‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 215 sur 478 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Retour des députés envoyés vers le roi de Navarre et le prince de Condc. — Le roi de Navarre ne demande que la paix. — Les états arrêtent qu'ils vont se séparer. — Le roi les retient, demande la faculté d'aliéner une partie du domaine. — Refus. — Insistance du roi.

Le même jour 8 février, il fallut pourtant changer de ton. Les députés envoyés vers le prince de Ck)ndé revinrent à Blois. Ce prince, d'un caractère ferme, n'avait voulu ni les en-> tendre, ni recevoir la lettre des états, ne les reconnaissant pas, parce que, disaitril, les formes n'y avaient pas été tenues; parce que les élections avaient été travaillées par des agents envoyés exprès dans les provinces; parce que les députés étaient pratiqués, corrompus et gagnés, et que quelques-uns s'étaient prostitués au point de prévariquer et de changer leurs cahiers (1). Le prince de Condé avait ajouté que si les députés avaient quelque chose à lui proposer de la part du roi, il était prêt à les écouter. Plus habile que le roi n'avait cru l'être, fermant l'oreille aux états qu6 le r(H avait mis en avant, l'ouvrant au roi qui ne pouvait parler pour la paix, parce qu'il voulait de l'argent pour la guerre, ni attiser la guerre, voulant au fond faire la paix quand il aurait reçu l'argent nécessaire pour en jouira il laissait le roi plongé dans ses honteux embarras.

La reine alors recommença à dire que le roi avait trop tôt fait sa déclaration pour le fait de la religion. Le roi dit qu'il était vrai, mais qu'i7 fallait bien que les étals la sussent (en effet, sans cela, point de subsides) ; et il ajoute a qu'il a ne changera jamais; et puisque le roi de Naa varre dit qu'il doit plutôt obéir à Dieu qu'aux a hommes, ainsi le veut-il faire. »

Le lendemain, les cahiers des trois états sont présentés au roi par douze députés de chaque ordre. Le roi promet de donner prompte satisfaction.

Le 15, les députés envoyés vers le roi de Navarre font leur rapport. Ce prince les avait reçus fort différemment du prince de Condé ; il les avait écoutés, il leur avait répondu gracieusement. Les instructions des ambassadeurs contenaient une invitation d*assister aux états,

(1) Bodin.

DISSERTATION SLR LES GUERRES

une autre de se joindre au roi pour réduire ses sujets à une religion : et finissaient par représenter au roi de Navarre les inconvénients et les malheurs qui adviendraient de la division de lui et des états : ajoutant que lesdits états étaient résolus d'employer la vie el les biens pour la réduction des sujets du roi à une même religion. Ceci était une menace de guerre à outrance. Les instructions avaient été données par la cour^ et excédaient le mandat corrigé par le tiers état. Le roi avait voulu y reproduire ce qu'on avait retranché du mandat^ et Parchevôque de Vienne, orateur de la députation, dit, en rendant compte de l'ambassade, qu'il en épargna la lecture au roi de Navarre. Le roi de Navarre avait fait une réponse par écrit aux états, et leur avait présenté de sages observations. Les députés remettent cet écrit , digne monument de la justesse d'esprit , de la solidité de jugement que ce grand honune unissait à la chaleur d'âme et à la bonté de cœur, dès les jeunes années de son existence politique. Le prince invite à la paix, fait des ouvertures, donne des moyens de la conclure et de l'affermir; les états et le roi n'ont plus qu'à la vouloir.

Les états avaient assez prouvé qu'ils la vou- .aient : se séparer sans voter de subsides nouveaux, c'était forcer le roi à la vouloir aussi. En conséquence, l'assemblée arrête que ses 'onctions sont terminées, ses pouvoirs expirés, iepuis la présentation des cahiers qui avait eu lieu six jours auparavant , et demande congé au roi. Le roi leur fait dire qu'il va répondre aux cahiers, qu'il s'en occupe sans distraction. II fût inviter les députés à ne point partir sans congé exprès. Il insiste lui-même, dans une audience royale, sur la prolongation de leur séjour, au moins jusqu'au retour du message envoyé au duc de Damville, et du duc de Montpensier, qull avait envoyé une seconde fois vers le roi de Navan'e. Le roi se persuadait encore (et il le dit) que les nouvelles qu'on recevrait de l'ai'mée de Damville donneraient lieu d'aviser aux moyens de secourir l'État. II termine en déclarant qu'il était résolu de vendre les biens de son domaine pour trois cent mille livres de rente à perpétuité, ce qu'il désirait être fait par l'avis des députés, auxquels, pour cet effet, il ordonnait de se rassembler.

Les députés se rassemblent; on décide de demeurer jusqu'au retour du message envoyé au duc de Damville par les états, et du duc de Montpensier que le roi avait envoyé au roi de Navarre. On décide, d'après une sage et savante discussion de Bodin, que la propriété du domaine est à la nation ; que le roi n'en a que l'usufruit; que les députés n'en peuvent autoriser l'aliénation.

Bellièvre vient, par ordre du roi, pour justifier, dit-il, l'aliénation du domaine; on consent, par égard, à délibérer encore sur ses représentations. On délibère, et l'on persiste.

Les députés envoyés vers Damville reviennent le 36 ; et, sur leur rapport^ un grand nombre de députés proposent de faire nouvelles instances pour la paix envers le roi. Plusieurs s'y opposent vivement; mais le duc de Montpensier arrive le lendemain , et son rapport décide la grande pluralité à demander la paix.

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