‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 199 sur 478 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les earactères d'une guerre civile de religion ne se trouvent point dans les guerres du seizième siècle.

— Et d*abord la conflagration spontanée y manque.

— Ensuite les chefs n*ont nullement le caractère religieux, et sont d*une ambition effrénée. — En troisième lieu , absence de motifs de la part des catholiques les plus ardents, et de moyens du c6té des protestants.

Le premier caractère d'une guerre civile de religion serait sans doute d'avoir pris spontanément naissance entre les citoyens des cultes opposés. Dans les guerres civiles , les citoyens sont longtemps à se battre avant de se nommer des chefs ; les troupes existent avant de se former en corps d'armée. Ici nous voyons des chefs de faction longtemps avant de voir des troupes; nous voyons les premières attaques , les premiers manifestes émanés de ces chefs opposés : c'est seulement à la suite que des armées se forment autour d'eux. Nous voyons dans les troupes de Parmée dite protestante un grand nombre de catholiques; nous en voyons en grand nombre aussi dans les villes qui s'ouvrent pour eux, à la demande de leurs chefs. Nous voyons ces troupes^ ces villes embrasser les intérêts politiques de ces chefs , non leur confier des intérêts communs de conscience et de religion. Et quels sont ces chefs? Regardezles en face^ et dites si vous voyez parmi eux une figure de fanatique. En connaissez-vous un seul d'une imagination ardente , religieuse^ un seul capable de recueillement et de ferveur? Y découvrez-vous seulement de ces esprits orgueilleux, dominateurs, irritables, aiguisés par la dispute, ou des théologiens forcenés, profondément entêtés d'une thèse à laquelle ils se sont engagés? Les Bourbons , les Guises, les Montmorencys, les Colignys, tous, avec des esprits différents, étaient à une égale distance du fanatisme. Ck>ligny et Dandelot étaient des guerriers sages et froids. Le cardinal de Chàtillon , leur frère, était un prélat voluptueux. Les Montmorencys étaient tout orgueil et avarice. Les Guises étaient tout orgueil et domination. Les Bourbons , placés au-dessus des ambitions et de l'orgueil, s'étaient consacrés à l'honneur et adonnés au plaisir. Il n'y avait dans aucune de ces ftmes-là un atome de fanatisme ou d'intérêt sacerdotal.

Comment la guerre se serait-elle allumée

spontanément entre les catholiques et les protestants livrés à eux-mêmes? Les catholiques avaient-ils besoin de la faire déclarer? Depuis François ^' n'avaient-ils pas pour eux toute la force du gouvernement, sa violence, ses tyrannies, ses inquisitions, ses persécutions, ses sanglantes expéditions? N'était-il pas assez sûr poiur eux, assez commode , assez lâche , d'opprimer les protestants , de les livrer à des inquisiteurs , à des soldats mercenaires et féroces, aux bourreaux, de les traîner à Téchafaud et au bûcher? Que pouvaient-ils désirer de plus?

Quant aux protestants, quel moyen avaientils pour attaquer, même pour résister? Encore une fois, ils étaient si peu nombreux! Et qu'ont-ils tenté sous François I" , dans leurs plus grands périls, dans leurs extrêmes détresses, à Cabrières, à Mérindol, à l'Estrapade; et sous Henri II son digne fils , à la croix du Trahoir, et à la porte Saint-Antoine?

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