‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 276 sur 478 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Résumé.

Si l'on veut rapprocher les traits qu'une longue discussion a inévitablement séparés, on verra : Un prince né dans la mollesse , élevé en femme entre des femmes galantes; brave un moment à la guerre, par haine et par colère; envieux et tracassier à la cour de son frère; principal instigateur du premier assassinat commis sur Goligny, par jalousie et par peur; provocateur du massacre de la Saint - Barthélémy, par im redoublement de peur et de jalousie; roi de Pologne par la gi*âce de cent mille écus d'or, et d'un mensonge officieux du prélat chargé de négocier ou d'acheter son élection ; peu après, déserteur du pays qui l'a adopté, venant s'asseoir sur le trône de France, infecté d'un mal honteux qu'il avait gagné dans un mauvais lieu en passant à Venise; privé, par le mal ou par le remède, des facultés morales qu'exige le gouvernement d'une grande nation, et des facultés physiques que demande une monarchie héréditaire; con-

damné à voir finir en lui la race des Valois, et à la voir finir déshonorée.

Il règne, enchaîné, par sa double impuissance, aux funestes traditions de François I** son aïeul, de Henri II son père; plein de leur esprit de persécution contre les protestants, et de la fatale doctrine de gouverner par le f^air sir et les déceptions.

n règne, confondant sa vie politique avec sa vie privée dans un système 'compliqué, dont une débauche sans nom est le lien , dont mille simagrées religieuses masquent le but, dont une espèce de bataillon thébain ou plutôt d'estafiers, de souteneurs titrés, fait la force, dont une foule de prêtres et de moines sont les garants et les prôneurs. Il entretient à la cour des mœurs lascives et crapuleuses, pour attirer autour de lui une affluence de jeunes courtisans; il emploie l'art et les formes du sexe pour se faire parmi eux des amis dévoués ; il livre à tous l'honneur des femmes et le repos des maris : surveillant, dénonçant et accusant les femmes comme le ferait Teunuque d'un sérail gardé pour des mignons dont le zèle et la reconnaissance feraient sa sûreté.

Oubliant son autorité et ses devoirs dans une dissolution où il croit trouver une solide garantie, il ne voit pas un grand, plein d'ambition, qui s'est saisi des rênes du gouvernement, tombées de ses mains indolentes.

L'ambitieux s'avance à grands pas vers le suprême pouvoir; le prince dédaigne longtemps de le remarquer. Il ne voit dans sa révolte naissantequ'unelégère distraction d'obéissance ; il compte sur la jeunesse dévouée dont il s'est entouré, sur ses empressements, surses illusions, sur l'exemple de soumission qu'elle donne, pour y ramener le factieux.

L'audace die celui-ci continue et s'accroît. Le roi déclare au parti qu'il ose lui opposer, qu'il se met à sa tête, croyant dérd[)er par ce moyen la faction au factieux qui le menace.

Dans cette basse et grossière finesse, la faction ne voit qu'un aveu d'impuissance; elle s'enhardit et s'étend. Le prince y oppose des prêtres, des moines, des congréganistes , des pénitents, des gens de confréries, qu'il fait pulluler partout. Il répand l'argent en profusion, il le prodigue à ses estafiers, à ses couvents, à ses confréries; il fouille dans le trésor public et l'épuisé; il lève des taxes arbitraires sur

SUR HENRI III

l'État; il maltraite le parlement, qui s'oppose à la spoliation des citoyens ; en même temps il redouble de momeries : on ne sait sMl est moine, ou roi de France.

Le mépris et Findignation générale sont au comble.

La faction se fortifie de tout ce que le prince a cru faire pour la réprimer. Enfin, elle s'emporte y et le plus effrayant éclat signale son but et ses moyens.

Le roi regarde alors autour de lui, il cherche des yeux un* appui: ses yeux rencontrent le parlement qu^il n'a cessé d'humilier, et qu'il croit avoir avili par des traitements injurieux^ dont au ccmtraire s'honore cette compagnie; il sent qu'il a mérité son animadversion par

l'acte de tyrannie qui a forcé Tenregistrement de lois spoliatrices^ et il ne peut concevoir Tespérance de trouver dans son sein de fidèles et généreux conservateurs de la puissance dont il a tant abusé : il supplée aux lois et aux magistrats par le poignû*d.

Voilà comment l'histoire présentera la vie de Henri III, quand elle aura renoncé sans retour à la bassesse historiographique, et quand elle renoncera avec dégoût au système misérable de narrer pour narrer, de compiler en s*interdisant de penser^ de déguiser même dans ses compilations narratives le sentiment de ce qu'elle écrit , et de se montrer scrupuleusement neutre entre le bon sens et la folie, le courage et la lâcheté, le crime et la vertu.

NOTE DE L'ÉDITEUR

L*autear avait eu le projet de Caire précéder te i^iulgel de Henri lll d'une préface dans laquelle il supposait que oet ouvra^ pimvait être de Théodore Agrippa d'AmMçné. Hais, entraîné à raccompagner d'une ditseriaihn mr Ut guerres dites de reUgkm, et à y ajouter de nombreuses notes historiques, et une noUce twr ffenri IIJ, il a dû renoncer à cette fiction, et il a supprimé cette préfoce.

Un projet à'avant-propas, supposé écrit par l'éditeur de cette pièce, l'a remplacée, et a été

également supprimé, par un motif que j'ipoic. Quoi qu'il en soit, après avoir inséré ici cette comédie telle qu'elle a été publiée par raateur (sauf les corrections et les additions qu'il a ensuite jugé convenable d'y fûre, pour une seconde édition qu'il prépan^t), j'ai pensé que la production des deux morceaux supprimés n'avait désormais aucun des inconvénients qui avaient pu en déterminer la suppression, et aussi qu'on les lirait avec intérêt.

PREFACE

Cette histoire , ce roman , oe poème, cette comédie, ce drame, cette farce, comme on voudra Fappeler; en un mot, cet ouvrage a été trouvé manuscrit, sans n(mi d'auteur, dans la vieille bibliothèque d'un amateur. Des littérateurs érudits , comme on en voit plusieurs aujourd'hui, ont pensé qu'il pouvait être de Théodore Agrippa d'Aubigné, aïeul de madame de Maintenon, contemporain de Henri IlI, de Henri IV, et de Louis XIH; il vécut dans une étroite familiarité avec Henri IV, dont il fut un des plus zélés et des plus véridiques serviteurs : ce fut un homme extraordinaire par son audace et son dévouement à la guerre, par son habileté dans les négociations, par la franchise de son caractère dans la vie privée, ainsi que par la finesse et la gaieté caustique de son esprit; enfin, par son talent pour écrire; qui mit dans tous ses ouvrages l'empreinte de son caractère, fut original, et ne manqua pas d'aii, quoiqu'il fût sans modèle.

D'Aubigné est auteur d'un grand nombre d'écrits qui concernent le règne de Henri III, et sont encore recherchés. On se bornera ici à en indiquer quelques-uns. Et d'abord son Histoire universelle , qui comprend la période de i550 à 1601, 3 volumes in-folio, imprimés pour la première fois en 1610, 1618, et 1620, par

Maillé et Motasat. Ensuite, la Confession de Sancy., brochure spirituelle et piquante qu'on trouve dans tous les recueils du temps, et parmi les preuves du Journal de Henri lll, par l'Estoile. En troisième lieu , V Histoire secrète de Théodore Agrippa d'Aulngné, c'esl-àdirc la propre histoire de l'auteur. Enfin, les Aventures du baron de Foeneste, ou plutôt Fœneste , ou Feneste, si l'on en croit le Duchat (1), ouvrage qualifié de roman satirique par plusieurs bibliographes, mais qui est un véritable drame, puisqu'il ne renferme rien qui ne soit dit par des interlocuteurs que l'auteiu* a mis en scène , chacun selon son caractère, qui se soutient dans une fiction suivie. Le Baron de Feneste est véritablement une comédie historique; c'est la première que nous connaissions dans la littérature française ; et d'Aubigné peut être regardé conune le créateur ou le père de ce genre de comédie, s'il est vrai qu'elle forme un genre à part dans les compositions dramatiques.

(1) Formey, de l'Académie de Berlin, dans son éloge de le Duchat, dit que le savant critique qui a fourni au premier éditeur de cet ouvrage les documents nécessaires pour Timprimer, s'est plaint de la négligence de cet éditeur, et notamment de ce qu'il a écrit le nom de Feneste par un œ, (Ducatiana.)

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