‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 275 sur 478 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Mœurs politiques et opinions politiques de Henri III.

Si à cette ébauche de la vie privée de Henri III, qui nous a fait connaître son courage, sa bonté, sa générosité, la purete de ses affections domestiques, ses occupations et ses amusements, on fait succéder un court examen de sa vie politique, on saura ce qu'il faut penser de sa sagesse, de sa justice, de son habileté dans l'exercice de la royauté; peut-être aussi découvrira-tK>n les connexions secrètes qui unissent l'homme jdiysique à l'honmie moral, l'hœnme privé à l'hooune public, et les influences irrésistibles qui, dans les circonstances orageuses, peuvent mener un prince impuissant, voluptueux et prodigue, de la sale débauche à une tyrannie violente et sanguinaire.

Les mœurs politiques de Henri m , conune ses mœurs privées, furent déterminées de bonne heure par sa première éducation. Elle était moUe et efféminée ; il fallait que sa politique fût basse, faible et rusée.

Les principales directions de sa politique furent aussi marquées dès sa première jeunesse , d'abord par les traditions de son père et de son aïeul François I«% par leur système de cour voluptueuse et magique, par leurs violences et leurs cruautés contre les prolestants. Elles le furent surtout par les juropres écarts du jeune prince, par plusieurs de ces actes irrémissiMes qui font perdre sans retour la confiance des gens de bien, jettent pour la vie hors des voies droites, et format des engagements avec le vice, quelquefois même avec le crime. Jaloux de Coligny, inquiet de la gloire que l'amiral était près d'assurer au roi son frère, il concourt, avec le duc de Guise, alors son ami et le compagnon de ses premières débauches, à le faire tuer d'un coup d'arquebuse : le coup manqué, il provoque un massacre pour y comprendre la victime qui lui est échappée, et la boucherie s'étend sur la France entière. De cette époque il est certain que si le prince doit régner en France, il sera le violent persécuteur des protestants, dont il s'est assuré l'étemelle haine; cmnme, dans sa

vie privée, il fut le persécuteur des femmes, parce qu'il connaissait ses titres à leurs mépris.

S'il avait pu dérober à la connaissance de la nation la part qu'il avait eue au massacre du 24 août, et qu'il eût été capable de grandes choses, peut-être n'aurait-il pas désespéré d'acquérir le respect public. Mais, en montant sur le trône, il était informé des sentiments de la France et de l'Europe pour lui. Voltaire a dit, en parlant de l'éclat éphémère de sa jeunesse :

C'est un poids bien pesant qu'un nom trop tôt fameux I

S'il avait voulu être fidèle à la vérité historique, il aurait dit : C'est ua poids bien pesant que la honte d'un grand crime et la certitude de porter un nom odieux !

Henri, en traversant l'Allemagne pour aller en Pologne, avait appris que sa participation au massacre de la Saint^BarUiélemy le rendait universellement odieux. L'esprit de parti et la flatterie de cour lui avaient dissimulé cette vérité. Son voyage, dès son entrée dans le Palatinat, fut une suite non interrompue de malédictions de la part des peuples, et d'outrages de la part des princes souverains qui se trouvèrent sur son passage. L'électeur palatin le reçut de la manière la plus oflfensante, lui tint et permit aux personnes de sa cour de tenir devant lui les discours les plus humiliants. De Thou a fait l'histoire très-détaillée de ce voyage (1).

En arrivant en Pologne, il apprit que le massacre de Paris avait fort aliéné ses partisans et compromis son élection. La noirceur de cette exécution, dit de Thou, y avait fait une impression terrible sur tous les esprits... Montluc avait excusé la chose du mieux qu'il avait pu. Sans son habileté, l'élection aurait manqué. La Popelinière (2) rapporte «que les Polonais, fâchés de savoir Henri accusé par un si grand nombre de personnes, stipulèrent avec Jean de Montluc qu'il plût au roi très-chrétien abolir pour jamais la mémoire de toutes choses advenues en France à cause des guerres civiles; qu'en après le roi accordât à tousceux qui le voudraient la liberté de vivre paisiblement par toute

(1) Liv. LVn.

(2) Tome II, liv.

XXXV, fol. 176 verso.

NOTICE

la France sans être molestés 'pour la religion réformée; que le roi remit dans] leurs biens, noblesse et honneurs, tous ceux qui avaient été condamnés pour cette prétendue conspiratioD de Paris, au mois d'août 1572. » Cest-à-dire pour la conspiration imputée à Coligny et à son parti par le duc d'Anjou et la reine mère. Telle était Thumiliation de Henri à la soHe des avanies qu'il avait essuyées , et en apprenant les sentiments des Polonais, que, peu de jours après son arrivée à Cracovie, il éproma le besoin d'excuser son crime aux yeux de Souvrai, premier gentilhonmie de sa chambre, et de Miron, son médecin, qui, tous deux, avaient cruellem^.nt souffert des marques dlndignation dont ils avaient été les témoins. C'est à ce sentiment d'humiliation que l'histob^ doit la Déclaration de Henri, roi de Pologne ^ publiée à la suite des Mémoires de Villeroi, comme adressée au marquis de Souvrai, et insérée dans l'histoire de Pierre Mathieu, comme faite au médecin Miron; elle paraît l'avoir été à tous deux.

A son retour de Pologne , Henri prit une autre route que celle sur laquelle il avait reçu un si fâcheux accueil. Les égards que Tempereur, les Vénitiens, le duc de Savoie, croyaient devoir au nouveau roi de France, n'empêchèrent pas que tous ne lui fissent de vives représentations et de pressantes exh<H*tations pour le détourner de romTir, en entrant dans sa puissance, la boucherie qu'il avait ouverte sous le nom de CSiarles IX, son frère. Le voyage de France en Pologne par les pays protestants lui avait appris qu'il était en horreur aux calvinistes; son retour lui apprit qu'il n'avait ni la confiance ni l'estime des catholiques.

Ainsi Henri , rentrant en France pour y régner, savait que la fatale journée de la Saint- Barthélémy lui avait attiré l'animadversiondes ^ens de bien de toutes les religions.

11 y apprit bientôt qu'il avait aussi celle des fenunes. Dans une cour galante et dans une capitale infectée des mœurs de la cour, elles auraient pu servir un prince voluptueux et magnifique; elles pouvaient par la même raison nuire à un roi détracteur du sexe , et dont les liaisons crapuleuses venaient de lui faire encourir son étemelle excommunication.

Anquetil , résumant des notes extraites des Mémoires de Marguerite , de ceux du duc de

SUR HENRI ni.

Nevers (1), de Brantôme (2), de Pierre Mathieu (3) y de Dupleix (4) , raconte que Henri étant en Pologne s'entretenait fréquemment^ avec ses confidents , des dames de France. Ces jeunes gens vantaient leurs bonnes fortunes et en imaginaient.

La correspondance du roi y tendre avec la seule princesse de Condé, était une satire continuelle des autres femmes de la cour : il déshonorait par ses lettres celles que Tindiscrétion de ses amis et la sienne avaient épargnées avant de quitter la France (5). Aussi quand le duc d'Alençon et le prince de Béam conspirèrent avec les Montmorencys^ la Ikfole et Coconas, pour empêcher son retour de Pologne , e les femmes furent Pâme de cette conspiralion. Charles IX étant mort^ aucuns des princes du sang , ofBcîers de la couronne ^ beaucoup de noblesse, ceux de la religion prétendue réformée , qui haïssaient Henri RI , et jusqu'aux dames ^ se réunirent à M. d*Alençon pour empêcher le retour du roi (6). »

Henri avait été instruit de toutes les circonstances de celte conspiration.

Monter sur le trône de France, y porter la prétention du pouvoir absolu , et se sentir dégradéy détesté, méprisé des deux moitiés de la nation, se connaître dans l'impuissance de gagner Taifection et le respect par de belles actions et des vertus , est un malheur si grand et qui en fait pressentir tant d'autres, surtout dans des temps d*ambitions eflrénées et d^orages politiques, qu'un prince sur lequel il pèse n'a qu'une ressource pour se soutenir sur un trône fatigué du poids de sa puissance : c'est de s'unir intimement avec les institutions conservatrices de Tordre , de s'appuyer fortement sur les corps respectés de la nation , de se serrer tout près des tribunaux, des magistrats, des lois. Si cette union ne suffit pas pour gagner la nation, elle suffit pour préserver le prince des malveillances : si elle ne lui acquiert point de pouvoir, elle contient le désir de lui ôter celui qu'il possède. Pour le conserver, il suffit de ne

(1) TomeI<».

(2) Tome III. *

(3) Uv. VU.

(4) Tome III.

(5) DeMayer.

(6) De Mayer. Manuscrit de la bibliothèque du Roi.

pas violer les règles de l'étemelle justice et les droits de la nation. Un prince, à ces conditions, peut végéter tranquillement dans la royauté , quelle qu'ait été sa vie antérieure : mais ce n'est point ainsi que Henri III a entendu sa situation.

« n passait sa vie (i) dans la profusion et l'oisiveté. René de Villequier présidait à ses plaisirs, secondé par un gendre digne d'un tel beau-père, François d'O, l'homme de la cour le plus gÀté, débauché à l'excès, fier jusqu'à être inaî>ordabie. On ne savait ce qui était le plus insupportable en lui, ou ses hauteurs continuelles, ou son avarice insatiable. Il n'avait de génie que pour oalonmier les honnêtes gens , inventer de nouveaux impôts, et sucer le sang du peuple. »

Davila, parlant du même temps, rapporte que Henri a se fabriqua un nouveau mode de gouvernement : il s'attribua la disposition la plus arbitraire des fonds du trésor public. Un ordre de sa main , sans contrôle et sans responsabilité du surintendant , en faisait sortir les fonds; et la chambre des comptes avait ordre de se contenter de ses accfuits de comptant, sans s'informer de l'emploi, » Cet abus introduit par François I^' avait été interrompu pendant les minorités des frères du roi. Il fut rétabli plus criant que jamais durant la surintendance d'O, que le roi déchargeait par ce moyen de toute responsabilité. Le surintendant d'O, et Villequier son beau-pèré, étaient les ministres des plaisirs de Henri.

«C'était eux, dit de Thou, qui introduisaient près de sa personne des enfants de famille bien nés, tels que Quélus, Maugiron, Livarot, Saint-Luc, Saint-Mégrin, Anne de Joyeuse, et Bernard et Jean-Louis de Nogaret. Ces jeunes gens gouvernaient successivement l'esprit du roi. Bientôt ils s'enivrèrent de leur fortune : les murs du Louvre ne furent plus capables de les contenir. Ils voulurent rendre le public témoin de leur gloire et de leur triomphe, recevoir des respects éclatants, se faire suivre, sous les yeux du prince et môme par son ordre, de tout ce qu'il y avait de plus grand dans l'État... Cependant, il n'y avait point de revenus, quelque grands qu'ils

(I) 1578. De Thou.

NOTICE

fussent, que ces profusions immenses et ces dépenses énormes du roi et de la cour n'absorbassent sans y suffire. On voyait chaque jour paraître des édits bursaux; on créait de nouvelles charges, ou on augmentait le nombre de celles qui étaient déjà établies (1). »

Ainsi le roi^ amené par ses profusions à la plus odieuse spoliation du trésor public, et au mépris des lois constitutives de la chambre des comptes, le fut bietitôt à la spoliation des citoyens par les impôts arbitraires. En i577, les premiers états de Blois lui avaient refusé un accroissement de subside (3). Ce fut pour suppléer à ce refus qu^il présenta successivement au parlement une multitude de lois bursales, et jusqu'à vingt-sept à la fois. Le parlement commença par les refuser; le roi ne craignit pas de violer les droits de la propriété et la liberté publique, en forçant le parlement à un enregistrement que ce corps n'avait pas le droit de faire» 11 entra ainsi en pleine tyrannie. Mais laissons parler de Thou : « Lorsque les membres du parlement de Paris refusaient de prêter leur ministère à la publication de ces édits, ils ne trouvaient que hauteurs dans les ministres, parce qu'ils étaient maltraités, et, dans la personne du prince, qu'un maître animé contre eux, qui leur ordonnait d'obéir, après leur avoir fait les réprimandes les plus aigres. Que si, malgré ces jussii»i8 réitérées, usant de leur privilège, ils représentaient qu'ils ne pouvaient ni ne devaient approuver ces nouveautés, le beau-père ' et le geudre (Villequier et d'O) menaient aussitôt le roi tenir son lit de justice au parlement, afin de l'obliger à enregistrer les édits par respect pour sa présence. Cela arriva si souvent^ que Henri se rendit par là odieux... Un gouvernement si tyrannique détruisit dans le coeur des Français cet ancien attachement

(1) Je prie le lecteur d'observer que je neaiets rien de moi dans cette BiograpMe de Henri IIL Je dis des faits publiés par des écrivalDS estimés : j'emprunte leurs réflexions ; tout est à eux. ^

Je compile de poiul en point Ce qn*on penu; mais je ne pense point.

(2) C'est ce que montre la pièce du Bndget de Be»ri lil.

que la nation a toigours eu pour ses princes (i). 0

Le mépris des lois garantes de la liberté et de la propriété s'étant signalé ainsi par la dilapidation du trésor national et par la spoliation des citoyens, il conduisit le monarque au dernier attentat : de spoliateur, il se vit comme forcé à devenir assassin. Cette progression et cet enchaînement de crimes vont se dévoiler et s'expliquer trèsK^rement.

Le duc de Guise gagnait dans l'opinion générale à mesure que le roi s^aliénait les esprits. En 1576, il commença la Ligue qui devait entreprendre de détrôna Henri III et méconnaître après lui les droits de Henri lY. Le roi crut faire un acte de merveilleuse politique en s'en déclarant le chef. Il était persuadé qu'il la dérobait au duc de Guise, avec les armes et les trésors qu'elle avait amassés pour lui; il croyait que la confiance et le dévouement d'un parti peuvent se ravir à un chef de faction comme son gant et son épée; et, dans ces folles idées il ne soupçonnait pas qu'il y eût le moindre danger à consacrer l'œuvre de Funion, l'œuvre de la révolte, de la reconnaître comme un service public, et de dire à la faction : Vous avez si bien fait, que je m'empresse et mlionore de continuer avec vous votre entreprise, et d'y attacher le sceau de mon autorité. « Par cette démarehe, disait Christophe de Thou, le roi s'est dépcmillé de la majesté royale* H n'avait point d'égal, il s*est fait l'égal de Phomme le plus vil de son royaume. En adoptant les levées qui se font en France au nom de l'union, il a appris aux Français qu'il peut y avoir dans le royaume une autorité dSflërente et toute distinguée de celle du roi, assez puissante pour former impunément, dans le cœur du royaume, un nouvel État, un nouveau corps inséré et vivant dans le corps de la nation, o

Et à quelle fin le monarque se déclarait-il le chef de cette force <Nrganisée contre lui? C'était pour exercer une odieuse tyrannie sur les consciences, pour opprimer, au gré des catholiques ligués contre lui, les protestants soumis à son autorité; pour dérober au duc de Guise

(I) Histoire, liv. LXVI.

SUR HENRI III

les moyens de faire aux réformés une guerre que la nation ne voulait point faire ^ pour lui souffler^ si on peut s'exprimer ainsi ^ une fiu> tion qui était odieuse à tous les honnêtes gens; car le duc de Guise, conmie le roi ^ se trompait sur les dispositions de la France à l'égard des protestants, et cette erreur a causé* les malheurs de l'un et de l'autre. La nation ne voulait point Thérésie : mais elle ne voulait point la guerre contre les hérétiques; et le tranquille e£froi avec lequel elle vit l'assassinat du duc de Guise est une preuve de la méprise de ce factieux.

Entrer dans Funion, n'était-ce pas un mani* feste de haine et de mépris pour la nation, les lois, les magistrats; une déclaration ouverte de tyrannie, et en même temps une basse intrigue et une ineptie?

Le prince provocateur de la Saint-Barthélémy, qui, devenu roi, s'est déclaré spoliateur de la nation, oppresseur des magistrats, persécuteur des consciences, sentit bientôt que l'appui qu'il avait cru se donner en signant Tunion allait se dérober sous le poids des iniquités dont il se chargeait. Les traditions de François I**' son aïeul, et de Henri II son père, vinrent alors au secours de son génie étroit et de sa petite ftme. Il s'appliqua à faire servir le plaisir aux affaires, la corruption de la cour au gouvernement de l'État, et ses compagnons de débauche à sa sûreté personnelle. Il se créa des troupes domestiques et privilégiées , et s'entoura de troupes étrangères pour garder le Louvre, au défaut d'une armée brave et fidèle, pour garder ensemble le roi et TÉtat; il créa, pour l'exercice de sa justice privée, des ministres à stylet (i), au lieu des tribunaux, dont ses actes de tyrannie multipliés lui persuadaient qu'il avait le droit de se défier. H travailla de cent manières à se faire des créatures, au défaut de sujets soumis et dévoués ; à se faire dès dupes enfin, n'osant se confier au droit sens qui parle à tous les citoyens en faveur des rois sages, justes et bons.

Davila nous a transmis des notions positives sur la destination politique que Henri RI donna à ses mignons, a Ces jeunes seigneurs, qui étaient établis dans la chambre du roi, étaient

(1) Le Laboureur.

comme les chefs des autres qui s'élevaient en grand nombre et formaient la principale espérance de la couronne (i). » Qui étaient ces autres? C'étaient « les quarante-cinq gentilshommes que Henri III avait mis sus pour être toujours auprès de lui, conmie sûrs gardes de son corps, se défiant de chacun (2). » Us ne durèrent que quelques années en cette qualité de gardes; ils furent nommés les gentilshommes ordinaires après l'assassinat du duc et du cardinal de Guise, qui fut un de leurs exploits.

Outre ces quarante-cinq, Henri avait une garde de deux cents hommes d'armes, qui servaient de jour seulement et par quartier. Cinquante d'entre eux se tenaient dans Tantichambre et accompagnaient le roi quand il sortait, soit à pied ou à dieval (3). Ce service fut à la suite donné aux gardes du corps.

« Henri se pkisait, dit le Laboureur, à avoir plusieurs favoris ensemble. Q les aimait vaillants, pourvu qu'ils fussent téméraires; spirituels, pourvu qu'ils fussent vicieux. U les voulait magnifiques et dépensiers, pour faire dépit à ceux qui prétendaient qu'il dût quelque chose à leur naissance et à leur mérite. »

Brantôme remarque que, « sous le règne de Henri IR, le Louvre fut converti en salle d'armes où la jeune noblesse s'exerçait à tous les genres d'escrimes. Le roi, ditril, se fit des tenants ; il habitua la jeune noblesse aux coups de main, il excita en eux l'émulation des coups hardis. » Us se faisaient fort de tailler les ennemis du roi en petits morceaux , comme Saint-lifégrin, en déchiquetant son gant avec son épée, se vantait de tailler les princes lorrains.

On peut conclure de ces faits que, dans les amours de Henri, il y avait quelque chose encore plus infâme que leur infamie même: c'était un calcul d'intérêt personnel et une dupli-

(1) Liv. VI, p. 377. Dayila a très-bieo démêlé le système de Heuri III. Il counaissait parfaitement l'iotérieur de la cour i il y était entré comme page de Henri III. Sa sœur avait été fille d'honneur de Catherine de Médicis, avant d'être mariée au maréchal dHémeri.

(2) Journal de Henri III, p. 13i . ~ Histoire de la milice/rançaiêe, t. Il, p. 9S.

(3) Ordonnance du mois de janvier 1583.

NOTICE

cité malfaisante. « C'était, dit le Laboureur, un de ses plaisirs d'exposer jusques à ceux qu*il aimait au hasard des embuscades qu^il leur faisait dresser^ ou des querelles qu'il faisait naître pour susciter des combats entre eux, »

Davila vient à Tappui de cette opinion. Lorsque Quélus et Maugiron furent tués en duel par des officiers du duc de Guise, et SaintrMégrin assassiné, le roi en témoigna une douleur extravagante, leur rendit des honneurs scandaleux , jusqu'à leur élever des statues dans réglise de Saint-Paul. Mais ces douleurs et ces honneurs n'absorbaii nt pas tellement le roi qu'il ne substituât successivement « dans sa faveur, dit Davila, d'autres jeunes gens dignes de remplacer ceux qu'il avait perdus, et capables par leur naissance et leur esprit de répondre à la grandeur de ses desseins : Andava, di mano in mano, soatituendo nella sua grazia altri gicvani che per nascimento e per ingénia corris-pondessero alla grandezza di suoi disegw, »

De Thou dit, à l'occasion de la perte quMl fit de ses trois favoris, que les nouvelles amitiés lui faisaient aisément oublier les anciennes.

Sa basse politique, qu^on pourrait appeler une spéculation sur l'infamie, fut bien caractérisée par le traitement des successeurs qu^il donna à Quélus et à Saint-Mégrin, c'eèt-à-dire, de Joyeuse et Nogaret de la Valette , qu'il fit duc d'Épemon. Il avait donné plus d'argent que d^élévation aux premiers, espérant plus de leur audace et de leur épée que de leurs conseils et de leur considération. Au contraire, il attendit plus de l'habileté de Joyeuse et de la Valette, et de la considération qu'il saurait leur donner, que de leur épée ; et il les éleva avec une intention bien marquée de les mettre autant qu'il se pouvait au niveau de ses ennemis; il mesura leur puissance et leur fortune de manière à racheter ce qui manquait à leur naissance pour y atteindre. Il leur donna à chacun un duché*pairie; les maria aux princesses de Vaudemont, sœurs de la reine ; appela Joyeuse son frère ; ordonna , par les lettres patentes données pour l'érection des duchés-pairies de Joyeuse et d'Épemon, que les deux ducs prendraient rang au parlement après les princes et avant les anciens pairs; les combla de richesses, de dignités, d'emplois; leur accorda et leur fit rendre des honneurs jusque-là réservés à la

famille royale, au roi lui-même; en un mot^ leur donna presque l'autorité royale. Et pourquoi? Pour les intéresser à le défendre, pour leur donner les moyens de le faire avec avantage, et de se mesurer de plus près avec les chefs des factions opposées : il leur donna sa personne, se fit leur courtisan pour obtenir leur protection. Jamais marché ne fut plus manifeste, ni plus honteux.

Toutefois, je dois le dire, de Thou ne voit dans les bienfaits de Henri in pour Joyeuse et d'Épemon que de la passion, et n'a pas l'idée qu'ils procédassent d'un calcul d'intérêt, o Ce prince, dit-il, les aimait tous deux éperdument ; quoique peu maître de lui d'ailleurs , il avait une attention infinie à leur partager également ses bienfaits, de crainte que la moindre inégalité n'excitât entre eux de la jalousie : mais H n'était pas aisé de l'empêcher; et l'envie de les voir unis l'inquiétait beaucoup plus que le repos et la tranquillité de son royaume. » De Thou ne dit pas sa pensée, ou bien il est évidemment dans l'erreur. D'abord deux amours éperdus n'entrent point ensemble dans un même cœur : ce n'est point là le motif du soin qu'il prenait de les traiter également. De Thou nous apprend lui-même l'intérêt politique que Henri avait à maintenir l'union entre eux et avec lui : Joyeuse était proche parent des Guises ; Nogaret penchait pour le roi de Navarre. Henri regardait comme l'œuvre d'une politique transcendante, et comme un triomphe pour ses charmes, de s'attacher ces deux personnages, de les dérober à ses ennemis, d'en faire peut-être ses espions, de les employer comme médiateurs ou négociateurs dans l'occasion, ou de les opposer comme ennemis dans le besoin. C'était en effet une idée neuve de faire ses amis de deux amis de ses ennemis, fort disposés, par cette circonstance même, à une inimitié réciproque. Ce que Hçnri faisait pour contenter l'un, lui faisait un ennemi de l'autre. Pour regagner le favori mécontent, il fallait inventer de nouvelles faveurs qui refroidissaient son rival. M. de Thou nous apprend lui-même que «jamais Henri ne put les empêcher de prendre parti pour une des deux factions qui divisaient le royaume. » Il ne faut donc pas attribuer à l'entraînement d'une passion aveugle , à débauche de générosité , ni mêine à la prodigalité de la débauche, les pro-

SUR HENRI III

fusions, les faveurs de tout genre dont les deux favoris étaient Pobjet : la suite le prouvera encore mieux.

Les faveurs dont le monarque comblait les favoris enflèrent leur orgueil. Us devinrent insupportables à la cour, l^s courtisans se jetèrent à Fun des deux partis, ou en formèrent un troisième. Les favoris accrurent ainsi les forces des ennemis^ que Fétrange trafic du roi avec eux avait pour but d'anéantir.

Henri^ reconnaissant enfin qu'il n'avait réussi qu'à créer de nouvelles factions et à donner plus de force aux anciennes^ prit le parti de ne se reposer que sur lui-même du soin de sa sûreté ; il s'éloigna des favoris, les éloigna de lui. Joyeuse , chagrin de sa disgrâce, se fit tuer à la bataille de Goutras. a Le roi, dit de Thou, ne fut point fftché de la perte d*un homme qui voulait toujours se battre. » Épemon fut exilé à Loches, et dépouillé de ses emplois; et voilà les amours éperdus de Henri m.

On ne peut s'arrêter à ce résultat sans déplorer les peines et les tourments auxquels se condamne un roi qui ne veut pas gouverner tout simplement sa nation au gré des intérêts conmiuns et d*après les lumières de la raison publique, et sans déplorer surtout l'impuissance et le ridicule des moyens qu'il emploie. Quelle pitié que la finesse pour gouverner un empire comme la France ! Louis XIÏ n'en avait point ; il n'avait qu'une pensée : le bonheur du peuple. La simplicité des moyens répondait à la grandeur et à l'unité du but. Il n'y a finesse qui serve pour éviter la haine des peuples en contrariant leurs intérêts. On a beaucoup cherché dans les cabinets despotiques l'art de gouverner au détriment et au mépris des nations, toujours en vain. Ne se lassera-tron pas d'une peine inutile?

Mais achevons de présenter le système politique de Henri III, pour nous mieux pénétrer de cette vérité.

Nous vencms de voir à la tête de sa force et de sa justice les mignons en première ligne; ies quarante-cinq qui faisaient la garde de sa chambre, en seconde ligne, avec les deux cents qui, le jour, gardaient l'antichambre et lui servaîent d'escorte quand il sortait.

Ajoutons, pour la garde du Louvre un régiment de Suisses.

Ajoutez, comme créatures, les anoblis qu1l multiplia sans mesure.

Ajoutez les donataires et les acquéreurs des offices de nouvelle création donnés à Joyeuse et à la Valette , et par eux cédés à leurs créanciers.

Ajoutez les gens de finances, traitants ou employés, que les Italiens multipliaient sans mesure par les impôts indirects, dont l'invention leur coûtait si peu, et que l'avidité de la cour accueillait avec tant de faveur.

Ajoutez les nouveaux affiliés attachés à la personne du roi par la résurrection de l'ordre de Saint-Michel et la création de l'ordre du Saint-Esprit.

Ajoutez plusieurs ordres religieux qui n'existaient point en France, et qui furent établis, notamment les hiéronymites et les feuillants, en 1583.

Ajoutez les couvents d'ordres existants qui furent multipliés. L'ordre de Saint-François eut trois couvents à Paris : des cordeliers en 1573, des capucins en 1575, des récollets en 1584.

Ajoutez les congrégations, qui devinrent aussi plus nombreuses, notamment les jésuites, qui obtinrent plusieurs maisons.

0 Les confréries de pénitents de trois couleurs, blancs, bleus, noirs, et, comme dit de Thou, une foule de fantômes de religion qui semblaient imaginés pour épouvanter les vieilles... » — Tels étaient les remèdes que la cour opposait à la haine publique.

Ajoutez, enfin, quelques bandes peu nombreuses de dupes que Henri se flattait de faire dans la populace par les paradis qu'il étalait dans les églises, par des reposoirs qu'il montait dans les carrefours, par ses processions d'un paradis ou d'un reposoir à l'autre et d'église en église, par ses retraites dans des couvents, par ses pèlerinages d'une ville à une autre ville, par Taccoutrement dans lequel il se montrait, le sac, le chapelet, la discipline; enfin, par les momeries qu'il affectait dans l'espérance d'mtéresser les spectateurs et de s'attirer leurs respects.

Telles étaient les puissantes ressources de ce prince :

Des tenants au lieu de garde ; des troupes étrangères au lieu d*une armée brave et dévouée ; des assassins à gage pour agents de ses proscriptions, au lieu de tribunaux réguliers

NOTICE

et de magistrats tidèles pour ministreft de sa justice; enfin, de la stujMde canaille à la suite de ses processions, au lieu d'heureux et nobles citoyens dont le concours empressé lui atteste la reconnaissance générale : c'est à ces moyens que se bornait la haute politi€[ue de ce prince. Ajoutez, toutefois, de pompeux dehors et Fappareil d'un cérémonial respectueux^ autre ressource des rois malveillants et ineptes. Il aimait en tout Téclat et le faste, dit de Thou, dans les ameublements comme dans les halMts. U outra le cérémonial qu*avait établi François I^. Il y ajouta, à son retour de Pologne, les for^ mes de respect et presque d'adoration par lesquelles les Polonais dédommageaient leur roi du peu de puissance qu'ils lui laissaient. U est, salon. M. de Mayer, l'inventeur du bougeoir. H ne s*en tint pas là. En 4584, il apprit dans un entretien avec lady Stafford, femme de l'ambassadeur de la reine Élisabc^ , les formalités et les respect^ avec lesquels on abordait une reine d'Angleterre, combien de diambres et d'antichambres il fallait traverser pour arriver jusqu'à elle ; ce cérémonial, dit de Thou, fut fort de son goût; il résolut de le faire observer désormais à son égard. Mais le remède était hors de saison, et trop faible pour le mal qu'on prétendait guérir.

Davilu, en exposant la politique trop subtile, t/^po sottile^ de Henri III, et la machine occulte dont ses favoris étaient une pièce pripcipale, nous apprend que ce prince, convaincu du succès qui) en obtiendrait, a voulut joindre la théorie à la pratique pour conduire plus habilement l'exécution de son dessein . et qu'à cet effet il se renfermait tous les jours, après son diner, avec Bacci Delbene et Jacob Gorbinelli, deux Florentins très-versés dans les lettres grecques et latines, et se fiiisait lire Tacite, Polybe, et plus particulièi*ement les discours et le Prince de Machiavel, i» Davila n'a pas eu la sottise de concture de là, comme Ta fait un écrivain moderne, que Henri III avait suivi les conseils du livre du Prince, que ses turpitudes et ses crimes ont été l'duvrage de Machiavel, et prouvent combien sont exécrables les maxi* mes du Florentin. De tout ce que Machiavel a écrit de reprochable, il n*y a pas un mot qui soit applicable à la situation où se trouvait Henri III , et Henri III n'en a pas mis un mot

en pratique. Ce qui blesse la morale dans Machiavel , s'adresse à un prince nouveau qui a conquis par la force l'État qu'il gouvome; et Henri UI était un roi légitime. Quand Machiavel établit qu'un prince en général n'est pas x^ligé à gainer sa parole, il s'agit des relations de ce prince avec un autre : cela ne regarde point encore le gouvernement de Henri U. Henri n'a donc rien fait ni pu faire de ce que Machiavel conseille de répréhensible, et on peut dire qu il a foit le contraire de ce que Machiavel conseille d'applicable à sa situation. Le chapitre XYiyde la l^>éralité et de Vécmnh mie, le chapitre xix, ayant pour titre : Qu'U faut éviter dPétre méprisé et hoU^ fourniraient à chaque ligne le texte d'une censure amère contre Henri lil. « La folle dépense, dit Machiavel, appauvrit; la pauvreté rend méjurisable; et si tu veux te tirer de la pauvreté, tu deviens voleur et par conséquent odieux. Entre les choses dont le prince doit se garder, la principale est d'être haï et méprisé... L'un des meilleurs remèdes d'un prince contre les conspirations, c'est de n'être ni haï ni méprisé du peuple. C'a toujours été le principal souci des princes sages, de contenter le peuple et de ne pas désespérer les grands. » Est-ce pour suivra ces conseils que Henri III a, pendant les quinze années de scm règne, indigné la France et déshonoré son trône par un libertinage sans nom, des profusions sans bornes, des impôts arbitraires et excessifs, des momeries ignobles, eù&n par une lAche et sanglante tyrannie? Davila nous ap|Hiend précisément le fhiît merveilleux que Henri UI a retiré de la lecture de Machiavel, de Polybe et de Tacite : «ce fut l'importante création de l'ordre du Saint-Esprit ! ce fut, ditril, à la suite de ces lectures que, toujours plus excité, plus infatué, plus engoué, invaghito, de son secret, il créa l'ordre du Saint-Esprit, pour restreindre et obliger plus intimement et plus étroitement les per^ sonnages principaux à sa personne. » Voilà tout ce que ce prince a su tirer de Polybe, de Machiavel et de Tacite ; à moins qu'on ne leur attribue le ridicule outré qui couronnaK son déplorab)^ système : c'était la prétention trèsinoifensive d'être impénétrable aux plus fins ; de se jouer des hommes et des afiaires avec une égale facilité ; de dominer les amis et les ennemis sans qu'ils s'en aperçussent; c'était.

SUR HENRI m.

avec ceiib [H^teniion^ une vanité indiscrète qui trahissait sans cesse l'intention qu^il croyait concentrée dans les profondeurs de son génie^.

Tant que Monsieur, frère du roi, vécut , la faction de Guise contint son amlntion ou roasr qua ses desseins; il s^siblait que le duc se contentât de régner en maire du palais sous le nom d'un roi fainéant : et le roi, à l'aide de sa iNréscMnption, put s'applaudir de tout ce qu'il avait fait pour sa sûreté, et croire qu'il avait assez fait. Mais en 1584, quand la mort de Monsieur, dernier prince de la maison de Valois, arriva; quand le roi de Navarre, hu* guenot, devint l'hériiier présomptif de la couronne» alors les princes lorrains conçurent Tespérance d'écarter la maison de Bourbon , et de prendre sa place à la faveur de Paversion que le duc de Guise avait, comme Henri III, la foÛe de supposer à la nation contre la ré* forme. U croyait cette aversion assez forte pour que la France lui sacrififtt sans hésitation la loi de l'hérédité, de mâle en mftle, par ordre de primogéniture, dans la maison régnante, loi sur laquelle reposait depuis tant de siècles la monarchie française. Alors les princes lorrains levèrent le masque, et la prétention de succéder h Henri III fut à peu près mise à découvert.

Le roi avait adopté la Ligue : elle justifia la prédiction du premier président de Thou; chaque Jour elle signala s<m zèle pour le duc de Guise, et son audace contre le roi. Henri se trouva dans Taltemative de perdre sa cou^ ronne , ou de sacrifier rinsokîit dont le pouvoir répondait trop bi^ à son titre de grand maître de France (i).

On est généralement convenu de dire que le duc de (juise s'était mis au-dessus des lois^ que le roi ne pouvait le livrer à la justice sans con^romettre son pouvoir. Deux autorités ir* récusaUes démentant cette assertion offideuse. Ce sont celles du premier président Christophe de Thou , et d'AdiilIe de Harbty scm succès* seur. Certes, Christophe de Theu avait un sentiment profond de la force qui eût soutenu le

(1) Louis XI avait dwiné ce titre pompeux à son grand maître d'hôtel, quand il retira à cette place sa qualité de fief de la eouronne, qui la rendait inamovible, héréditaire, et par conséquent indépendante.

roi contre la faction lorraine, après le traité d'union primitif, si ce prince eût accusé le duc de Guise au parlement Le magistrat manifesta assez fortement sa conviction , lorsqu'il prononça un blâme hardi sur rengagement que le roi avait pris avec la Ligue naissante en 1 576. Ce blâme était im témoignage bien assuré des sentiments de la compagnie dont il était le chef, en même temps que la fidèle expression des siens; il prouvait que les magistrats savaient oublier leurs injures et non leur devoir. Achille de Harlay ne doutait pas non plus de l'autorité des lois, et prouvait bien aussi le dévouement de sa compagnie au roi^ lorsqu'il brava le duc de Guise triomphant dans la journée des barricades, et refusa d'assembler le parlement à la demande de ce valet qvi osait chas$er son maître. Peut-on douter que le magistrat héroïque qui seul osa résister en face et avec mépris au factieux qui avait mis le roi en ftiite, eût hésité sur le tribunal à le juger selon la loi, si le roi, au lieu d'employer ses quarante-cinq à un assassinat, leur eût ordonné de le conduire à la conciergerie du palais?

Mais Henri III qui, dans Tintervalle de i576 à i588, n'avait cessé de faire violence au parlement pour l'enregistrement des édits biu^ saux qu'il accumulait sans pudeur, ne pouvait comprendre cette patriotique générosité. Il ne pouvait croire non plus que ses violences et ses mépris n'eussent pas anéanti l'autorité et la considération du parlement. Il ne vit de salut pour sa couronne que dans le meurtre du duc de Guise. H étudia, médita, élabora longtemps les moyens de le commettre en sûreté. Le choix, ke nombre des assassins, le lieu, le temps, les circonstances d'un infaillible guetapens l'occupèrent, ^ ce n'est depuis la mort de son frère, au moins depuis les barricades. C^est le recueillement où î vécut pendant le travaildecette énorme pensée, c'est la sévéritéde la vie qu'il mena alors, celle des lois qui s'échappaient par moments de sa bile irritée,, qui ont fait are et répéter tant de fois que, dans les deux dernières années de son règne, Henri avait recouvré sa prenûère vertu, et qu'il commençait à se rendre digne de régner quand il fût assassiné, a 11 était devenu meilleur, dit naïvement M. de Mayer, depuis qu'il méditait l'assassinat du duc de-Guise et du cardinal de

TSOTlCaî

Lorraine. » Quelle conversion que celle dont le tenue est un double assassinat ! Enfin, le crime fut commis.

Henri III ^ en mettant ces deux personnages hors la loi, s'yïnit. D fut assassin, et sept mois après il mourut assassiné.

Tel fut, pour Henri IIÏ , le résultat de cette funeste résolution, après lequel il ne reste rien à dire sur la politique de ce prince, si ce n'est que, pour éviter la vengeance des ligueurs, il avait tendu les bras à Henri de Navarre ; que, du moment où ces deux princes s'étaient ums, la France entière, Paris excepté, s^était empressée à leur donner des secours contre la Ligue, et qu'ainsi elle avait bien prouvé à quel point le roi, les princes lorrains, la Ligue, étaient dans Terreur sur les sentiments de la nation relativement à la réforme : les princes, en supposant que l'exclusif du catholicisme l'emportait dans les esprits sur la légitimité, et Henri en ayant la faiblesse de le craindre. La joie des Français prouva que la maxime de l'hérédité de mâle en mâle par ordre de primogéniture leur était chère, que l'exclusif du culte catholique leur était indifférent, et la persécution des réformés odieuse.

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