‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 171 sur 478 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LES utuEs, LE MARÉCHAL DE TA VANNES, LE MARÉCHAL DE RETZ, BIRAGL^, NEVERS, ET MONTPENSIER.

LB Boi — Messieurs, je me suis laissé aller comme vous à de beaux sentiments;... mais si Ton n'exécute pas ce qui a été proposé, c'en est fait de mon état et de ma couronne. Si la nuit se passe sans cette expédition, je serai prévenu; il ne sera plus temps demain. Votre morale est fort belle; mais elle protège des traîtres et des rebelles dont les mauvais desseins me sont connus (*)•

LE MABi^cHAL DE BETz. — Sîrc, si j'ai été égaré , c'est par un excès de zèle pour la gloire de Votre Majesté.

LE Boi. — n ne s'agit pas de ma gloire, mais de ma couronne et de ma vie; ceux qui trouvent mauvaise une résolution salutaire ne sont pas de mes serviteurs (**).

LE MABÉCHAL DE TAVANNES. — NoUS aU-

rons ou la tête de l'amiral et de ses principaux

(*) Le discours du roi aa conseil est littéralement extrait de Pierre Mathieu, passage cité plus haut.

(••) Voyez la note extraite de Pierre Mathieu, p. 186.

une bataille dans Paris, où tous les chefs sont réunis, que de la mettre en doute dans la campagne, et tomber en une dangereuse et incertaine guerre (*).

LE DUC d'anjou. — Il vaut mieux battre sans combattre , que de combattre sans avoir la certitude de vaincre.

LA BEiKB. — Je n'ai pas été surprise que plusieurs d'entre vous, à qui je crois une sincère affection pour les intérêts du roi, aient été plus efifrayés du projet de dépêcher l'amiral et deux ou trois autres chefs du parti, que du danger du roi même et de l'approche d'une guerre civile. J'ai à me reprocher de ne vous avoir pas mis à découvert toute retendue et toute l'iihminence du danger; je voulais épargner au roi des inquiétudes inutiles. Maintenant je ne dois rien cacher; voici l'état des choses : l'amiral a expédié plusieiu^ dépêches en Allemagne pour y faire une levée de dix mille reltres, et d'autres aux cantons protestants de la Suisse, pour avoir dix mille hommes de pied. Des capitaines français, partisans des huguenots, sont déjà en route pour faire des levées dans le royaume ; le lieu, le temps du rendez-vous sont arrêtés et indiqués. Beaucoup de villes, communautés et peuples doivent se révolter au moment déterminé; j'ai sur cela des avis certains (**).

Les troupes du roi ne sont point bastantes, à moitié près, pour y résister. Mais ce n'est pas tout : apprenez, messieurs, que les catholiques, ennuyés de tant de guerres et vexés de tant de calamités, ont résolu d'y mettre fin, et ont arrêté d'élire un capitaine général pour prendre en main leur protection , et faire une ligue offensive et défensive contre le parti huguenot. Ces mêmes catholiques, au contraire, demeureront dans Tobéissance due au roi , si on sacrifie l'amiral et deux ou trois hommes; alors ils seront contents et satisfaits {***).

LE DUC d' ANJOU. — Rieu n'est plus facile que d'écarter tout danger. Les plus considérables de nos ennemis se sont réunis autour de l'amiral; ils sont sous la garde de Cosseins; aucun protestant n'en peut approcher: ainsi,

(*) Propres paroles de Tavannes, Mémoires, XLl. (••) Discours de Henri III, XVII, ("•) Idem, XVIII.

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