‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 208 sur 478 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

La oour organise les états généraux de manière à faire paraître un vœu différent de celui de la majorité de chaque ordre. — Assemblée préparatoire des états. — Deux partis, l'un pour la guerre, l'autre pour la réunion par les voies de la douceur.

Ils furent assemblés en décembre 1575. Les trois ordres délibérèrent séparément. Les députés du tiers état furent induits par les affidés de la cour à se subdiviser en gouvernements; ils se formèrent en douze bureaux. Les trois ordres firent trois cahiers distincts, et exposèrent leurs doléances chacun par un orateur particulier. Il fut arrêté que les résolutions du tiers état seraient prises à la pluraUté des gouvernements, et non à la pluralité des suffrages individuels.

Le 3, les bureaux du tiers état tinrent chacun une assemblée préparatoire pour vérifier les pouvoirs. Les députés voulaient d'ailleurs se donner réciproquement une idée de leurs cahiers, et le roi les avait autorisés à ces conférences. Dans l'assemblée du bureau au gouvernement de POe de France , se manifesta tout aussitôt le dissentiment qui devait diviser les états. Deux partis se montrent à découvert : le parti de la guerre, c'était le parti de Guise et de la cour; le parti de la paix , c'était le parti national ou français. Les députés de la

ville de Paris étaient pour le roi; les députés du reste de l'Ile de France étaient pour là patrie. A la tête de la députation de Paris était un avocat nommé Versoris : Bodin fut son antagoniste.

Paris était pour la guerre , parce que Paris jouissait plus que tout le reste du royaume des faveurs de la cour, et, par cette raison, devait être plus jaloux de l'exclusif pour le culte du prince. Paris était catholique , pour être de Favis de celui qui donne. Paris était la résidence des grands, et voulait leur plaire conune les grands voulaient plaire à la cour. Paris était pour la guerre, parce que le prétexte de la guerre devait faire voter des subsides nouveaux, au lieu de retrancher, comme tout en menaçait, ceux que le roi avait illégalement établis de sa seule autorité , et sur lesquels étaient afTectées les rentes d'emprunts faits pour lui à l'hôtel de ville de Paris.

Le 4 décembre, Versoris donne lecture d'un article du cahier de la ville de Paris, portant que le roi serait requis de réunir ses sujets à la religion catholigue.Vn député de la prévôté de Paris lit dans son cahier un semblable article. Bodin, à son tour, donne lecture des !•' et i2« articles du cahier général de Vermandois (pays compris, avec Paris même, dans le gouvernement de l'Ile de France), portant qu'il pM au roi maintenir xes sujets en bonne paix, et y dans l*espace de deux ans, tenir un concile général ou national y pour régler le fait de la religion.

Bodin est interrompu par Versoris. Il reprend la parole, if réfute son adversaire, il conclut au maintien ^e l'édit de pacification. Les autres députés des bailliages du même bureau ou gouvernement se partagent entre Tavis de Bodin et celui de Versoris. Senlis est pour celui-ci ; Mantes propose d'ajouter à l'article du cahier de Paris ces mots, qui , au fond, revenaient à l'avis de Bodin : Réunir ses sujets à la religion catholique par douces et saintes voies. Le député de Valois fut d'avis de remettre la discussion de l'article du culte après celle des autres objets. Cet avis fut adopté avec empressement, chaque parti espérant qu'un délai lui donnerait le moyen de s'assurer de la majorité, qui était douteuse.

L'ajournement ne convenait point à la cour. Elle voulait que, quelques jours après Touver-

DITES DE RELIGION

ture solennelle des états, ils manifestassent le vœu d'une réunion des protestants par la force des annesy afin de mettre à couvert les impôts illégalement établis, et d'avoir le temps de demander et d'obtenir un supplément d'impôts. Elle voulait que , sans attendre la i-édaction des cahiers , où le vœu de la guerre serait inséré, la réponse des états au discours d'ouverture que ferait le roi exprimât énei^quement ce vœu. Nous voyons dans les Mémoires du duc de Nevers et le dessein de la cour et sa manœuvre.

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