CHAPITRE X
Opinion du parlement, de l'université, et des notables assemblés à Fontainebleau, ëur Thérésie.
Que répondront nos déclamateurs aux opinions du parlement, de l'université, des états généraux, concernant l'hérésie qu'on veut nous donner pour motif de guerre?
En i 555, quand Henri II, qui avait donné à ses favoris le produit des confiscations dont les hérétiques seraient frappés, apprit par leurs clameurs qu'il ne leur avait rien donné parce que le parlement ne trouvait jamais de coupables, il prit le parti d'établir un tribunal d'inquisition. L'édit de création fut porté au parlement, qui en refusa l'enregistrement. Le président Séguier, armé d'un courage et d'une éloquence patriotiques, à la tète d'une députation de son corps, eut la gloire de faire reculer le conseil du roi devant les conséquences de la loi présentée, de faire pâlir le connétable de Montmorency, qui avait participé à la rédaction, d'en faire rougir le roi lui-même. On voit, dans les représentations faites au nom du parlement fi), qu'il considérait l'hér&ie conunç une opposition de mœurs bien plus que dedoctrine, comme un système de réformation
(I) Garnier les rapporte dans sou histoire ; il les a extraites des registres du parlement.
DISSERTATION SUR LES GUERRES
morale aux prises avec les dérèglements du clergé. Il estimait que cette querelle finie, celle des mots (car les discussions théologiques n^étaient pas autre chose) n'irait pas loin. Le président Séguier dit que le vrai remède contre l'hérésie était d'envoyer les évéques dans leur évêché.
En 4558, le chancelier Bertrand étant venu porter plainte au parlement, au nom du roi, d^une esclandre arrivée au Pré-aux-Clercs, à l'occasion d'une procession de calvinistes, le président le Maistre répondit que le faial concordat qui avait privé les peuples de pasteurs légitimes, les désordres et Pindécence des évéques nonmiés par la cour, étaient les causes de ces nouveautés contre lesquelles la cour s'était armée ; que l'on comptait en ce moment quarante évéques à Paris qui n'y faisaient que du scandale, et se montraient partout avec la cape et l'habit de cour.
En 1560, un nouvel édit dépouille le parlement de sa juridiction en matière d'hérésie, pour la remettre à des juges d'Église. Nouvelles remontrances du parlement, qui réitère l'assertion du président le Maistre : que le mal remonte à la fatale époque du concordat; que les églises sont sans pasteurs, les hôpitaux sans revenus, les peuples sans instruction ; que le remède est de rendre les dignités ecclésiastiques à des hommes éclairés et vertueux.
Le désordre du clergé était si scandaleux, que la cour elle-même en faisait la censure dans son nouvel édit, et qu'elle enjoignait aux évéques de se rendre dans leur diocèse.
Une assemblée de notables, tenue la même année à Fontainebleau, exprime les mêmes opinions que le parlement. Les princes du sang, le connétable de Montmorency, les maréchaux, plusieurs cardinaux, plusieurs archevêques et évéques, en faisaient partie; tous se réunirent à demander la convocation d'une assemblée d'états généraux et celle d'un concile, pour prononcer sur la doctrine et réformer les abus de l'Église. L'évêque de Valence demande la liberté de conscience pour tous les hommes tranquilles et de bonne foi qui ont cherché dans la simplicité de leur âme la voie du salut, et des peines contre les hérétiques séditieux seulement. L'archevêque de Vienne en demande contre les séditieux de tous les cultes; car on a vu, dit-il, des prêtres catholiques
exhortera faire main-basse sw leurs adversaires : il faut défendre à tous de prendre les armes sans permission. L'évêque de Valence reconnaît, déclare que plus de quarante évéques consomment à Paris, en dépenses folles et scandaleuses, leurs immenses revenus. Plusieurs de ces évéques sont des enfants ; d'autres sont des guerriers qui ne quittent point la profession des armes. Les cardinaux et les évéques confèrent les bénéfices dont ils ont la nomination, à leurs maîtres d'hôtels, à leurs cuisiniers, à leurs laquais. Voilà, ditril, les antagonistes qu'on a opposés à quatre cents ministre de la réforme, hommes de mœurs irréprochables, exercés à la prédication. Les deux prélats insistent sur la convocation d'Une assemblée nationale, pour faire revivre l'amour des peuples, instruire le jeune monarque de leurs besoins, et du contrat qui le lie à ses sujets.