‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 188 sur 478 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Let avift du kieur de Ta vannes irritent l'amiral . — 1^ ralviutstei françaia sont assiégés dans Muns. — Défaite de Genlis. .» Nouveaux avis du duc d*Anjou et du sieur de Tavaones contre la guerre de Flandre- *> Projet poer faire élire le duc d*Aojon roi de P(»logne. — L*aniiral »*enipare de Tesprit du roi. ~~ Conférence de ce prince avec la reine sa mère à M ontpipean. i. On Tinquiète, on excite sa colère. — Mort de ramiral résolue. «» Ifoc-es dn roi de Navarre et de Marguerite de Valois. — L'amiral blessé grièvement fiar Maurevert. — Le roi firuoiet justice. — Son conseil s'assemble. » La perte des buguenou est arrêtée. — Massacre de U Saint- Bartbélemj. — Description de ce massa<*re et de ses suites.

I. Gest advis du sieur mareschal de Tavannes (contre le projet de Goligny de porter la guerre en Flandre), appreuvé des non-passionnezy n*estoit agréable au roy, qui estoit enclin à la guerre, joinct à la vacillation de la reyne, possédée d'espérance, de timidité, et de sa fille, qui devoit estrc reyne de Navarre, de la ter reur d'une guerre estrangère, et du désir de Tavancement de Strosse et de ses parents ; cela embrouille toutes résolutions.

II. L*admiral, entre espoir et désespoir, violentoit les conseils, sans considérer que c'est un mauvais moyen de faire craindre son maistre, avec lequel il tient des colloques secrets.

III. Offre dix mille hommes , ce que le roy ayant dict au sieur de Tavannes , il respond : « Sire , oeluy de vos subjets qui vous porte telles parolles, vous luy devez ùtire trancher la teste. Comment vous offre-t^il ce qui est à vous? c'est signe qu'il les a gagnez et corrompus, et est chef de party à vostrc préjudice ; il a rendu ces dix mille vos subjets à luy, pour s'en ayder à un besoin contre vous. »

rv. Le roy passionné et aveuglé le redit à l'admirai , tournant sa générosité en imprudence , suivant laquelle il croyoit que MM. de Retz et le secrétaire de Sauve ne révéleroient ses conseils à la reyne, sans considérer qu'elle avoit pourveu à ses desseins, luy ayant dès son enfance donné ses créatures : elle dissimule, feint de ne savoir les conseils secrets de son fils tant qu'elle fust résolue.

y. L'ambassadeur d'Espagne insistoit sur la révocation du voyage de Strosse, qui estoit à Bourdeanx avec 8,000 hommes, tous préparatifs maritimes soupçonnez des Espagnols ; divers bruits courent de oest embarquement, en effet préparé pour la Flandre, non pour lePéru, et moins pour la Rochelle, encore qu'aucuns huguenots, qui ont survescu l'admirai, l'aycut creu.

DE LA PROSCRIPTION DE LA S^INT-BARTHÉLEMY

VI. 11 n'y avoit résolution de la Saint-Bartbélemy, que celle que Tadmiral et ses adhérents par imprudence firent naistre.

VU. Geste entreprise de Strosse faisoit désirer à la reyne la guerre d'Espagne, par lettres qu'elle reoevoit de luy. C'est assez rompre un voyage que le retarder; la saison fort advancéeen juillet rend le voyage douteux : joiul que l'ambassadeur d'Espagne demande congé, s'il n'est rompu.

VIII. Le conseil assemblé , le sieur de Tavannes donne cest advis.

( SuU Nvis de M. de Tavannes, Il canclul : ) «... Que toutes les navires et l'équipage de ceste armée de M. de Strosse doivent estre conservez, et les munitions renouvelées, s'il est besoin, pour (si ceste entreprise se treuve si advantageuse, et que les occasions qui escherront le permettent) l'entreprendre à la prime, et que le dict Strosse et ses gens soient révoquez et mis en la frontière aux places qu'il sera advisé, pour en faire selon les événements, et tenir le royaume en seureté. »

IX. Le franc conseil du sieur de Tavannes, fortifié des nouvelles de la grande armée du duc d'Albe, qui avoit chassé les François de Valenciennes, assiégé Monts si à Tétroict qu'il estoit en voye de se perdre, esioit loué de tous les bons François, et néanmoins non encore bien gousté du roy ni'de la reyne, imbus des raisons susdictes.

X. Joinct que l'admirai crie au roy Charles que le sieur de Tawmnes est son contriUre^ partisan de M, d'Anjou, son frère; que ses consuls tendent à son exaltation et abaissement de Sa Majesté, et s'en/aisont accroire.

XI. L'admirai lève jusqu'à trois mille hommes sous Genlis , qu'il envoyé an secours de Monts ; les Espagnols, bien avertis par les ennemis des huguenots qui estoient en France, les rencontrent k trois lieues de Monts, paraissant au bord d'une forest. La cavalerie de Genlis imprudente va à la charge, laquelle aoustenne de leurs ennemis avec des picques, faveur du pays, et 2,000 mousquetades , elle plie, puis tourne et fnit. La cavalerie espagnole tombe et charge sur eux en chaleur, et soustenement des escadrons de picques en ordre. Et comme il advient à ceux qui ont peur, encore que ceste cavalerie françoise en fuite se fiist peu détournée de leur infanterie qui venoit au combat, ils se précipitent au milieu, y pensant plus de seureté, ayant du mesme party tiré les uns sur les autres de rage, par confusion se rompent , se désordonnent ; et voilà tous les François eu fuite , suyvis en ordre des Espagnols, tirans de pas à autre : les retraictes par des chaussées estroictes causèrent l'entière perte et meurtre par les gens du pays. Le travail de la nuict (ayant combattu tout le jour devant en pays marescageux) avoit esté aux François la force comme le courage de se sauver, et demeurèrent plus de deux mille, morts que pris ; un petit nombre de despouillés se sauvent par pitié en France, Genlis et plusieurs signalez pris.

XII. Ceste defaiete vole en cour, change cœur et conseils, apprend aux entrepreneurs ce qu'il importe de bien commencer, et se garder des accidents qui empesch^nt les résolutions du gros de la guerre.

XIII. Caste route , joincte aux menaces et imprudences dof huguenots, sont aulheurs de leur massacre ; la peur saisit la reyne des armes espagnolles; le detdain, led^pit, se conçoit dans l'admirai, qui rejette cette defaiete sur ceux qui avoientempeschc le roy de se déclaref ; l'audace augmente aux pacifiques, tout tonne dani la cour.

XIV. L'fdmiral ne perd courage, possède le roy , faict nouvflle Ifvée de trois mille hommes de pied sous Villari et autres, emporté d'audace, et du deatin des prospéf^tez passées et adversité présente , trouble son sang et fes yeux, ne considérant quel et où il est; sur l'assurance du roy, outrecuidé dit, qu'il ne pouvait plus te^ir ses partisans, qu'il fallait une des guerres espa§fu>le ou civile. Chacun demeure en garde sur la poinctf de la résolution.

XV. Le sievr de Tavannes dicte advis à M. d'Anjou , qui (coo^ne lieutenant général) rend compte au roy de ce qu'il avoit fûct depuis la défaicte de Genlis, conseille faire levée sous les maiAres-de-camp du roy, à ce que Ifs soldats ne prennent party sous ceux des huguenots.

(SuU l'avis de M. de Tavannes,)

XVI. La defaiete, le doute de la reyne, et faveur de M. d'Anjou, qui penchait à la paix, fait parler le sieur de Tavannes plu| librement, résolu, à quelque péril que ce.fust, de n« celer ce qui estoit utile à la France.

(Suit l'avis de fi. de Tavannes pour la guerre de Flandre.)

XVII. L'admira) maintient ses propositions, qu'on ne devoit treuver mauvais si ceux de la religion s'eslèvent pour servir If roy, et luy conquérir la Flandres.

XVIII. Il ne s'apperçoit que la reyne s'esloigne de ses advis, ne cognoist la légèreté du roy Charles, la puissance que la dicte reyne a sur ses enfants, par ses créatures qu'elle leur a données pour serviteurs dez leur enfance. Imprudemment essaye d'y mettre la division, remonstre #u roy qu'il ne fera jamais rien qui vaille s'il ne limite le pouvoir de sa mère, et qu'il ne chasse son frère hors du royaume; propose de l'envoyer en Pologne (siège vacant par la mort de Sigismond), nation qui veut estre crcue belliqueuse, et toujours veut la paix t nommément avec les Turcs. Leur royaume est pauvre, excepté trois villes; le Turc ne les veut conquérir ; leur pauvreté les défend.

XIX. Eslisent un étranger, parce qu'ils ne se veulent céder les uns aux autres , se laissent corrompre par argent de leur élection. La réputation de M. d'Anjou le fait désirer ; l'alliance que les François ont avec le Turc, auquel les Polonois sont dès longtemps associez, joinct aux belles harangues du sieur de Valence, avec la hayne qu'ils portoient aux Allemands, commandement et défonce du Turc, qui empeschent l'élection du fils de l'empereur, prépare celle de M. d'Anjou.

ÉCRITS JUSTIFICATIFS

XX. L*adiiiiral en estant adverty, publie qa*il falloit qne Monsieur desdarast ne vouloir sortir de France , si, après avoir refusé le royaume d'Angleterre par alliance, il réjette celuy de Pologne par élection : fondement aussi ûuz que sa conduite.

XXI. Voulant contraindre la France à deux extrémités dangereuses, ou la guerre d'Espagne, ou la civile, ce n^est merveille si elle se tourne à sa perte. MM. de Sauve et de Retz advertissant la reyne des secrets conseils, desseins et parolles du roy, que si elle n'y entendoit, les huguenots le posséderoient

XXII. Qu'au moins (avant que penser à autre chose) ils lui conseiUoient de regagner la puissance de mère, que Tadmiral lui avoit fait perdre. La jalousie du gouvernement de son Gis et de l'Estat, ambition démesurée, enflamme, brusle la reyne dehors et dedans, et tient conseil de se défaire de Tadmiral.

XXUI. Le roy, chasseur, va à Monipipeau ; la reyne y court; enfermée en un cabinet avec luy, elle fond en larmes (dit) : Jt n'eusse pensé que, pour avoir pris tant de peine à vous eslever, vous avoir conservé la couronne que les huguenots et catholigues vous vomloient osier, après m'estre sacr\fiéepour vous et encouru tant d'bazard, guem^eussia voulu donner récompense si misérable. Vous vous cachez de moy (qui suis votre mère) pour prendre conseil de vos ennemis; vous vous osiez de mes bras, qui vous ont conservé, pour vous appuyer des leurs qui vous ont voulu assassiner. Je sçai que vous tenez des conseils secrets avec l'admirai; vous désirez vous plonger en la guerre d'Espagne inconsidérément, pour mettre vostre royaume, vous et nos personnes enproye de ceux de la religion. Si je suis si malheureuse avant que de voir cela, don* nez-moy congé de me retirer au lieu de ma naissance, et esloignez de vous vostre frère, qui se peut nommer infortuné ^ d'avoir employé sa vie pour conserver la vostre; donnez-luy au moins tenu de se retirer hors du danger et présence de ses ennemis, acquis en vous faisant service; huguenots qui ne veulent la guerre d'Espagne y mais celle de France, et la sulwersion de tous estais pour s'establir.

XXIV. Geste harangue artificielle esmcut, estonne, espouvante le roy, non tant des huguenots que de sa mère et de son frère, dont il sçait la finesse, ambition et puissance en son Estât, s'émerveille de ses conseils révéliez, les advoue, demande pardon, promet obéissance.

XXV. Geste méfiance semée, ce premier coup jette, la reyne, oontiniuuit son mécontentement, se retire à Mowccaux; le roy tremblant, la suit, la treuve avec son frère, les sieurs de Tavannes, de Retz et de Sauve.

XXVL I^equel de Sauve, secrétaire d'Estat, se met à genoux, et reçoit pardon de S. M. pour avoir révélé ses conseils à sa mère.

XXVII. I^nfidélité, braverie, audace, menaces et entreprises huguenotes sont magnifiées avec tant de vérité et artifices, que d'amis les voilà ennemis du rov ; lequel, fluctuant, ne pouvoit perdre le désir eon-

ceu d'obtenir gloire et réputation par la guerre espagnolle.

XX VIII. La reyne juge qu*il n'y alloit seulement de Testât de la France, mais de ce qui luy estoit plus proche, du gouvernement d'icelle, de la renvoyer à Florence, et du danger de M. d'Anjou, se contente d'avoir disposé le roy, sans luy en dire davantage.

XXDC. Résout, avec deux conseillers et M. d'Anjou, la mort de l'admirai, croyant tout le party huguenot consister en sa teste, espérant, par le mariage de sa fille avec le roy de Navarre , r'habiller tout ; résout l'exécution, et de se couvrir du prétexte de ceux des Guises, dont l'admirai avoit aidé à faire tuer le père.

XXX. Le cardinal de Lorraine absent, le paquet s'adresse à M. d'Aumale, qui le reçoit en joie. Morver, assassinateur de Mouhy, est choisi; blasmé de ce premier coup par le sieur de Tavannes , maintenant, par conunandement de la reyne, agréé par luy pour effect semblable.

XXXI. Il promet de tuer l'admirai d'une arquebuzade. M. d'Aumalle le loge dans le logis de Ghailly, son maistre d'hostel ; il s'affuste, il se couvre de drapeaux aux barreaux des fenestres, dispose sa fuitte par une porte de derrière, sur un cheval d'Espagne.

XXXII. Cependant les nopces du roy de Navarre et de Marguerite de France se font, mariant les deux religions ensemble. Les huguenots dans la nef dé Nostre- Dame, l'admirai dit qu'l/ f alloit osier les enseignes conquises sur les hérétiques, marques de troubles; demande, gaussant , les 60,000 escus promis pendant iceux à celuy qui apporterait sa teste.

XXXIII. Masques, bagues, ballets, ne s'espargnent. Purgatoire, enfer, représentez en Bourbon, où sont envoyez les huguenots après un combat de barrière, présage de leur malheur.

XXXIV. L'admirai, pressé, continue ses audaces, importune, se fasche, croit l'esprit de cour estre ensevely dans tournois et mascarades, menace de partir, qui estoU le premier son de trompette de la guerre dvUe.

XXXV. Il est pourveu, retournant du conseil, par une arquebuzade dans les deux bras. La porte est rompue ; cependant l'arquebuzier se sauve. L'admirai porté en son logis.

XXXVI. Le roy adverty s'offense, menace ceux de Guyse, ne sachant d'où venoil ce coup.

XXXVII. Et après, un peu r'adoucy par la reyne, à l'aide du sieur de Retz, ils mettent S. M. en colère contre les huguenots (vice péculier par S. M., d'humeur colérique) ; ils lui font croire avoir sceu une entreprise des huguenots contre luy ; les desseins de Meaux , d'Amboise, luy sont représentez.

XXXVin. Soudain gagné, comme sa mère seVestoit promis , il abandonne les huguenots , demeure fascbc, avec les autres , que la blessure n'estoit mortelle.

XXXIX. Les huguenots (encore aveuglez du roy) ne pénètrent ce coup, passent à grandes troupes cui-

DE LA PROSCRIPTION DE LA SAINT-BARTHELEMY

racez devant le logis de MM. de Ga3r8e et d'Amnalle, menacent de les attaquer.

XL. Eux , s excusant, somment le roy de prendre leur querelle, ce qui fait que lesdits huguenots pénètrent plus avant, soupçonnent M. d*Anjou, demandent justice , ou qu'ils la feroient sur-le-champ, menacent Leurs Majestez.

XLl. Le conseil est tenu, composé de six , le roy présent cognoissant que tout s'alloit deeoouvrant, et que ceux de Guy se mesme^ pour se laver, accuseroient la reifne et M. d'Ai^fou, et que la guerre estoit infaillible, qu*il valoit mieux gagner une bataille dans Paris où tous les chefs estoient, que la mettre on doute en la campagne, et tomber en une dangeretise et inosrtaine guerre. Du péril présent de L. M. et des oonseillers tenus en crainte, naist la résolution de nécessité, telle qu'elle fust, de tuer Tadmirai , et tous les chefs de part ; conseil nay de l'occasion, par iaute et imprudence des huguenots, et qui ne se fust peu exécuter sans estre descouvert, s'il eust été prémédité, la feinte du roy Charles n'eust peu estre telle que la vérité; il ne luy estoit besoin de déguisement, puisqu'il estoit à eux, et porté à la guerre; nul conseil de si longue baleine ne se cèle dans la cour.

XLU. Le roy, ivre, proteste de son déplaisir, envoyé visiter l'admirai blecé, luy promet justice exemplaire.

XUII. Toute la cour est triste, aucuns du coup, ei la plus grande part de liC faute ; les huguenots interprètent ce deuil à leur advantage.

XLIV. Les principaux s'assemblent chez l'admirai, le chirurgien l'asseure. Deux ad vis sont débattus par eux, de sortir de blecé en armes malgré Paris et la cour ; aucuns se méûent de louts , autres accusent ceux de Guyse, descoulpent Leurs Miyestez, qui avoient (disoient- ils) autre moyen de le faire mourir que d'une arquebuzade. Telligny, beau-fils de l'admirai , le croit ainsi, pour s'estre le premier trompé; il asseure, il emporte le conseil, jure que le roy estoit pour eux, qu'ils verroient punition exemplaire. Le parentage, la suffisance , ra.uitié de Telligny , l'incommodité de transporter le blecé , résout le séjour de deux jours.

XLV. L'imprudence, les menaces continuent, jusques à accuser M. d'Anjou que l'arquebuse treuvèe en la maison de Chailly estoit recogoeue pour estre à un de ses gardes.

XLVI. Le conseil du roy rassemblé , le péril présent, la reyne en diverses craintes, la vérification du coup, que l'on doustoit s'esclairtir , la guerre ou l'exécution présente pour l'empescher, lui tournent dans la teste. Si elle se fust peu parer de la source de l'arquebusade , malaisément eustpelle achevé ce à qttoy l'événement la contrainct.

XLVII. L'accident de la blessure au lieu de mort, les menaces, forcent le conseil à la résolution de tuer tous les chefs. Ce qui est proposé au roy l'esmeut et le colère contre les huguenots: ils luy remonslrent le

danger commun, les moyens de l'éviter, se destrapant de ses compagnons et nuiistres.

XLVIll. Le chancelier de Birague, M. de Nevers, avoient esté adjoincts à cest advis.

XLlX. La mort du roy de Navarre, du prince de Condé, des mareschaux de Montmorency et d'Anville^ est sur le tapis; l'opinion du sieur de Retz est indécise, si c'estoit pour couper la source des guerres, ou pour avoir leurs estats de mareschaux, est contredicte et rejettée par le sieur de Tavannes, lequel propose que l'innocence devoit exempter les uns, la jeunesse les autres ; que le roy de Navarre et prince de Condé estoient du sang de France, qu'il falloit espargner et respecter; qu'ils estoient jeunes, et que l'on leur pouvoit donner des serviteurs qui leur feroient changer de religion et d'opinion. De ce seul advis et de oeste seule voix du sieur de Tavannes, ce grand roy Henry IV*, régnant aujourd'hui, et le feu prince de Condé, tiennent la vie ; et le malheur est pour la pos^ térité du sieur de Tavannes, et que Sa Mi^té n'en savoit la vérité ; et dlsoit davantage le sieur de Ta^ vannes, que ce coup de néceuité devoU estre franc d'autre blasme.

L. La résolution prise, les huguenots semblent ai* der à leur ruine ; aveuglez, demandent les gardes du roy, qui leur furent accordées pour garder l'admirai, autour^duquel les principaux se logent , autres avec le roy de Navarre dans le Louvre, pour le concerver (Hisoient-ils) de ceux de Guyse. ils fiicilitent leur massacre.

Ll. Le roy voit l'admirai le dimanche (t), qui luy dict que Dieu l'avoit réservé pour son service, messe, requesle, crainte et menaces; essaye de parler au roy particulièrement; il en est empesché par la reyne.

Ul. Les huguenots se rasseurent , se gardent seulement de ceux de Guyse, demandent justice, un matin, au jardin des Tuileries, insolemment.

un. La reyne, craintive, s'en retourne au Louvre, haste la résolution de tuer l'admirai et les chefs huguenots, qui murmuroient contre M. d'Anjou.

UV. Eux abandonnez de Dieu, Pardaillan , huguenot, veut battre Nambur, huissier du roy à la porte, qui ne le vouloit laisser entrer à son coucher. Le roi dissimule, entretient luy et la Rochefoucault de propos joyeux, leur donne congé, se couche, et se lève soudain.

LV. La reyne et les consei llers appeliez, elle (comme femme craintive) se fust volontiers dédictée, sans le courage qui luy fut redonné des capitaines, luy présentant le péril où elle et ses enfants estoient.

LVI. Deux compagnies des gardes mandées arrivent à minuit, le logis de l'admirai est investy de sentinelles.

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