LE ROI, QUÉLUS, MAUGIRON, SAINT- MÉGRIN, SAINT-LUC
LB BOI , â Saint' }fégrin. — Débarrasse-moi de cet accoutrement (*).
QUBLus. — n sied bien à Votre Majesté.
MAUoiBON. — C'est majestueux, un manteau comme celui-là !
sAiNT-ifÉOBiN. — Tout siod à Votrc Majesté : elle a la gr&ce qui s'accorde avec tous les vêtements; la gr&ce piquante d'une jolie femme quand elle danse, ou qu'elle court la bague en habit de femme ; la grâce et la dignité d'un grand monarque sous le manteau royal. ( En
(*) Voir la note /, à la suite du deuxième acte.
disant ces paroles, il détaêhe le manteau. ) Qu'il est lourd !
QiTÉLUs. — Mais qu'il est magnifique !
LB BOi, regardant le mxinteau qu'étale Saint- Mégrin. — Il est vraiment beau. Cette coupe est excellente, et, en dépit du tailleur de ma garde-robe (*) et du grand maître même , les changements que j'ai faits à leur modèle lont singulièrement embelli. (A Quélus.) Je voudrais te le voir sur le corps , pour juger de l'eflTet.
(Saint'Mégrin et Saint-Luc posent le manteau royal sur les épaules de Quélus. Le roi attache le gland sous le cou du favori. ) QU^LUS* — Ah ! mon roi ! (Avec exaltation.) Ce manteau fait passer en moi le feu qui vous animait aux états : je me sens transporté de Pesprit qui vous inspirait ces belles paroles (// s* assied dans un fauteuil , prend f attitude majestueuse et douce du roi, et, imitant son ton et sa voix, il dit ;)(**) a Aussitôt que j'eus a l'âge de porter les armes, je n*ai épargné ni a labeur ni peine pour faire service au roi mon « frère et au royaume; j'ai exposé Dfia p^a sonne et ma vie à tous les hasards de la € guerre , partout où il a été besoin d'essayer a par les armes à mettre fin aux troubles pour a cause de reUgion. »
LB Boi. — Cela est-il vrai, ou non ?
MAUGiBON. — c'est notoire.
LB BOI , à Quélus. — Continue.
QDBLus. — «Mais, considérant que si le mala heur voulait la continuation de la guerre in- « testine, je serais contraint de continuer aussi « les charges et tributs de mon peuple, peuta être de les multiplier, car les dépenses des a guerres sont infinies et inestimables... d
(// élève et enfle la voix à ces dernières paroles.) LB BOI. — Très-bien !
QUÉLUS, sans s'interrompre^ et donnant à sa voix plus d'accent et à son débit plus de chaleur. — « Et pouvant affirmer, en vérité, que, a dans tous les accidents de ces dernières a guerres , je n'ai rien senti si grief, ni qui et m*eût pénétré si avant dans le cœur, que les a oppressions et misères de mes pauvres su-
(*) Voir la note K^ à la suite du deuxième acte. (*^ Voir la note Z, à la suite du deuxième acte.