‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 205 sur 478 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Opinion des états généraux assemblés à Orléans en 1 560 , sur les huguenots.

En conséquence des discussions de Fontainebleau, la convocation des états généraux eut lieu. Ils s'assemblèrent, à la fin de la même année 1560, à Orléans. On vient de voir que les personnes qui conseillèrent cette convocation étaient fort loin de regarder le calvinisme conmie un motif ou même comme une occasion de guerre civile. Voyons ce que pensèrent les députés des trois états.

Mézeray dit que les états d'Oriéans ne se pressèrent point de détruire les huguenots; et le motif qu'il leur suppose, c>.%t que cette reforme tant préchée par eux était passionnévient désirée par les gens de bien; et que leur cause se trouvant en quelque façon jointe avec les intérêts de VÉtat, ceux qui se piquaient d'être bons Français les soutenaient indirectement, et joignaient leurs conseils avec les leurs. Cet aperçu est fort juste, mais incomplet, comme on va le voir.

Le discours du chancelier de l'Hôpital, qui fit au nom du roi Charles IX l'ouverture des états; ceux des orateurs des trois ordres, les doléances de la noblesse et celles du tiers état, le discours de l'orateur du clergé au roi à la séance de clôture, expriment disertement le

DITES DE RELIGION

vœu unanime de la tolérance à l'égard des calvinistes^ et d'une réforme dans le clergé catholique. Qui oserait contester que le fond de la nation ne détestât les persécutions religieuses^ quand on voit la chambre du clergé aux états généraux s'y montrer si étrangère, et laisser aux prêtres corrompus et débauchés la gloire d'une attaque passionnée^ et l'appareil d'un fanatisme violent contre les protestants?

L'orateur de la noblesse^ dans sa réponse au di^ours d'ouverture du chancelier de l'Hôpital, ne dit pas un mot de Phérésip, comme s'il n'en était pas question en France. Et il provoque énergiquement la réforme des mœurs du clergé; il sollicite une loi qui force les évéques à la résidence ; il supplie le roi de donner des bénéfices à des hommes qui en soient plus dignes.

L'orateur du tiers état ne se borne pas à censurer les désordres des gens d'Église : il remonte à leur source, il en indique les causes^ il en accuse les mœurs de la cour^ condamnables à double titre^ comme principe de la corruption du clergé, comme cause de mine pour la nation. Il s'élève contre les persécutions que le roi a dirigées contre les protestants^ uniquement pour protéger les scandales des prêtres, et autoriser leur persévérance dans des voies honteuses dont la cour leur avait frayé l'entrée ; il s'élève avec plus de véhémence encore contre les exécrables exacteurs et les grands dépensiers des emprunts et subsides. 11 déclare que les peuples s'émeuvent depuis plusieurs années, uniquement contre les vexations et les déprédations de la cour ; <c que s'ils se couvrent du prétexte a de la religion , comme ceux qui se sont demiea remeni émus (la conspiration d'Amboise) (i),

(1) Le président delà Place, dans ses CommenkUres de Vétat de la religion et de la république sous les rois Henry et François II et Charles IX (1 565), ouvrage estimé, p. 62 verso, et suiv., rapporte un discours d'un gentilhomme nommé Laplanche à la reine Catherine de Médicis, qui l'avait employé dans ses relations extérieures, et qui le consultait en 1560 sur les véritables causes du tumulte d'Amboise.

LAplanche, après s'être défendu de répondre, donne son avis. 11 pensait et dit que l'élévation des Guises était la cause des troubles ; que les princes étaient jaloux et tous les grands offensés de la supériorité qu'ils

a e*est parce que^ se sentant opprimés des caa lamités passées, l'ombre de la religion levr a semblait avoir plus d^apparence pour amé-

affectaient sur eux ; que jamais prince étranger n'a réussi en France dans la superintendance des affaires; qu'une douzaine de maisons en France viennent en droite ligne de rois qui ont possédé royaumes ; que les gentilshommes français ne regardent les princes des maisons étrangères que conmie seigneurs et gentilshommes; que l'ancienne coutume des parlements a toujours été d'empéoher que nul ne s'y attribuàtie nom de prince, s'il n'était du sang royal, etc.

On voit, par la réponse de la reine, que l'usage établi à la cour donnait rang, après le premier prince du sang de France, au premier prince de Lorraine ; après le second prince du sang, au second prince de Lorraine : de sorte que tous les princes du sang royal, hormis le premier, étaient précédés par un prince lorrain.

Mais ce n'est pas de cela que je veux parler. Venons au fait.

Laplanche, pour dire toutes ces choses qu'il savait être désagréables à la reine, alliée à la maison de Lorraine, et qui pouvaient lui faire encourir l'inimitié du cardinal (qui en effet était caché derrière une tapisserie pendant la conversation de Laplanche avec la reine), prit de longs détours pour exposer son opinion ; et, dans son préambule, il dit à la reine ce qui suit:

« Il y a dans le royaume deux sortes de huguenatix : « les uns huguenaux de religion , les autres hugue- « naux d'État. »

Cette distinction conQrme ce que j'ai dit de l'adoption faite par les gens de cour du titre de huguenot pour couvrir leur intérêt politique ou intérêt d'État.

La Renaudie, continue Laplanche, voulant venger la mort de son l)eau-frère sacrifié par les Guises et les faire chasser de la cour, « trouva à propos les uns et « les autres huguenaux irrités à l'encontre desdits « de Guise : k savoir, les huguenaux de religion pour

• ne pouvoir supporter plus la rigueur et la cruauté « exercées à rencontre d'eux ; et les huguenaux d'É- « tat pour ne pouvoir plus comporter l'usurpation « faite par lesdits de Guise de Taulorité n'apparte- « nant à autres que aux seuls princes du sang.

« Et là-dessus remontroit que pour le regard des

• premiers, d'autant que leur religion défendoit de « prendre les armes, il étoit aisé de les apaiser, en ré- « digeant par écrit les points de controverse, et que «c Ton connoitroit qu'il en dem'euroit bien peu en dis- « pute, et seroit fort aisé de les décider pour la tran- « quillité du royaume : mais que pour le regard des

• seconds, qui étoient les huguenaux d'État, la diffi- « culte étoit plus grande...; qu'ils étoient plus diffi-

• ciles à contenter...; que le moyen étoit de maintenir « les princes du sang au degré, honneur et autorité « qui leur appartient, et en retirer doucement, pa

DISSERTATION SUR LES GUERRES

« ner un changement. » A la séance de clôture^ le même orateur termina la réponse qu'il était chargé de faire au chancelier de l'Hôpital par Péloge du roi de Navarre , tout protestant qu'était ce prince^ et le supplia d'aider la reine et les princes de ses conseils^ pour le gouvernement de l'État.

Le cahier des demandes du tiers état, ses plaintes et doléances j, manifestèrent l'assentiment qu*il donnait à l'orateur, assentiment assez pré^umable par le choix de son organe.

C'est ainsi que le tiers état considérait en 1560, peu de temps avant l'ouverture des guerres de Vassy, les hérétiques, et le zèle de la cour et de la partie corrompue du clergé contre les calvinistes; c'est ainsi qu'il était préparé à faire la guerre civile qui éclata en 1562, pour faire triompher la religion catholique de la rivale qui se présentait devant elle.

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