TAVANNE
LE MARÉCHAL DE TA VANNES. — Madame,
quel est cet abattement où je vous vois au moment décisif, quand nous avons le plus grand besoin de vous, madame (**)?
LA REINE. — Quelle effusion de sang t quelle boucherie !
LE MARECHAL DE TAVANNES. —7 VoUS épar-
grieâ: notre sang en versant le leur.
LA REiNK. — , Combien d'innocentes victimes ! Quel massacre ! quel carnage I
LE MARECHAL DE TAVANNES. — ImputOZ-Ic
aux chefs qui l'ont rendu nécessaire. Ne serions-nous pas aussi d'innocente:; victimes? Aimez-vous mieux tomber sous leurs coups?
LA RBiNE. — Malheureuse! J'ai horreur.de la vie... comme de la mort.
LE MARECHAL DE TAVANNES. — C'oSt la mort
et l'ignominie qu'ils vous ont destinées. Ils VOUS accusent hautement de la blessure de l'amiral.
LA HEINE, se levant. — Ils m'accusent! De Guise aura parlé.
LE MARECHAL DE TAVANNES. — GuisC af-
(*) De Thou dit que tous ceux qui étaient du secret tenaient conseil aux Tuileries sous prétexte de pr<h menade, et ce fut là qu'on prit les dernières mesures pour Texécution du complot, XXI.
(•♦) Tavannes, LV.
LA PROSCRIPTION DE LA SAINT-BARTHÉLEMY
firme son innocence^ mais n'accuse personne.
hK BiiifB. — Les soupçons qu'il détourne loin de lui tournent sur nous.
LB habAchal d& TATANifBs. — L'arqucbuse dont s'est servi Maurevert accuse un serviteur du duc d'Anjou.
LA BBiNB. — * Comment?
LB HABÉCHAL DE TAVANBBS. — Elle B été r©*
connue pour être une arme de l'uniforme des gardes du duc d'Anjou.
LA BBiNE. — De l'uniforme ! Quelle imprudence!... {Après un silence.) Avez-vous pensé, monsieur le maréchal, aux périls qui accompagnent une telle entreprise?
LB MABBGHAL DB TAVANNB8. — Il OSt pluS
facile et plus sûr d'en tuer tout d'un coup cent irille qui ne s'y attendent pas , que d'en tuer vingt dont la mort mettrait les cent mille sous les armes 0*
LA BBiNB.— Cent mille, quel carnage !... Et s'ils résistent?
LE MABBGHAL DB TAVAlf NBS. — IlS SOUt priS
au dépourvu.
LA BBINB. — Hais où trouverez -vous des bras &i assez grand nombre?
LB MABBCRAL DE TAVAHNBS. — NoUSdonUe-
rons le pillage aux meurtriers (**).
LA BBINB. ' Mais plus tard 1 la justice, la vindicte publique 1
LB MABBGHAL DB TAVANNES. — En multipliant les coupables , vous assurez l'impunité. On peut punir vingt, trente meurtriers, on n'en punit pas cent mille*
LA BBINB. — Mais la honte!
LB MABÉCHAL DB TAVAlfNBS. — La hOUte I OU
ne rougK de rien avec cent mille complices. Une victoire remportée sur un parti ^memi passe aisément pour glorieuse, fût-elle criminelie* Le mépris n'atteint pas à des actes de si grande portée. La honte! le duc de Guise se fera un honneur de la mort de l'amiral et de ses amis ; le reste sera impute à la canaille.
(*) Ces paroles sont la traduction d'une phrase de Tavannes à Toccasion du projet de massacre : « 11 vaut mieux, dit^il, gagner une bataille dans Paris, où tous les chefe sont, que de la mettre en doute dans la campagne, et tomber dans une dangereuse et incertaine guerre. » Mémoires àeTày&nnes, XU.
(•*) DeThou, XXIX, LI et Ul; Tavannes, LKVIII.
LA BBINB. — Est-il sûr que lidNic de Goîse ne recule pas devant l'idée d'un massacre général pour satisfave une vengeance particulière?
LE MABÉCHAL DB TAVANNES. -^ 1|, (O dUC
d'Anjou assurera le cardinal de Guiai^ le doc d'Aumale, tous les princes lorrains , que dans le massacre seront soigneusement comprii et leurs ennemis et ceux qui ne seront pa^ de leurs amis 0-
LA BBINB. — Oui... ouiy le duc de Guise ai mettra volontiers à la tète de ce grand attentat... par une raison que vous ne dites pas, et qui est pour nous un sujet d'alarme.
LE MABÉCHAL DB TAVANNES. — Jo Ht VOiS
pas...
LA BBINB. — * Par le pillage il enrichit sa clientèle; par le sang et le meurtre, par la communauté du crime, il cimente le dévouement de sa faction.
LB MABÉCHAL DB TAVANNBS. — Madame, on vous attend au jardin des Tuileries.
LA BBINB. — * Allez-y, je vais vous suivre. (Tavannes sort.)