M. BARBIER, TALMA, L'AUTEUR
l'auteub, tendant la main à M. Barbie. — Bonjour. Voilà le répertoire vivant de toutes les instructions qu'on peut désirer pour toutes les questions imaginables.
TALMA. — Parbleu, le bibliothécaire de Pempereur et de Louis XYIII !
l'auteub. -;- Il connaît bien mon Hemri UI , lui!
M. BA.BBIEB. — Jc coDuais surtout les niaiseries de son règne : ses règlements pour le service de son palais, de sa chambre, de son lit, de sa table, de sa garde-robe; car il m'a fuUu rechercher tout cela quand on fit l'étiquette du palais de Tempereur. Ses grands officiers se disputaient tout ce que je pouvais découvrir sur cet important sujet; et ces messieurs, à qui Ton ne pouvait rien refuser, ne rendaient rien.
On ne trouve plus, ni à la bibliothèque du Roi, nia l'Arsenal, ni à llnstitut, le grand règlement que le roi fit à son retour de la Pologne, et qui a servi de type au règlement de 4681, fait par Louis XIV, et contre-signe Colbert.
L^uTRUB. — A qui dites-vous cela? Je n'ai que trop vérifié cette spoliation et celle de tous les ouvrages relatifs à la même matière. Mais nous n'avons pas besoin de ces livres-là en ce moment. Vous pouvez nous instruire de beaucoup d'autres choses.
M. BABBiEB. — Je suis à votre disposition.
TALMA. — Je voudrais avoir une idée juste des personnages d'une pièce que monteur connaît, et qu'on propose au Théâtre -Français.
l'autkur. — M. Barbier saura bien que j'en suis l'auteur, car je me suis aidé de ses lumières.
M. BABBIEB. — Votrc Bud^ct dc Henri lll?
l'auteub. — Oui.
M. BABBIEB, à Tolmu, — Eh bien, que voulez-vous connaître des personnages de cette pièce?
TALiiA. — Je ne sais pas encore quels ils sont.
l'auteub. — Je vais vous les nommer. Vous serez en pays de connaissance. Les voici par ordre de dignités :
(Lauteur lit ces noms dans son manuscrit )
« Personnages :
<c Catherine de Médicis.
a Henri III , son fils.
« Le duc d'Alençon , Monsieur , son fils putné.
« Marguerite de Valois, reine de Navarre, sa fille. » {Vauteur s'interrompt ici.) Le roi de Navarre, son mari , Henri de Bourbon , qui fut depuis notre Henri IV, ne parait pas dans la pièce; mais il est l'objet de Taction ou de l'intrigue, et il en est incessamment question. Ses intér^ïts sont stipulés dans la pièce par :
« Le duc de Montpensier, son oncle, et par le cardinal de Bourbon.
a Le duc de Guise, Henri le Balafré y » est aussi un des personnages de l'action, mab il ne parait pas dan^ la pièce;.. La suite des acteurs est :
« Louis de Gonzague de Mantoue, duc de Nevers ;
« Le cardinal d'Esté;
DE L^ÉDITEUR
« Le nutféchal de Go$sé ; « Le duc de Biron^ grand maître de Tartillerie. »
Viennent ensuite les quatre mignons le plus en faveur à Pépoque de l'action. D'abord :
a Quélus et llaugiron, tous deux chevaliers de l'ordre du roiy et membres du conseil privé. i>
Ensuite : « Saint-Luc et Saint-Mégrin. »
A|outons trois grands fonctionnaires :
« Le chancelier Birague.
m Morvflliers, ministre de la guerre.
« De Sauhres, secrétaire d'État. »
M. BABBiEi. — Je vous mettrai sous les yeux des notions très -précises sur tout ce monde-là. Je ferai comme pour l'empereur. Je hii «npilais les uns sur les autres les livres ouverts à la page qui résolvait la question dont il voulait être éclairci> et un sinet de papier lui indiquait les lignes concluantes.
TALMA. — Pas tant de livres, mon cher ami^ sar le même personnage ; mais le meilleur.
M. BABBiEB. — Un.seul autcur nc suffît pas pour certains personnages sur lesquels les avis ont été partagés, comme Henri de Guise et Catherine de Médicis. Les écrivains de leur temps se divisent en deux partis : les écrivams de la Ligue, lesécrivains protestants. Us ne sont justes ni les uns ni les autres.
TALM A. — Brantôme ne tarit pas sur les perfections de Catherine de Médicis.
M. BABBiBR. — On vous dira que Brantôme était homme de cour et homme de plaisir. Et Henri Estienne^second du nom (car l'imprimerie aeu^ comme la royauté^ son Henri second), qui était; je crois, un peu bilieux^ et n'en pensait pas comme Brantôme; son discours merveilleux de Catherine de Médicis, et ses dialogues du Langage français italianisé , ne sont pas du style de Brantôme. D'ailleurs, nos historiographes en gants blancs, des temps modernes, les Genlis, les Lacretelle, rougissent au seul nom de Brantôme, écrivain tellement cynique, disent-ils, qu'il n'est pas même permis de s'informer s'il fut véridique.
TALMA , riant, — Ah I ah ! ah !
M. BABBiBB. — Nous avous eucorc d'autres sources que Brantôme; nous avons les Mémoires de Marguerite de Valois, ceux du duc de Nevers, deux de vos personnages; nous avons les Mémoires de madame de Montpensier, les Œconomies de Sully, l'édition origi-
nale, et non celle de l'abbé de l'Écluse. Nous avons Y Histoire universelle de d'Aubigné, sa Confession de Sancy, son Baron de Feneste, le plus ancien de nos drames historiques, le plus gai et le plus mordant. Nous avons de Chambri ou de Duperron risie des Hermaphrodites, dont Henri IV ne voulut pas que la justice poursuivit l'auteur, ne voulant pas, disait-il, qu'un honnête homme fût tourmenté pour avoir dit la vérité. Nous avons le Journal des éta^s de i576, des premiers états de Blois, par Bodin.
l'autkub. — Ce sont ceux où a été porté le Budget de Henri III.
M. BABBIBB. — Uu autre par Detaix, chanoine de Notre-Dame, pour la chambre du clergé. M. Lacretelle ne lit pas ces choses-là, parce qu'il les trouve ennuyeuses ; mais il y a du bop, et tout y est vrai. Nous avons les Mémoires de l'Estoile (ou Journal de Henri I/I) , qui sont estimés. Nous avons la grande histoire attribuée à Pierre Mathieu, quoiqu'elle soit seulement une compilation de ses papiers faite, après lui, par son fils ; mais nous avons de lui son Histoire des derniers troubles de France, dédiée à Henri IV, dont Fauteur était historiographe. Montaigne, Pasquier, Pibrac, ont lâché quelques traits que les historiens aiment à recueillir. Nous avons Y Histoire df Henri IV, par Péréfixe; enfin, nous avons Tadmirable ouvrage d'Auguste de Thou, avec les notes de Sainte- Marthe et autres; ouvrage immortel, puisque madame de Genlis et M. Lacretelle le jeune n'ont pu encore le faire oublier. Voilà les sources de l'histoire des derniers Valois et de Henri IV. J'oubliais les Mémoires de Castelnau et les additions de l'abbé le Laboureur, ouvrages d'hommes purs, droits et éclairés.
TALM A. — Et trouverons-nous dans tout cela les costumes?
M. BABBiEB. — Oui, ct très-bieu décrits, ainsi que les usages, particulièrement dans l'Iste des Hermaphrodites et le Baron de Feneste, Vous avez tons ces livres là dans votre bibliothèque ; donnez-moi deux heures, je vous fais voir clairement et brièvement écrit ce que vous désirez savoir.
TALU A. — Il y a du feu dans la bibliothèque. Vous y trouverez mon secrétaire : nous irons vous joindre. (.4 l'auteur,) En attendant, vous pourrez me donner une idée des temps