droite, une autre le blessa au bras gauche. L'amiral ne dit mot, et montra seulement le lieu d'où on lui avoit tiré le coup; et, regardant son escuyer d'escurie qui estoit auprès de

lui, lui dit : Yolet, allez dire au roi ce qui m'est advenu (i).tt

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