‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 174 sur 478 · TAVANNE · texte numérisé non relu

TAVANNE

LE MARÉCHAL DE TA VANNES. — Madame,

quel est cet abattement où je vous vois au moment décisif, quand nous avons le plus grand besoin de vous, madame (**)?

LA REINE. — Quelle effusion de sang t quelle boucherie !

LE MARECHAL DE TAVANNES. —7 VoUS épar-

grieâ: notre sang en versant le leur.

LA REiNK. — , Combien d'innocentes victimes ! Quel massacre ! quel carnage I

LE MARECHAL DE TAVANNES. — ImputOZ-Ic

aux chefs qui l'ont rendu nécessaire. Ne serions-nous pas aussi d'innocente:; victimes? Aimez-vous mieux tomber sous leurs coups?

LA RBiNE. — Malheureuse! J'ai horreur.de la vie... comme de la mort.

LE MARECHAL DE TAVANNES. — C'oSt la mort

et l'ignominie qu'ils vous ont destinées. Ils VOUS accusent hautement de la blessure de l'amiral.

LA HEINE, se levant. — Ils m'accusent! De Guise aura parlé.

LE MARECHAL DE TAVANNES. — GuisC af-

(*) De Thou dit que tous ceux qui étaient du secret tenaient conseil aux Tuileries sous prétexte de pr<h menade, et ce fut là qu'on prit les dernières mesures pour Texécution du complot, XXI.

(•♦) Tavannes, LV.

LA PROSCRIPTION DE LA SAINT-BARTHÉLEMY

firme son innocence^ mais n'accuse personne.

hK BiiifB. — Les soupçons qu'il détourne loin de lui tournent sur nous.

LB habAchal d& TATANifBs. — L'arqucbuse dont s'est servi Maurevert accuse un serviteur du duc d'Anjou.

LA BBiNB. — * Comment?

LB HABÉCHAL DE TAVANBBS. — Elle B été r©*

connue pour être une arme de l'uniforme des gardes du duc d'Anjou.

LA BBiNE. — De l'uniforme ! Quelle imprudence!... {Après un silence.) Avez-vous pensé, monsieur le maréchal, aux périls qui accompagnent une telle entreprise?

LB MABBGHAL DB TAVANNB8. — Il OSt pluS

facile et plus sûr d'en tuer tout d'un coup cent irille qui ne s'y attendent pas , que d'en tuer vingt dont la mort mettrait les cent mille sous les armes 0*

LA BBiNB.— Cent mille, quel carnage !... Et s'ils résistent?

LE MABBGHAL DB TAVAlf NBS. — IlS SOUt priS

au dépourvu.

LA BBINB. — Hais où trouverez -vous des bras &i assez grand nombre?

LB MABBCRAL DE TAVAHNBS. — NoUSdonUe-

rons le pillage aux meurtriers (**).

LA BBINB. ' Mais plus tard 1 la justice, la vindicte publique 1

LB MABBGHAL DB TAVANNES. — En multipliant les coupables , vous assurez l'impunité. On peut punir vingt, trente meurtriers, on n'en punit pas cent mille*

LA BBINB. — Mais la honte!

LB MABÉCHAL DB TAVAlfNBS. — La hOUte I OU

ne rougK de rien avec cent mille complices. Une victoire remportée sur un parti ^memi passe aisément pour glorieuse, fût-elle criminelie* Le mépris n'atteint pas à des actes de si grande portée. La honte! le duc de Guise se fera un honneur de la mort de l'amiral et de ses amis ; le reste sera impute à la canaille.

(*) Ces paroles sont la traduction d'une phrase de Tavannes à Toccasion du projet de massacre : « 11 vaut mieux, dit^il, gagner une bataille dans Paris, où tous les chefe sont, que de la mettre en doute dans la campagne, et tomber dans une dangereuse et incertaine guerre. » Mémoires àeTày&nnes, XU.

(•*) DeThou, XXIX, LI et Ul; Tavannes, LKVIII.

LA BBINB. — Est-il sûr que lidNic de Goîse ne recule pas devant l'idée d'un massacre général pour satisfave une vengeance particulière?

LE MABÉCHAL DB TAVANNES. -^ 1|, (O dUC

d'Anjou assurera le cardinal de Guiai^ le doc d'Aumale, tous les princes lorrains , que dans le massacre seront soigneusement comprii et leurs ennemis et ceux qui ne seront pa^ de leurs amis 0-

LA BBINB. — Oui... ouiy le duc de Guise ai mettra volontiers à la tète de ce grand attentat... par une raison que vous ne dites pas, et qui est pour nous un sujet d'alarme.

LE MABÉCHAL DB TAVANNES. — Jo Ht VOiS

pas...

LA BBINB. — * Par le pillage il enrichit sa clientèle; par le sang et le meurtre, par la communauté du crime, il cimente le dévouement de sa faction.

LB MABÉCHAL DB TAVANNBS. — Madame, on vous attend au jardin des Tuileries.

LA BBINB. — * Allez-y, je vais vous suivre. (Tavannes sort.)

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