‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 139 sur 478 · ÉBAUCHE · texte numérisé non relu

ÉBAUCHE

« Après avoir reposé seulement deux heures delà nuit (reposé !... reposé deux heures!..» seulement deux heures !), ainsi que le jour commençoit à poindre^ le roy, la royne ma mère et moi allasmes au portail du Louvre, joignant le jeu de paulme, en une chambre qui regarde sur la place de la basse-cour^ pour voir le commencement de Pexécution^ où nous ne fusmes pas longtemps, d II peut paraître invraisemblable , impossible même^ que ces trois personnes aient ignoré jusqu'à la pointe du jour Teffroyable exécution qui s'était Taite dans le quartier Saint-Germain FAuxerrois et au Louvre même. Cependant le fait est croyable^ parce que l'arrangement concerté avec le duc de Guise était de mettre la mort de l'amiral sur le compte de la vengeance filiale ^ et le massacre qui suivrait sur le compte de la/urt> populaire. De sorte que les trois personnages principaux^ le roi, la reine mère et le duc d'Anjou^ devaient éviter de paraître; ils devaient être renfermés dans leur chambre^ dormir^ ignorer ce que l'audace du duc de Guise entreprendrait; toutes les communications devaient être interdites entre leur service intérieur et le dehors : et Ton sait que les précautions sont bien prises autour des rois et des princes pour que rien ne trouble leur repos.

Le duc d'Anjou continue : « Ainsi que nous considérions les événements et la conséquence d'une si grande entreprise^ à laquelle^ pour dire vray^ nous n'avions jusques alors guières bien pensé (i), nous entendismes à l'instant tirer un coup de pistolet, et ne saurions dire en quel endroit , ny s'il offensa quelqu'un : bien sçay-je que le son seulement nous blessa tous trois si avant en l'esprit , qu'il oflença nos sens et nostre jugement , espris de terreur et d'appréhension des grands désordres qui s'alloient lors commettre. » Ils furent épris de terreur, non pour les victimes désignées, mais pour eux-mêmes. Ils crurent qu'on pouvait bien avoir tiré sur eux ce coup de pistolet, et qu'il

(1) Cette légèreté est fort possible. Remarquez Fâge des hommes qui faisaient couler tant de sang: Charles IX avait vingt-deux ans, le duo d'Anjou dix-neuf, le duc de Guise vingt et un ; d'ailleurs dans ce haut rang on ne voit que la mort de son ennemi ; quant à la multitude qui devait périr avec lui, on ne prend pas garde à cela.

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