‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 170 sur 478 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

LE ROI, LA REINE MÈRE, LE DUC D'ANJOU

LE 101. — Eh bien, madame, êtes-vous con^ tente? le conseil, dont vous venez d'entendre l'avis, s'est-il assez clairement expliqué sur votre prétendue nécessité d'expédier Tamiral et ses amis? a-t-on montré assez d'horreur pour ce projet? Vous ne vous attendiez pas que de Retz, en qui vous avez tant de confiance, Faccuserait de déloyauté, de perfidie et d'atrocité? Vous avez frémi quand vous avez entendu de sa bouche qu'il n*y avait esprit si cruel et si brutal qui ne s'effroydi de voir une telle boucherie de gens irréprochables, et d'autres venus sur la foi publique et assurés de ma clémence.

LA RBiiiE. — J'ai frémi d^ndignation contre cet indigne flatteur, contre ce traître qui vous a perdu (*) !

LE Boi. — Perdu, parce qu'il m'a préservé d'une atrocité I

LA BBiNB. —Parce qu'il vous a fait rejeter comme monstrueuse une résolution nécessaire.

LE fioi. — Nécessaire à vous, sans doute?

LA BBiNE. — A vous-même... Le conseil que vous venez de tenir est le dernier de votre règne...

LE BOf . — Qu'est-ce à dire ?

LA RBitiE. — De ce moment , votre couronne est tombée de votre front, et votre règne est fini.

LB BOi. — Expliquez-vous...

LA BBINB. — Dans une heure la proposition disèutée dans votre conseil sera éventée ; tout Paris en sera informé.

LB BOi. — Eh bien?...

LA BBINB. — Eh bien ! le moins qui puisse vous en arriver, c'est que vos huguenots fassent incontinent leur paquet et s'évadent de Paris.

LB BOi. — Serait-ce un si grand malheiur?

O Discours de Henri m, XX.

LA BBiM. — Us sortiront aujourd'hui de Paris pour y revenir demaini, pour y revenk en corps d'armée, et mettre Je siège devant votre Louvre...

LB ODC d'anjou. — Si les huguenots sont instruits de ce qui vient d'être dit dans le conseil, ils ne sortiront pas de Paris pour prépa* rer leur vengeance, elle est toij^ prête. 11 y a ici huit cents gentilshommes à la disposition de l'amiral , tous venus en bon équipage et nourris dans les guerres civiles; ajoutez huit mille huguenots établis dans la ville et au faubourg Saint-Germain, qui lai sont dévoués ; au premier signal, ils fondent sur nous. Us s'arment peuU^re en ce moment (*).

LE BOi. ~ Qu'on rappelle les gens du conseil,.. Us ne éoivent pas être lom...

LE DUC d'anim, après avoir regardé par la fenêtre. — Ils ne sont pas encore à la porte du Louvre...

LE KOI. — Que l'on coure bien vite pour les faire revenir. Je n'avais pas fait cette réflexion que, le projet ayant été mis en délibération, il ne pouvait être rejeté sans un danger éminent... (Après un long silence.) Cependant ils sont ici sur la foi de mon amnistie !

LA BEI NE. — Vous Bvcz accordé l'amnistie sur la foi de leurs promesses de soumission, et ils sont en révolte.

LB BOi. — Os sont en révdte, parce que vous les y avez mis.

LA BEI MB. — Ils y sont : n'importe par quelle cause. Ils y sont, ils vous menacent, ils nous menacent tous. D'un autre c6ié, le duc de Guise se met sur ses gardes : les car tholiques se défendront, si vous ne les défendez; ils y sont résolus; ils ont arrêté entre eux d'élire un capitaine général pour prendre leur protection et faire Ûgue offensive et défensive contre les huguenots. Voulez -vous voir toute la France se partager entre eux, et votre trône tomber en poussière devant le victorieux (*•)?

n Pierre Mathieu s'exprime'aînsi : « On ne s'amusa point à discourir si l'on devoit suivre les formes de justioe contre radmiral ; ily avoit à la cour huit cents gentilshommes nourris parmi les guerres civiles, venus en bon équipage, et tous à sa disposition ; il y avoit dans Paris huit mîUe hommes de sa religion. » Règne de Charles IX, an 1&72.

(••) Discours de Henri 111, XVUI.

LA PROSCRIPllON DE LA SAINT-BARTHÉLEMY.

LB Boi. — Ah ! ce scélérat de Guise ! je vous | amis, ou la guerre civile. Il vaut mieux gagner

le disais bien !

LA BBiNE. — Il n'est plus temps de récriminer.

LB Boi. — Non, ni de délibérer; il faut agir. Je vais leur parler. .. mort^Dieu ! et de la bonne façon.

05 GBflTILHOMMB DB LA CHAMBBB. — MCS-

sieurs du conseil reviennent sur leurs pas, et seront ici dans un moment.

LE Boi, à sa mère. — Vous m'appuierez au moins!

LA BEI NE. — Assurément.

LB Boi, à son frère. ^ Vous m'appuierez?

LB DUC d'anjou. —J'y suis intércssé comme vous.

LE Boi. — Il faut leur faire sentir fortement la position où nous sommes : Guise d'un côté, Coligny de l'autre ! Parla mort-Dieu! il feut sortir de là.

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